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Sud Ouest : Caméléons du Jazz

CAPBRETON. -- Michel Portal et Bernard Lubat se produisent ce soir au casino. Rendez-vous unique avec l'improvisation

Elisa Artigue-Cazcarra
édition du 11 janvier 2007

Ils se connaissent « depuis 2 000 ans ». Michel Portal en bout de table, Bernard Lubat à sa gauche, les deux inclassables jazzmen dégustent des gambas à la plancha. Aux fourneaux, Christian Nogaro. Pour cet ami, les saltimbanques rois de l'impro ont accepté l'invitation du Ph'art Jazz club, ce soir, au casino de Capbreton. Une première pour le port landais. Un moment unique, comme à chacune de leurs rencontres musicales.
De leur prestation, on ne connaîtra que les instruments jusqu'à leur entrée sur scène. Piano, batterie et accordéon pour l'homme-orchestre Lubat. Clarinette, bien sûr, et saxophones au pluriel pour le caméléon Portal. Et place à l'improvisation !
« Plutôt à une composition musicale "multimédiate" », corrige le père du festival d'Uzeste en Gironde. « Aussitôt jouée, elle disparaît », précise son complice. Le concept pourrait s'apparenter à la performance. Le concert de ce soir en sera une. Une oeuvre éphémère créée en direct, face au public (1).

Passe à gauche. Mais, attention, il ne s'agit pas de « faire n'importe quoi », comme veulent le laisser entendre certains. « L'improvisation est une création réfléchie, construite mentalement par l'artiste alors même qu'il la joue. » Le clarinettiste, saxophoniste, jazzman mais aussi compositeur de musique de films ou encore interprète de classique aime à rappeler cette définition. Lubat, lui, préfère la métaphore rugbystique. « Alors qu'il s'apprêtait à faire une passe à droite, au dernier moment le joueur part à gauche. » La stratégie prend forme sur le terrain. La constance réside dans la prise de risques.
Certes, les deux musiciens ont fait le Conservatoire de Paris et joué avec les plus grands Stan Getz ou Nougaro pour n'en citer que deux du côté de Lubat; Didier Lockwood ou Martial Solal pour Portal. Mais à chaque fois qu'ils se retrouvent, c'est pour flirter avec la corde raide. Faire table rase pour s'envoler. Aucune règle, pas de filet. « On est des professionnels », rappellent-ils tout de même, comme pour rassurer les timorés.

« Un combat ». Bernard Lubat et Michel Portal sont loin de la classe d'instrumentistes qui rivalisent de virtuosité mais « avalent du Mozart à toute rapidité et demandent vite du Brahms ». Espèce en voie de disparition, ils veulent donner du sens à leur art. Un véritable « combat ». Mais aussi un jeu.
« A chaque concert, il s'agit de faire comprendre au public qu'il ne sait pas qu'il ne sait pas », explique Lubat. La fameuse histoire des goûts et des couleurs où la découverte de l'inconnu, l'inattendu et le surprenant doit rester ouverte.
Ils sont également très loin de ce que le Gascon nomme « ces chansons plates pour musiques pâles » incarnées par les tenants de la nouvelle scène française. L'engagement politique est tout proche, lui. « On s'adresse à la part de cerveau disponible, comme dirait l'autre ! »

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