Journal l'Humanité :
Uzeste ou la contre-attaque de l’artCharles Silvestre, paru dans l'édition du 14 août 2004.
Le festival de Bernard Lubat du 18 au 22 août.
On croit Uzeste à bout de forces. Expert en crise(s) économique, politique, culturelle. Fil du rasoir, haute voltige, unique dans sa farouche indépendance, ce qu’on ne lui pardonne pas. Dernier règlement de compte en date, le maire socialiste de ce village, dont le cardinal archevêque de Bordeaux disait que sa célébrité lui venait de son festival, a fait couper l’électricité du légendaire Estaminet. Ce qui fait dire ironiquement à Bernard Lubat dans le journal Sud-Ouest : " Quel dommage qu’il n’y ait pas une municipalité de gauche à Uzeste ! "
La réplique d’Uzeste Musical pour son édition 2004 (18 août - 22 août) est une sorte de longue transversale, très au-dessus des histoires de clocher, quand le ballon arrive là où l’on ne l’attend plus : Du gascon au créole !
Le coup de génie, c’est l’irruption des quatre as de Claude Nougaro : en hommage au chanteur disparu, ses compagnons d’origine, Eddy Louiss, Maurice Vander, Luigi Trussardi, et Lubat lui-même, qui ont entamé une grande tournée et réalisé un CD dont la sortie est prévue à la rentrée, seront là, et bien là. Non seulement on les retrouvera en concert le jeudi 19, mais selon la coutume d’Uzeste, à nulle autre pareille, on les retrouvera tout du long, à la manière d’une troupe à ( re)découvrir sous des formes imprévues.
Par exemple, le vendredi 20 août, ce duo très attendu : Eddy à l’orgue et Lubat à l’accordéon, intitulé l’Enfance de l’art. Si la confrontation n’est pas nouvelle pour les connaisseurs, surtout dans les Uzeste du début, la soirée dans laquelle le duo s’inscrit risque de lui donner un sens particulier. Dans cette " Nuit du Créolien " ( encore la présence de Louiss ), il y aura du Bernard Manciet, de l’Édouard Glissant, porte océane de la poésie, et la béguine de Zigui no’t, groupe venu de la Martinique et dont le choc avec les Gascons style Minvielle promet beaucoup.
Uzeste profusion : quand on est petit en taille, il faut voir grand ! ou encore pratiquer la devise d’André Benedetto : " de l’obstacle faire le passage ". Donc on attaquera le mercredi 18 par des surprises, un Léo Ferré allô le temps avec Richard Martin de Marseille et Lubat, et un Henri Texier " Strada " Sextet.
Autre surprise, le centenaire de l’Humanité, comme événement historique, carrément poéïlitique, surgira grâce au film de Pascal Convert et d’Artistes et associés, déjà projeté à La Villette, le 18 avril dernier, et qui à Uzeste donnera lieu à une mise en musique symphonique dans le cadre du festival. Le centenaire sera d’ailleurs l’occasion d’un débat avec Roland Leroy à propos du livre édité au Cherche-Midi.
On retrouvera encore Marc Perrone, François Corneloup, des films, la librairie de la Maison de la mémoire en marche, Georges Didi- Huberman, Didier Daeninckx, Radio Uz, et bien sûr la Compagnie Lubat.
Charles Silvestre