Journal l'Humanité :
La Maison de la mémoire en marche vandaliséeStéphane Guérard, paru dans l'édition du 23 septembre 2004.
Ils sont arrivés dans la nuit de mardi à mercredi. Des ombres noires ont alors sorti les barres de fer. Vitres éclatées, porte d’entrée enfoncée et trois croix celtiques apposées sur les volets. La Maison de la mémoire en marche d’Uzeste a été vandalisée. Cette librairie-bibliothèque est installée depuis deux ans "dans un milieu où l’on ne lit pas, c’est pour cela qu’elle est là", explique Bernard Lubat. Le jazzman et ami de l’Humanité a participé au développement de ce lieu de prêt et de vente de livres aux côtés d’une association gérante. "Le message est clair, reprend-il. Ces gens nous disent : "Si l’on veut, on vous défonce la gueule." C’est très violent. Voilà un exemple de plus d’un état latent de populisme dont on se croyait épargné ici, mais qui finalement couvre le monde. Comme en 1933, le livre est la première victime de la réaction." Les gendarmes étaient hier sur les lieux afin de relever les tags sur les volets et d’analyser la manière de procéder de ces voyous. Ce genre de sigle aurait été retrouvé en d’autres lieux de la région. Pour autant, l’association de la Maison de la mémoire en marche va poursuivre son oeuvre. Elle n’en est pas à sa première difficulté, elle qui a eu bien du mal à faire vivre son festival des arts contemporains cet été (27e Hestejada de las arts d’Uzeste Musical). "Nous allons discuter avec les habitants du quartier pour analyser ce qui vient de nous arriver", annonce Bernard Lubat. La librairie-bibliothèque doit rouvrir ses portes dès aujourd’hui.
Stéphane Guérard