uzeste.org • site web d'expression poïélitique de la Compagnie Lubat de Gasconha


 uzeste musical visage village des arts à l'œuvre

 

L'art contre "Starkozy"

D'Archie Shepp à Edouard Glissant en passant par Bernard Lubat et plein d'autres, les nomades contre-attaquent

« Rev..., rev..., rev..., révolution », il y avait quelque chose d'incroyable à entendre ce blues, au coeur de Paris, moins de vingt-quatre heures après la victoire de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle française. Il se trouve que l'homme qui chantait ainsi, ce lundi 7 mai, est américain et qu'il fêtait son anniversaire, avec un bon millier d'amis. Le miracle avec Archie Shepp, c'est que, prenant de l'âge, il prend aussi des libertés. Soixante-dix balais et un tempo de locomotive. A l'affiche : « Soirées nomades et Archiball ». Africains, Américains, Français... montent sur le ring et en descendent dans un savant et joyeux désordre. La Brésilienne Monica Passos, poing levé, chante... les Feuilles mortes. Bernard Lubat, poing en piston, déchaîne un scat-rap et lance : « Pour qui vivotons-nous ? »
Tiens, justement, les nomades occupent au même moment le théâtre des Bouffes du Nord. Les trois soirées de Jazz nomades encadrent, comme par hasard, le second tour de l’élection présidentielle. L’initiateur, du nom de Blaise Merlin – ça ne s’invente pas – ne croit pas au hasard. Impossible de ne pas le citer : « Chers aquabonistes, volontaristes, invincibles perdants, enchanteurs déchantants, bénévolants, supermittents, co-errants, résistants, libres pensifs, les plus-que-présent, les participe restant, amoureux d’une liberté d’expression libre et expressive, persistante, vivante et respirante… »
Là encore, plateau ouvert. Le 8 mai, quartet fulgurant Lubat-Achiary-Collignon-Lopez, et la Campagnie des musiques à ouïr fait chanter une Ecossaise, Maggie Nicols, un Japonais, Wase, et des Français, Loïc Lantoine, Christian Pacoud. Banquet des voix ovationné. Pour couronner le tout, le poète qui avait ouvert le bal, Edouard Glissant, va boucler la semaine au musée du quai Branly avec « Mémoire des esclavages ».
Faut-il voir dans cette semaine d’un spectacle sans ficelles, d’un commerce sans vénalité, d’un festival buissonnier, l’hirondelle qui annonce le printemps d’un « art libéré du libéralisme » ? On aimerait le croire. On l’aimerait d’autant plus que le gros caca de la Concorde – Sarko une chanson ! – sonne l’ultime pourrissement de ce « divertissement » des embrassadeurs de la télé-Bercy. Cette culture-là, qui affiche sont audimat, son fric, ses complicités, qui joue à « Starkozy », est morte en tant que culture. Les Archie ont vingt ans !

Charles Silvestre
L’Humanité 14 mai 2007.

 uzeste.org site web d'expression poïélitique de la Compagnie Lubat de Gasconha plan du site | imprimer