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 uzeste musical visage village des arts à l'œuvre

 

Festival : chez Bernard Lubat, Eddy Louiss élève le débat musical
Après vingt-sept ans de remue-ménage, Uzeste musical se délocalise à Villandraut : 10 kilomètres plus loin. "Pour raisons d'incompatibilité consommée ­ citoyenne, culturelle, intellectuelle et artistique ­ avec la municipalité actuelle d'Uzeste, nous préférons laisser aller à côté respirer la pensée", est-il expliqué. Preuve qu'Uzeste musical n'est pas un bourg mais une action. Uzeste musical, l'hestejada de las arts (fête des arts) concoctée par Bernard Lubat (tambourinaire, pianiste, compositeur verbal).

Musiciens, comédienne, réalisatrice (Laure Duthilleul), mathématiciens (Marc Chemiller, Gérard Assayag), écrivaine (Hélène Cixous), Lubat est catégorique : "L'art n'est pas un supplément d'âme, c'est un avertissement à hauteur d'homme."

La question que pose avec insistance la hestejada est celle que devraient se poser tous les festivals : l'art, divertissement ou pratique ? consommation ou consumation ? rentabilité ou dépense ? Les gamins (bénévoles) chargés de placer, d'orienter, de monter, démonter, arborent des tee-shirts floqués de citations de Platon, Rimbaud, René Char, Redeker.

La place de Villandraut, avec sa salle des fêtes, les tentes (stands, expositions, restaurations), sa guirlande d'ampoules de fête a de faux airs d'Uzeste. Uzeste musical devrait devenir carrément nomade. Cinq tentes, un chapiteau et quelques dromadaires, ça roule. Le public pourrait suivre à vélo.

Le premier soir, mercredi 17 août, un orage terrible a vidé la querelle. Eddy Louiss revient en scène. Les apparitions de l'organiste le plus bouleversant de la planète, sont rarissimes. Sa présence en compagnie de Paco Charléry (maître tambour caribéen, trompettiste) a valeur de signe.

Tous deux sont martiniquais. En trio avec Lubat (batterie, piano, accordéon), ils attaquent Manteca en tempo médium qui fait valoir le percussionniste. La longue partie en solo d'Eddy Louiss, ouvert par son hommage à Nougaro et conclu de très crépusculaires Feuilles mortes, marque un des rares moments de magie de l'été. Eddy Louiss ressemble de mieux en mieux à Orson Welles et porte un petit galurin blanc qui lui va fort bien.

L'interprétation (à trois) de Tou piti (composition de son père, le guitariste antillais Pierre Louis) a un je ne sais quoi de mélancolique qu'on ne lui connaissait pas. Un étrange sourire flotte sur ses lèvres. Ils prennent plus tard Paris mai, de Claude Nougaro, dont Lubat et lui ont été les accompagnateurs. Chaque air, chaque souffle dans l'heureuse rage du rythme. La température de la salle ­ - cela n'a rien d'une image ­ - monte très vite. Les débats sont lancés. La musique fait débat.

Francis Marmande
Article paru dans l'édition du 19.08.05

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