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l'Humanité - Uzeste vu par...
Les participants du festival d'Uzeste témoignent de la vitalité de cette manifestation artistique (Tribune libre, l'Humanité)... par Laure DuthilleulActrice, réalisatrice. À chacun son UzesteC’est formidable aujourd’hui la démocratie en France : le Parti socialiste et les partis de droite ont enfin réussi à sceller leur programme commun. On fait du bizness, il n’y a plus à penser, surtout pas ! On n’échappe pas au libéralisme, c’est la mondialisation que voulez-vous… Heureusement le pays est géré par un avocat d’affaires, presque bilingue de surcroît, il parle américain rendez-vous compte ! Ça roule ! Une petite pointe d’« humanitaire » largement rapportée par les chaînes de télévision. Quel bonheur ! Un lieu parmi quelques autres résiste. Un mot résiste : Uzeste. Uzeste, nom propre : petite bourgade des Landes girondines, célèbre pour son tombeau du pape. Ça, c’est l’histoire qu’on raconte. Et puis il y a celle qu’on s’invente au quotidien. Et à Uzeste on invente de l’Uzeste. On ose, et depuis trente ans. Et ça, ça ne plaît pas aux politiques. Ça ne leur a jamais plu et encore moins aujourd’hui. Ce n’est pas dans la ligne, dans le programme. Ça ne paie pas. « Il faut garder l’affaire, vous comprenez, ces pauvres électeurs il faut les sauver. » « De quoi ? » « Ne vous inquiétez pas. Nous, politiques, nous pensons pour vous ! Regardez la télé, on vous expliquera tout. C’est nos copains Bouygues, Bolloré & Co qui s’en occupent. Vous pouvez les croire. Ils ont réussi, ils sont riches. » Je me souviens, déjà en 1984 : Monsieur le Maire, nous l’appellerons Monsieur de l’Époque, essaya de faire interdire l’appellation « Festival d’Uzeste » au prétexte que sa commune ne pouvait être associée à une telle manifestation. Par « telle », j’entends : cette bande de gueux qui font du bruit, en plus ils parlent, ils pensent et ils sont nombreux. Renseignement pris lors de cette première crise : les noms de commune appartiennent au domaine public. Uzeste devient un nom commun, un nom dont chacun, artiste ou pas, ayant une pointe de conscience citoyenne et identitaire, peut s’emparer. À chacun son Uzeste. Si vous cherchez bien… Quelques fois ça secoue, méfiez-vous… L’oreille absolument. Le « je » résolument. Le « moi » ? Oui mais avec l’autre et c’est beaucoup plus compliqué. Le « nous » comme droit de cité. Aujourd’hui encore une municipalité et un conseil général reprennent ce droit aux Uzestois et aux artistes oeuvriers de la Compagnie Lubat. Sourds et aveugles, ils ne réalisent pas qu’à Uzeste les hivers sont de plus en plus longs, les volets de plus en plus clos, les télés de plus en plus branchées. Le cimetière s’agrandit. Politiquement ce n’est pas grave, les résidents sont secondaires. Mais les habitants, citoyens, responsables ? Le politique a toujours eu à voir avec la volonté, les convictions, la responsabilité, la détermination. Tout ce que travaillent les oeuvrants d’Uzeste. Tout ce que travaille la recherche artistique. Chers élus ne vous échappez pas, vous n’y échapperez pas ! On peut rayer de la carte un nom propre. Le nom commun ne s’effacera jamais. P S. Petit précis d’histoire contemporaine : en 1937 Alban et Marie Lubat (née Lapeyre), tous deux natifs de la commune d’Uzeste, fondent le café l’Estaminet. Après la guerre, il donne naissance à un enfant tout à fait unique, Bernard Lubat. C’est là que ça se complique.Et pourtant c’est une histoire qui s’écrie : « Liberté, j’écris ton nom ! » 17 août 2007 ... par Monique Chemillier-GendreauJuriste, spécialiste de droit international. La liberté menacée par le pouvoir de l’argentLorsque la générosité, le courage et l’imagination sont à l’oeuvre, cela donne des moments étonnants et réjouissants, surtout lorsque l’humour est au rendez-vous. C’est bien cela qui a été proposé à tous les participants du Festival d’Uzeste depuis des années. Lieu rare, sincérité omniprésente, prise de risque assumée, brassage, métissage de toutes les formes de cet universel qui se nomme l’art et est toujours politique parce qu’intimement lié à la liberté. Mais notre monde est ainsi abîmé, déprimé, conditionné par des réflexes moutonniers de consommation standardisée, y compris dans le domaine de l’art et de la culture, que s’installe l’idée qu’il faut faire taire, faire disparaître celui qui ose créer l’espace d’un monde différent. Voilà ce qui arrive à Bernard Lubat, l’insurgent. Il a ancré son projet dans une démarche résolument libre, indifférent aux rapports d’argent et à toute idée de « rentabilité » absolument antinomique avec la création, accueillant ceux qui venaient partager ce qu’il faisait, sans souci des étiquettes ou des formes de domination, asservissement politiques. L’exigence créatrice est sans complaisance, sans narcissisme de la part de ce grand artiste qui se remet en question sans cesse, le désintéressement maintes fois prouvé, l’amitié indéfectible. Mais la liberté aujourd’hui, celle de l’artiste comme celle du citoyen, est menacée par le pouvoir de l’argent et par celui des politiques, pouvoirs qui d’ailleurs se confondent dans le jeu des « subventions ». En payant le talent, le pouvoir prend en gage la soumission. Et les pouvoirs jouent avec Lubat depuis des années. Il répond par le nomadisme. Puisque son propre village ne l’accueille plus, il tente sa chance dans celui d’à-côté. S’il le faut, il quitte le département. Ainsi, errant dans la forêt des Landes, lui qui a connu les studios, les plateaux du monde du spectacle, abrité par sa musique et celle de ceux qui la font avec lui, sa pensée et celle de ceux qui cherchent avec lui, il donne une leçon d’universel inédite. Suivons-le. C’est par là qu’il reste quelque espoir de changer le monde. le 16 août 2007 ... par Marc PerroneAccordéoniste Musique, mots, imagesJ’ai rencontré Bernard Lubat à la Fête de l’Huma, en 1982 je crois. Depuis cette rencontre je suis allé tous les ans à Uzeste. Il y a beaucoup de festivals musicaux, mais ce qui se passe ici est différent. On y vit les choses, c’est-à-dire la musique, les mots, les images, en train de se faire, dans une sorte de jubilation. Cette jubilation que Bernard Lubat a imprimée et que l’on retrouve en été mais aussi en hiver, dans les ateliers par exemple, aussi bien pour les enfants que pour les adultes. D’une manière générale on ne pardonne pas à ceux qui doutent, dans le système de l’art. On doute quand on est à la frontière de ses possibilités, mais Bernard passe outre. Il m’a dit une fois : « Il ne faut pas avoir peur de ses bouses. » Ne pas avoir peur de ne pas y arriver, d’essayer encore, de trouver ce que l’on n’attendait pas. Je crois que c’est ce qui se passe ici, de l’invention qui relève tout à la fois de l’utopie et du réalisme. En plus de vingt ans j’y ai rencontré tellement de musiciens. Pour tous, Uzeste et Bernard ont compté énormément. Je pense à mes amis, Michel Portal, Louis Sclavis, à Di Donato, à Texier, a bien d’autres aussi, écrivains, peintres, journalistes. C’est énorme le nombre de gens qui se sont rencontrés ici, avec la musique, les mots, les images, qui les ont partagés. Les festivals, j’y reviens, proposent en quelque sorte des objets finis, plus ou moins bien mis en scène. Les gens viennent, payent et repartent. Parfois c’est très bien, mais qu’est-ce qui reste dans la mémoire ? Uzeste c’est un va-et-vient permanent. On ne peut rien contre les phénomènes naturels, le vent, les marées, mais on peut beaucoup avec la musique, les mots, les images quand on n’est pas seulement spectateur mais acteur. C’est ça, en réalité, la culture. Ce qui se fait, avec tous. C’est ce moment où les choses se font, où naissent encore une fois la musique, les mots, les images. Tout ça ne se mesure pas en nombre d’entrées. Nous vivons une époque où tout est fondé sur le nombre, les sondages mais qu'est-ce que cela veut dire en termes de mémoire, de culture réelle, de rencontre ? On peut annoncer des millions de spectateurs pour une émission de télé mais qu’est-ce que cela signifie ? Uzeste propose autre chose. On y prend la parole. Les musiciens prennent la parole. C’est l’esprit du lieu. Il ouvre sur des collaborations au long cours. Il invite à aller vers quelque chose sans savoir précisément ce que ce sera. Bernard cherche, il a donné ce goût à d’autres. C’est vrai pour ceux que j’ai cités et c’est vrai pour les jeunes qui arrivent, avec du désir. Ils sont venus, ils ont regardé, puis c’est resté un temps en sommeil parfois et puis ça revient et là ils y vont, à la musique, aux images, encore une fois, aux mots. le 14 août 2007 ... par Michel PortalMusicien Mort à l’humourUzeste est un lieu unique, des moments uniques. C’est un espace de grande liberté. Ses expériences au fil des années ont révélé à eux-mêmes des musiciens, des peintres, des poètes, des acteurs et un public. Ce festival a provoqué des rencontres, des ouvertures, donné des impulsions. Sans Uzeste, la scène musicale deviendrait plus triste et monotone. Couper les subventions, je crois que c’est une façon de dire stop à l’audace, stop à une personnalité trop forte et mort à l’humour. Cela me révolte que l’on barre la route à un artiste. Hélas, cela ne m’étonne pas vraiment. L’époque est à la bien-pensance, au moralement et intellectuellement correct, au formatage. Pour les politiques, la culture, la plupart du temps aujourd’hui, se réduit à un produit de marketing. Alors Bernard, malgré les bâtons dans les roues, malgré tout cela, continue ! Et qu’Uzeste vive sous une forme que tu sauras inventer. ... par Fabrice VieiraMusicien (guitare et chant) au sein de la compagnie Lubat. une école du rythme et de l’improvisationCela fait quinze ans que je travaille avec la compagnie de Bernard Lubat. Ce qui m’intéresse depuis toujours, c’est cet engagement artistique et politique au niveau du territoire. C’est aussi la place importante dévolue à la pédagogie et cette volonté de travailler auprès des artistes. Avant de rencontrer Lubat, je sentais que j’avais besoin de trouver une vraie place dans la cité en tant qu’artiste. Or, la compagnie s’est toujours mêlée de ce qui la regardait et de ce qui ne la regardait pas, c’est-à-dire d’à peu près tout. J’ai découvert ici ce que je cherchais. Et aussi ce côté artisan de l’art. Bien évidemment, je vis très mal cette coupe claire effectuée dans les subventions du festival. En 2000, on a eu une première grève qui était déjà due à une baisse de subventionnement de la compagnie et du festival. Depuis sept ans, nous sommes en lutte. On se bat aussi à l’année pour maintenir les ateliers, la formation de jeunes. C’est donc un nouveau coup dur porté à une certaine forme d’utopie. Cela ne nous empêchera pas de jouer, mais ces attaques auront et ont déjà des répercussions sur notre capacité à organiser le festival. Uzeste est une manifestation multiforme et pluriculturelle. Dès ses débuts, le festival s’est placé au carrefour de la culture occitane, du jazz, de la musique contemporaine, des arts plastiques, de la vidéo et du théâtre. Toutes les disciplines étaient mélangées et représentées à parts égales. Vous imaginez bien quel type d’investissement cela suppose. En diminuant les subventions, tout cela disparaît. « À Uzeste, on se remet en question. Chacun interroge en permanence son savoir et son inconscient d’artiste. Il y a quelques années, nous avons monté l’école du rythme et de l’improvisation. Ce pourrait être le maître mot du festival. L’improvisation est là comme un élément actif qui se rejoue à chaque rencontre. Quant au rythme, il s’impose afin de mieux rejoindre les fondamentaux de la musique. » le 10 août 2007 ... par Michel DucomGroupe français d’éducation nouvelle Tous fins connaisseurs grâce à LubatJ’ai vu Lubat ouvrir un espace d’exigence dans un lieu ordinaire. Pas étonnant que ça résiste. Mais il y a au moins deux leçons à tirer de cela : la première est que c’est possible et qu’avec un peu de ténacité tout lieu se retrouve habité de manière extraordinaire. Énorme claque à l’esprit de fatalité. La deuxième, c’est que c’est difficile ; que les miracles ça mérite un combat de chaque jour. Énorme exigence pour ceux qui veulent changer quelque chose. Mais leçon imprévue : la vie de chacun peut devenir une intense aventure quotidienne. Sans concession dans sa démarche, Lubat s’est tellement évertué à prendre le public pour fin connaisseur qu’il a fini par le devenir. Et pas que le public ! Les artistes de passage ou fidèles, les techniciens, les militants syndicalistes ou associatifs qui accompagnent depuis des années les paris d’Uzeste ou qui les découvrent. Lubat c’est une autre version du « tous capables ! » du GFEN. Une affirmation pratique du genre : « Attention ! Ensemble nous allons tous devenir intelligents, et pire, on va le rester, car on va agrandir notre espace d’ignorance, plus on en sait, plus on a de questions, plus on sait qu’on ne sait pas encore ! » Bien sûr Uzeste, c’est Lubat, mais ce sont aussi d’autres gens qui ont grandi avec lui, chacun à leur manière, qui sont souvent partis ailleurs « essaimer », parfois en colère, parfois incertains, mais qui sont souvent revenus avec des yeux neufs. Uzeste est un port d’attache de l’imaginaire. Pas le débridé, qui prend ses rêves pour des réalités, mais plutôt l’imaginaire qui prend la réalité pour la perturber, la questionner à l’endroit où personne ne la questionne plus, comme les enfants répètent sans cesse « et pourquoi… », jusqu’à ce que les adultes se disent : « Tiens, c’est vrai, nous marchons sur la tête ! » Un imaginaire qui perturbe et en appelle au sens, aux réponses provisoires mais utiles pour se rencontrer, aux débats qui ont pour signification réelle les actions personnelles ou collectives qu’ils entraînent. Aujourd’hui, Lubat est dans une grève active, il n’a même pas donné de préavis, car ça fait trente ans qu’il dénonce sans attendre ce qui ne peut plus durer et qui renaît sous des formes diverses. C’est mieux que le coup des quarante-huit heures. paru le 9 août 2007 ... par Alain Delmassecrétaire général du comité régional CGT Aquitaine. Pour faire de tous des oeuvriersMais que fait la CGT à Uzeste ? Cette question est revenue bien souvent dans les discussions que nous avons eues tout au long de ces dix-neuf années de co-élaboration avec la Cie Lubat.
le 8 août 2007 ... par Pascal ConvertSculpteur, plasticien, cinéaste Le trou dans la maille« Ce qui me plaît dans Uzeste Musical, c'est d'abord sa qualité artistique. Lubat est un grand musicien et il sait s'entourer d'amis musiciens, poètes, artistes. Lubat a aussi acquis une très grande dimension politique dans son implication au monde. Au centre du dispositif, il y a son énergie incroyable. On se retrouve au-delà de la virtuosité instrumentale, dans quelque chose de très, très rare. C'est un vrai artiste comme on en verra de moins en moins. Comme je suis un rallié de fraîche date, je n'ai connu Uzeste Musical que nomade. Quand je suis arrivé, on était déjà en plein Deleuze. Ce type de fonctionnement, modeste, simple, de guérilla, semble inhérent à la manifestation. Puisque personne ne lui donnera les moyens de faire les Pirates des Caraïbes, autant faire les Pirates d'Uzeste. Toutes les régions reproduisent cette même erreur politique majeure. La gauche aussi, en cherchant à faire du saupoudrage, du maillage. Or Uzeste n'est pas une maille dans le territoire. C'est le trou dans la maille ! On marginalise les grands artistes en leur demandant d'être de bonne ou mauvaise humeur ! Ce qu'il faut leur demander, c'est de mettre leur génie au service de leur créativité...
Propos recueillis par Magali Jauffret
... par Antoine ChaoRéalisateur, reporter radio, musicien de l'ex-Mano Negra. Un sport de combatUzeste Musical, j'y participe depuis une quinzaine d'années, parce que, connaissant de l'intérieur les autres festivals qui roulent pour la musique industrielle, je vois bien que c'est un antidote. Du côté de l'industrie musicale, cela ne s'arrange pas. Avec le téléchargement, le système est aux abois. La pression est donc encore plus forte. Un musicien qui a signé avec une major devient son VRP. C'est de plus en plus le règne du mercantilisme et du lavage de cerveau. Du coup, c'est la surenchère sur les festivals traditionnels où il y a de moins en moins de rencontres, d'improvisation, de plus en plus de morceaux de disques revendus tels quels, in extenso. J'essaie d'accorder le maximum de temps à Uzeste Musical parce que c'est un festival en mouvement, en création, en perpétuelle invention. Lui, on est sûr qu'il n'est jamais arrivé. Son chemin n'est pas droit. Ça tourne, ça cherche. Il y a des difficultés, des prises de gueule. Si c'était facile, ce serait moins intéressant. Il est clair qu'on est dans l'adversité, dans la marge. Ici, on vient retrouver un travail de création en cours depuis une quinzaine d'années. C'est sûr que ça choque, que ça dérange, qu'on veut nous décourager. Mais nous, on serre les coudes. Comme disait Bourdieu de la sociologie, ce festival est un sport de combat ! » Propos recueillis par Magali Jauffret
... par Fabien Barontini (*)Uzeste musical est un merveilleux moment fondé sur la liberté de créer au sens fort. Il y a toujours un vrai désir artistique à Uzeste. Ce festival n'a pas été inventé, comme tant d'autres, pour entrer dans les cases d'une politique culturelle soumise au tourisme. J'étais là dès les premiers moments. Ce qui m'a toujours passionné, c'est ce souci, cette recherche d'une combinaison entre le goût de la création artistique et l'écoute individuelle. À Uzeste, un artiste peut se produire n'importe quand, ici ou là, dans la journée. Rien n'est établi à l'avance. On ne sait jamais ce qui va se passer. Tout s'entrechoque de manière vivante et vibrante. J'ai toujours apprécié au plus haut point cette capacité d'improvisation calculée. À Uzeste, on est très loin des lieux habituels de la consommation culturelle. Ici, on sent le simple bonheur d'exister, parce que l'art y prend toujours figure de l'inattendu. Certaines prestations ont lieu dans les bois, comme les fameux « Soli sauvages ». Le terme en soi est magnifique et dit au fond assez bien ce qu'est le free-jazz, cette liberté anarchique propre à la vie. Bernard Lubat a toujours su mettre le doigt sur les vraies contradictions de la vie musicale en France. Il a cette force. Il sait que tout se joue sur l'existence d'un lien entre l'art savant et l'art populaire. Son rapport à la musique a aussi des racines dans le dadaïsme.
(*) Directeur du festival Sons d'hiver. Propos recueillis par Muriel Steinmetz
... par François Corneloup« Je suis très attaché au festival d'Uzeste car c'est là que j'ai commencé à réaliser que je deviendrai musicien. Bernard Lubat m'a donné la possibilité de croire que je pouvais bâtir ma vie sur cette condition d'artiste. Le festival doit continuer. D'abord parce que c'est un lieu d'expression artistique et de recherche indispensable à la création en France. Si on veut maintenir cette idée d'exception culturelle, il ne faut pas que cela s'arrête. Tout en ayant l'air minoritaire, des endroits comme Uzeste s'avèrent capitaux pour l'expression. Ce qui est important dans ce festival, c'est la liberté qui est donnée à chacun des artistes de s'exprimer, de donner un point de vue subjectif sans obligation de résultat, de rentabilité économique ou de succès. Si Uzeste n'avait pas inventé cet état d'esprit, je n'aurais pour ma part jamais pu commencer. Lubat se bat afin que des artistes même débutants puissent à un moment donné avoir une chance de devenir meilleurs qu'ils ne sont au départ. C'est comme au foot, sans entraînement, pas de progrès. Il nous a offert la scène à ses risques et périls. C'est au fond ce qu'on lui reproche. Cette prise de risque qui fonde Uzeste est certes subjective mais elle atteint aussi à une forme d'universalité. Donner à chacun un espace d'expression pour favoriser ce risque, c'est un processus fondamental dans un parcours artistique. Lui en fait le sujet et l'objet d'un festival. On passe donc d'un acte artistique personnel à un acte politique au sens fort. Ce transfert confère à Uzeste une valeur militante. Dans cette forme qui est celle du festival, Lubat parvient à conserver son intégrité artistique. Il ne s'agit pas d'une manifestation culturelle s'inscrivant dans le paysage sociopolitique. On lui reproche, entre autres de ne pas réunir assez de monde. Cela revient à dire que Van Gogh n'était pas un peintre parce qu'il ne vendait pas de tableaux. On le critique parce qu'il continue à faire ce qu'il veut artistiquement. Ce qui est important aussi, c'est cette conjugaison. Le festival est constitué de toute une palette humaine. En soi, cette collectivité éphémère, c'est aussi un acte artistique comme le furent certains collectifs de peintres ou de musiciens au XIXe siècle. Lubat n'est pas tout seul. Chacun est en partie responsable du contenu d'Uzeste. Les politiques nous font croire à tort qu'on ne peut donner de l'argent à tout le monde. Or, il y a de l'argent dans ce pays, même si le taux de croissance est faible au regard des exigences européennes... C'est simplement une question de distribution ». Propos recueillis par Muriel Steinmetz
... par Philippe CaubèreLe festival d'Uzeste ne doit pas disparaître. Je me souviens d'y avoir joué mon spectacle sur Aragon. J'avais été merveilleusement accueilli par Bernard Lubat. Nous étions logés dans un gîte rural. On n'y allait pas pour gagner de l'argent. En tant que spectateur, j'ai tout de suite été emballé par la convivialité et la fraternité de cette manifestation marquée poétiquement, politiquement et idéologiquement, au bon sens du mot. On y trouve encore un sens, une direction qui nous manque si cruellement dans l'art d'aujourd'hui. Nombre de festivals ont tendance à rassembler ce qui est en vogue, à la mode. Je caricature certes un peu, mais malheureusement c'est vrai. Il faut commencer à le dire car si personne n'en parle, on va droit dans le mur. Beaucoup de rendez-vous parmi les plus célèbres ne sont plus que des manifestations de programmateurs qui furètent à droite à gauche, s'imprègnent de l'air du temps pour choisir ce qui plaira, en premier lieu, à la presse en général. Les spectacles qu'ils rassemblent ne sont portés par aucun projet d'ordre artistique, humain ou politique. À Uzeste, ça a toujours été l'inverse. Et cela n'a rien à voir avec la dimension plus ou moins grande de l'événement. Le festival d'Aix-en-Provence, par exemple, qui est extrêmement bien doté, possède un véritable esprit. À partir du moment où il y a un projet artistique, il y a un projet politique derrière et vice versa. Ces choses sont aussi intimement liées que le corps à l'esprit. Je prends exprès le contre-exemple d'un festival très subventionné. À sa manière, Uzeste, dans son aspect festival à moyens modestes, possède un véritable esprit. Ce n'est donc pas qu'une question d'argent. Il y a des festivals pauvres qui sont nuls. La première chose qui frappe à Uzeste, c'est qu'on y mange bien ! Ce n'est pas cher. C'est un festival extrêmement charnel et sensuel. Cela aussi c'est une question d'idéologie. Il y a plein d'endroits très chics où on mange très mal. Rien n'est innocent. La nourriture et la boisson, c'est important à Uzeste. Je me rappelle la réponse de Lubat, il y a des années, lorsque je le questionnais sur le déroulement de son festival : « On se met à table. On verra après ! » Cela dénote quelque chose d'important. Il y a un vrai souci de l'accueil, un respect pour le corps. Et puis Uzeste a lieu dans la nature. Le festival est intimement lié à une cité. La présence des bâtiments a toujours été très importante. J'ai le souvenir d'un public jeune venu de tous les horizons, d'un élan. On sait bien qu'il y a une sensibilité communiste, mais elle n'est jamais mise en avant de manière sectaire. C'est un festival de gauche aux antipodes de la gauche caviar. Propos recueillis par Muriel Steinmetz
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