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Avancer, esquiver, tomber, se relever - Sud Ouest 09.12.2009
Bernard Lubat joue très peu à Bordeaux. Ses trois dates au Trianon sont donc un événement. Et une fête. Interview

C'est quoi le problème avec Bordeaux ?

J'y suis persona non grata. Je sais pourquoi, vous n'êtes pas obligé de me croire. On fait des concerts partout ; à Bordeaux, jamais. Il y a pas mal de salles pourtant, et autour. Je suis réputé avoir des démêlés avec les politiques, je dérange... Mais je me suis mis en tête d'y jouer. Lorsque j'ai appris que le Trianon est devenu salle de spectacle, j'ai appelé. On s'est mis d'accord, on coproduit. Je suis plus connu à Paris qu'à Bordeaux.

Vous aimez Paris ?

J'adore Paris. Paris et Uzeste. Ce sont mes deux villages. Bordeaux, j'y ai juste passé un an au conservatoire ou deux. Paris, parce que j'ai rencontré la musique noire et les philosophes qui tournaient autour du jazz Guatarri, Deleuze, Derrida. Miles Davis, Kenny Clarke et jouer avec des gens comme Thelonious Monk, avec ce qu'ils traînaient comme musique, pourquoi ils la jouaient, et d'où ils la jouaient : le choc de ma vie. C'était loin de ce que l'on m'avait appris dans les écoles de musique...

Vous vous êtes pourtant intéressé aux écoles de musique...

Oui, j'en parle dans le spectacle. Pour comprendre il faut imaginer une équipe de foot avec entraînement, tableau noir et jamais de match.

Dans quelle formation allez-vous vous présenter ?

Seul. Ce sera de la musique en liberté. Des chansons et puis autre chose. Les étiquettes ne tiennent pas sur moi.
Je ne récite pas le rock, je ne récite pas la biguine, je ne récite pas le jazz, je ne récite pas la musette, je ne récite pas la chanson. Ce ne sont pas vraiment des représentations, plutôt des présentations. Les types du Collège de France m'ont bombardé membre du Collège de pataphysique. Des scientifiques qui déconnent avec la sériosité de leurs travaux. J'y vais de temps en temps faire bruuiiit, tralala boum tuiiit et puis je rentre. Ils m'ont baptisé l'Amusicien... Dans le langage du libéralisme, personne ne peut comprendre que la liberté n'a pas de prix. Pas de prix ? Mais alors vous valez quoi ? Vous ne valez rien si vous n'avez pas de prix.

Vous dîtes toujours que le rugby vous a apporté beaucoup...

Ma musique préférée, c'est le rugby. Avancer, esquiver, tomber, se relever, prendre une mandale, en donner une, se faire la passe au millimètre, marquer un essai. J'aime ceux qui, avec de vieilles formes, en inventent de nouvelles.

La Victoire du jazz 2009 vous a fait plaisir ?

Oui. J'étais sûr de l'avoir. Je ne sais pas pourquoi. J'aurais pu me tromper.
J'avais préparé un papier dans ma poche pour remercier les jeunes. J'ai vu mes copains musiciens venir me dire que je le méritais pour Uzeste, tout ça, un peu pour l'ensemble.

Manciet vous manque ?

Oh oui, quel salaud celui-là, quel égoïste. Des nuits passés à exercer sa mauvaise foi en buvant de l'armagnac. « Dieu n'existe pas, donc j'y crois », des trucs comme ça... C'était parti jusqu'à huit heures du mat... Un voyou.

Et cette expérience avec les mathématiciens de l'Ircam...

Ils viennent m'enregistrer avec leurs machines et ensuite le logiciel improvise à son tour. Ils m'ont choisi parce que je suis le plus imprévisible. Lorsque j'écoute le logiciel j'ai l'impression de m'entendre jouer dans cent ans, dans l'avenir, des trucs que je n'ose pas encore.

De jeudi à samedi à 20 h 30 au Trianon, 6 rue Franklin à Bordeaux. 12 et 20€. 05 56 48 86 86. www.theatre-trianon.com

Auteur : Propos recueillis par Joël Raffier

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