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Bernard Lubat entre en résistance - Sud Ouest, mardi 20 mars 2007

Ce coup-là, Bernard Lubat l’avait préparé à sa façon. Dans un de ses exercices favoris de tchatche « jazz engagé », l’artiste qui se présenta avec un nez rouge de clown s’est montré en grande forme jeudi dernier à l’Estaminet. Morceaux choisis : « Je suis un marxiste diatonique. Dans un contexte de campagne où je situerais volontiers le classique à droite, le jazz à gauche et le contemporain au centre, moi j’appelle à voter Michel Portal ». Clin d’œil au complice et ami avec lequel a été enregistré le DVD « Improvista », dont on venait de projeter un extrait à l’écran.
Mais l’objet de la rencontre publique tint davantage d’un examen de conscience sur la place de la culture et de l’art en milieu rural.

Légitimité

Lubat posa très directement la question de savoir « quelle légitimité accorde-t-on à la compagnie Lubat et au festival ? » Ce à quoi Gérard Coma répondit sur le ton d’une ironie amère : « il y en a qui attendent que tu sois mort pour ça et qui te dresseront une statue sur la place du village ». Lubat citant la disparition de Lucie Aubrac dira qu’il est lui aussi entré « en résistance ». En fait, la question essentielle est aussi et surtout de savoir s’il y aura une trentième hestejada cet été.
Lubat menace de jeter l’éponge à un moment où toute discussion est coupée avec le Conseil général, pourvoyeur de subventions publiques diminuées de moitié depuis six ans. Jean Péringuey, maire de Noaillan, président de la communauté de communes du canton de Villandraut avait bien mis en garde Bernard Lubat sur « la déclinaison d’un festival qui attirait moins de public au fil des années », ce dernier lui retourna l’argument suivant : « Nous voulons grandir, mais nous ne cherchons pas à grossir. Quant à nous faire le reproche que nous ne sommes pas assez populaires, c’est une vision du XIXe siècle. »

Pas de rentabilité

Plus durement, Bernard Lubat délivre un acte d’accusation : « Vous-mêmes et Martine Faure, vice-présidente en charge de la culture avez fait le choix de mettre le paquet sur les Nuits atypiques de Langon. Le Parti socialiste soutient les grands festivals concentrationnaires. Ça brille davantage, mais c’est un attrape-couillons. » Et il est vrai que certains élus comme Guy Dupiol, maire de Saint-Symphorien, ont finalement pris le parti de recevoir la compagnie Lubat dans une démarche de décentralisation du festival : « Je ne partage pas l’idée selon laquelle une collectivité devrait soutenir un projet qu’à la seule condition d’en attendre des retombées. »
Un militant CGT dira aussi tout le bien qu’il pense « d’un festival qui fait réfléchir ». Christian Picard, maire de Villandraut, concède à son tour : « Mon souci n’est pas de faire de la rentabilité. J’aurais bien été ennuyé pour accueillir 5 000 personnes. » Pascal Seguin, ancien maire d’Uzeste, s’étonna même du fait que Bernard Lubat ait pu changer : « Mais il a toujours fait de la création. »
Le musicien qui court les scènes dans le monde entier dénonce cette absence de reconnaissance sur ses terres. Il défend un projet de centre de recherche transartistique contemporaine en milieu rural, « garant d’un développement durable » et pour lesquels la Région et la direction régionale des affaires culturelles apportent leur écot. Lubat le dit et le redit : « Avec le département, la porte est close. Il n’y a aucune relation intelligible.
Mais oui, je sais. Certains diront que tout est de ma faute. »

Pierre Lascourèges,
Sud Ouest
mardi 20 mars 2007

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