Il en fait l'annonce comme une promesse solennelle, qu'on sait par avance qu'il tiendra : « On se mêle de tout ce (ux) qui nous regarde (nt) ». Bernard Lubat n'est pas homme à mirer le monde sans s'en mêler. Encore moins à subir sans broncher. Pas non plus du style à proposer un festival comme les autres, où la musique et le spectacle se consomment comme du pop-corn de divertissement. Pas forcément un adepte de la prise de tête non plus : « Uzeste Musical, c'est un intervalle, comme on dit au rugby. Un espace où on laisse respirer la pensée ». Tchatcher, discuter, jouer aussi, sans se prendre les pieds dans le filet de la réunion militante (« Je ne suis pas un gaucho » rappelle-t-il), ni passer pour un donneur de leçon.
Catastrophe et utopie
« Nous sommes des artistes, des "oeuvriers", pas des organisateurs d'événementiels. Et l'artistique, c'est le symbole de la liberté gratuite. On veut débattre, expérimenter la parole autant que la musique. »
En désignant le thème « Catastrophe et utopie » pour sa 32e Hestejada des arts, la Cie Lubat pointe du doigt le formatage de l'expression artistique, de la parole publique et la disparition des champs libres.
Pour illustrer la validité de l'utopie comme vaccin (à défaut d'être un remède), Uzeste Musical illuminera pendant huit jours un joyeux charivari de concerts, de débats, de projections, d'apéros-swing, de conférences sous les platanes et ailleurs, de performances diverses et de lectures ouvertes.
« Les mots sont des masques qui n'ont rien à cacher », insiste le poète gascon, « malpolyinstrumentiste » et agitateur poétique de génie. « Je suis un avant-gardiste attardé : j'ignore ce que me réserve mon passé. »
Auteur : Stéphane C. Jonathan