Saines scènes de ménage musicales à L’Estaminet uzestois ! Visages en gros plans, histoires en direct. Dans leurs gestes multiples et interventionnistes – clefs, touches, anches, peaux, soufflets, sifflets, cordes vocales –, Lubat et Portal dessinent dans l’urgence des sillons profonds – ineffaçables, par bonheur ! Ceux de la jouissance absolue de l’improvisation. Laquelle, mieux qu’une dérisoire nécessité, s’offre à nous en un délectable hasard. Dans l’instant, ils font fi de l’inutile idée d’éternité. Ils jubilent jazz. Le réalisateur Pascal Convert les a bien observés. Lumière mesurée, délicats surlignages et subtils jeux d’ombres. Eclairages fins parfaitement traduits quand le réalisateur capte le relief mouvant des jeux de mains et de visages. Scènes d’existente précisément cadrées. Ainsi (res)sent-on le feeling du blues, du musette, de comptines – délicieux Au clair de la lune ! –, de bruits, de cris, de grincements et de mélopées diverses. Les images laissent le couple Lubat-Portal jouer à… déjouer. Leurs provocations rituelles moquent l’adversité. Et même si on ne le voit pas vraiment, l’ex-café familial, L’Estaminet, offre à leurs délires sonores un formidable terrain de jeu. Le duo d’amis de trente ans restitue au village d’Uzeste, désormais un peu orphelin de son festival initiatique, son épithète « musicale », porteuse de pulsions de vie culturelle. De si belles tranches de vie immortalisées mériteraient que la commune natale de Lubat devienne pour le spectacle vivant – et le jazz en particulier – une sorte de Librairie du Congrès du Sud (façon Library Of Congress étatsunienne). On y trouverait ainsi la marque déposée des musiques vitales.
Robert Latxague, Jazz Magazine, mars 2007.