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l'Humanité : à la rude et grande école de la liberté
La 28e édition du festival a navigué entre très haute qualité artistique et précarité de la manifestation.Pas bavard, le plus musicien des musiciens de jazz français. Les doigts sur son orgue Hammond, un lamento pour Claude, l’ami disparu, coiffé de son Stetson blanc des îles, il jette un regard pudique sur le public. Eddy Louiss est rare en tout, mais ce 17 août pour l’ouverture d’Uzeste musical à Villandraut, il joue comme un fou, comme avec Stan Getz, comme avec Kenny Clarke, il y a trente ans. Cette fois-ci, Kenny Clarke s’appelle Bernard Lubat. Il en a, maintenant, l’âge de la maturité, de la générosité, de la lucidité vis-à-vis de la société cannibale. Pas noir, mais, comme il dit lui-même, « blanc pas très clair »... Eddy n’est pas chaque année à Uzeste. Mais Uzeste est un peu, beaucoup, passionnément, à l’image de ce compagnonnage du Martiniquais et du Gascon. À la fin d’un concert dont on sait instantanément qu’on ne l’oubliera pas, il a ces mots du coeur : « Merci Bernard de m’avoir invité pour la 28e, la 29e, et la 30e. » Gentiment, tranquillement, peut-être malicieusement, le plus prestigieux des jazzmen français vient de décider que, pour lui, quand tout se ligue pour en faire douter, la cause est entendue, il y aura le festival au moins dans les deux années à venir. Cinq jours plus tard, lors de la soirée de clôture, un autre compagnon venu d’un autre versant, celui de la chanson, Jacques Higelin, au terme d’un récital échevelé, tenait à peu près les mêmes propos : « C’est formidable ce qui se fait ici, merci Bernard, il faut qu’Uzeste continue ! » Deux grands coups de chapeaux, et entre les deux, dix, vingt, trente moments de grâce, ces Filles de la mer venues du Pays basque sont encore sans scène, ni micros, mais elles sont déjà dans les chants du travail, à la hauteur de Giovanna Marini. Peut-être est-ce pour elles, plus encore que pour quiconque, qu’Uzeste doit avoir lieu envers et contre tout. La 28e édition a été...... exceptionnelle en atteignant les extrémités de ses deux facettes, une qualité artistique à jet continu et une précarité casse-gueule, qui en ferait abandonner plus d’un. En quelques mots, Lubat a fixé la chose : « La flexibilité signe la soumission, la plasticité l’invention. » C’est pour cela qu’Uzeste est si important. Ce qui se fait est de l’art et ce qui s’y joue est bien plus que de l’art au sens où, trop souvent, on le croit séparé de la vie. C’est bien ce qu’a compris, par exemple, la CGT qui en est partie prenante et qui, affrontée à la fameuse flexibilité désorganisatrice de l’institué, est forcément à la rude école de la « plasticité ». Peut-on souhaiter semblable disposition à des élus qui ne se contenteraient pas, comme le fait hélas la maire d’Uzeste, d’exercer leur mandat comme s’ils étaient à la tête d’une société de gardiennage, la trouille au ventre à la perspective des scrutins à venir. Pour ceux qui ont eu le privilège de faire le pont, cet été avec celui d’Avignon, le festival d’Uzeste apporte, sans doute parmi d’autres, une réponse à la crise existentielle du premier : trop de précarité menace l’art, mais trop d’institué, de hiérarchie, de in au-dessus du off », de gestion jusqu’à l’indigestion, peut tuer la poule aux oeufs d’or. À la source de l’art, il y a l’artiste et personne d’autre, aussi puissant soit-il ou se croit-il. Puisse-t-on ne pas l’oublier ! Charles Silvestre
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