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Benedetto sonne le réveil
l'Humanité - 27 mars 2006Avignon . André Benedetto réunit autour de lui en son théâtre de la Cité des papes une poignée d’artistes pour une « création-explosion ». La place des Carmes est en travaux. Benedetto aussi. La place sera piétonnière, cet été. Benedetto s’est mis en marche, dès ce printemps. Le jour du changement d’heure, il avance la montre du festival. Là où chacun cherche à tirer son épingle du jeu, il en propose un autre : rompre avec le prêt-à-jouer, le prêt-à-jouir. Quand Avignon bruit, déjà, sur place ou à Paris, des polémiques sur la direction du in, ou des querelles à l’intérieur du off, il rassemble une pléiade d’artistes désintéressés, venus de tous les horizons, mains dans les poches, juste avec des mots en tête, des petits papiers à coller, un magasin d’images à passer, un accordéon abandonné sur un bord de scène. Premier acte : « Paquet suspect ». Dans une salle archicomble, la troupe des Carmes joue elle-même une scène primitive. Autour d’un homme à la valise (Claude Djan), personnage qu’affectionne Benedetto, toujours en transit, une femme et des jeunes gens jouent à se faire peur autour d’un paquet dont l’inquiétant n’est pas dans l’objet enrubanné comme un cadeau, mais dans ce qui est nommé « la guerre des regards ». Terrorisme des bombes ou terrorisme des peurs suscitées par le simple tic-tac d’un réveil. La divagation tourne en boucle, en rond, épuisant le questionnement des angoisses comme une thérapie de groupe jouée à fleur d’humour par des comédiens pour ramener le public (le monde) à la raison. Acte II : Ce n’est pas le paquet qui explose, c’est le théâtre. Il faut dire que Benedetto a mis le paquet. Dès l’annonce, sur le billet délivré à l’entrée, « prout boum », on sait à quoi ne pas s’en tenir. Dispositif technique : des micros, des tables de mixage, des écrans en panorama, le tout comme un jeu d’orgue à mettre en branle, sauf l’acteur qui reste à voix nue. L’explosion, l’homme des Carmes a été en chercher la définition dans le dictionnaire : du latin, explosion, l’action de huer. Le latin a toujours raison. On hue chez les pauvres, même en silence, on hue dans les urnes, on hue dans la rue. Ça va craquer, ça va péter, le poète reprend les mots du vulgaire (vulgum = peuple) car il n’est pas de poésie théâtrale sans trivialités. Benedetto s’en donne à coeur joie. Ses vomissements, mains sur l’abdomen, sont une improvisation d’anthologie. Il se racle le tube, saisissante métaphore de tout ce qui ne passe pas. Alors se déchaînent les corps de deux enfants du hip-hop, d’une danseuse orientale toute de juvénilité, tombent du balcon les autocollants de Paris-Clavel « rêve général », « prout-boum, du pet à la révolution », surgissent les courants d’images de Jean-Marc Peytavin, traversés par le rouge, arrivent les sons du disc-jockey Ben, un portrait humain sur un tableau de Claude Hoger, et la mémoire de l’Afrique de Lenoir. Alors vient Lubat, dans une main son accordéon, et à la portée de l’autre, pour percussion, un capot cabossé de voiture. Le ton monte. Émeute sur scène. L’homme d’Uzeste joue tout en puissance (souffle coupé du public devant la démesure) tandis que l’acteur, au final, comme le coryphée, hurle à qui de droit « foutez le camp ! foutez le camp ! », exprimant la nausée d’une époque qui a du mal à le faire. C’est fini. Ovation. Théâtre heureux. Paquet suspect et prout boum seront repris cet été, sans doute du 9 au 15 juillet, au théâtre des Carmes. Les trois coups sont donnés. À bon entendeur salut. Charles Silvestre
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