![]() |
||
|
|
||
|
![]()
|
L'Humanité - L'invité de la semaine : Bernard Lubat
L'invité de la semaine :Bernard Lubat
édition du 9 septembre 2005« Y a pire que les idées reçues : y a les idées déçues. » Aujourd’hui, le berceau du jazz, du blues est en enfer sous le niveau de la mer(e). Digues rompues, endiguer la misère des miséreux nous éclate à la gueule. L’Amérique milliardaire militaire pétrolière et dérangée dans sa sieste. Fats Domino est porté disparu, retrouvé, vieux de la veille aux grains, Bush cousu mains dans le sac, système quand tu nous tiens. Système c’est pour ton pognon ? Le jazz impopulaire comme pas deux a conquis le monde ; c’est une des premières mondialités, il se joue à jouer partout, impopulaire comme pas deux. Étonnant, non ? Les musiques populacières comme personne se vendent partout, c’est la première des mondialisations, elles se jouent à se vendre partout, populaires comme personne. ENOTAN, non ? Le jazz, musique extrême, symbole de dépassement de soi (dépasser l’autre n’ajoute rien au problème, on peut être pressé, c’est tout), d’inachèvement de soi, d’inconcevable déstabilisation, d’anticipation à la crise. Aller au-devant et au-delà des cadres mentaux labélisés conformisés ne nous est pas facile. S’il est indispensable d’être excellent à l’intérieur des cadres, il faut s’entraider à des exercices de crise, là où le scénario n’est pas écrit à l’avance... Il faut s’entraîner à se désintoxiquer des vérités révélées arrêtées commercialisées marchandisées et médicamentueuses. Le jazz, dans son art de l’improvisation sans fin sans limite, invite l’individu, le citoyen à la question de sa condition. Le commerce politicien ou financier pense plutôt qu’il ne faut pas l’affoler, qu’il faut le consoler, le toxiconoliser, le mettre en dépendance du sacro-saint marché, ainsi les vaches seront bien regardées ! Et les enchanteurs bien entubés. Refuser un monde où la fausse certitude de ne pas mourir de faim s’échange contre le vrai risque de périr d’ennui. Daube scotchée devant la réalitélé ! Y a pire que les idées reçues : y a les idées déçues. Bon voilà, une bonne chose défaite. Mon ailleurs est chez moi ! C’est par où ? C’est par l’art ! Partout par terre par coeur partition pardonne par égale. L’humanité c’est moi, c’est toi, c’est nous terriens, trois fois rien, c’est moins que rien, tu viens ? édition du 8 septembre 2005C’est par antiphrase que le libéralisme est libéral, il ne supporte pas la liberté, elle n’a pas de prix ! Le déficit d’un État, d’une ville, d’un village, ça se rattrape, celui de la pensée... jamais. Hiérarchie des voleurs : dans la tradition des économies de marché, seuls les voleurs pauvres restent pauvres, les voleurs riches restent riches. Nivellement par le bas. Nivelle bas par le ment. Un artiste ni trop ni triste doit savoir s’opposer aux routines ristournes et rustines de son temps. Jean vit l’art et n’en démordit pas. Il faut bien apprendre à être incompris pour apprendre à comprendre ! Pendant ce temps le bombardement massif continue, vague après vague, vogue après vogue, inlassablement, jusqu’à quand ? Je suis un artiste par défaut. De quoi ? Je ne sais pas. Ne pas confondre assimilable et assis minable, Lénine et l’énigme, la mairie et l’Amérique. Je cherche ce que je trouve, je n’invente rien, j’improvise... Tout ce qu’on me dit, comédie, comme on dit de la vie. Si certains artistes arrivent à devenir talentueusement rémunérables pour exécuter ce qu’ils en savent, j’arrive - nez en moins, rouge en plus - à devenir radicalmement impayable pour découvrir ce que j’en deviens ! C’était ça ou le psy ! Si l’on sait exactement ce que l’on vaut faire, à quoi bon le faire ? Mieux vaut improviser que prévoir le pire ? Les certitudes titubent, encerclent, enferment. Les doutes joutent, ouvrent, entrouvent, gare aux courants d’air hagards. D’où t’es toi ? Doux dur es-tu ? « Celui pour qui le présent est la seule chose qui soit présente, ne connaît rien de son époque » (O. Wilde). Se réconcilier avec soi, renouer avec l’autre ? « La vérité du lieu ne se dévoilerait-elle que dans le rêve du lieu ? » (G.D. Hubermann). Huma Avignon Uzeste St Germain des près, je suis un enfant de la Libération. C’est quoi être artiste ? C’est apprendre à scier la branche sur laquelle on n’est pas né de la dernière pluie. C’est ce qui n’aboutit pas qui dure. C’est ce qui emboutique qui emmure. Si ce qui reste d’un homme c’est ce qu’il a donné aux autres, ce qui reste d’un artiste, c’est ce que les autres lui ont piqué. édition du 7 septembre 2005Je ne suis pas une marchandise, un objet, un produit fini, voué à la consolation, à la consommation. Jusqu’où ça commerce la musique ? 24 heures sur 24 heures radioactive radiophilisée télévissée et télévidée. Le mal ouïr fait des ravages, nous rendant sourds au monde et à nous-mêmes, tenus en laisse à l’ouïe et à l’oeil, bien désengagés derrière les oreilles. Quand on ne sait plus entendre ce qu’on ignore, ce qu’on ne connaît pas de ce qui existe, on a besoin d’être éblouis et on ne sait plus s’éclairer, et on ne sait pas qu’on ne sait pas. Quand le désir laisse à désirer, le besoin use à besogner. À homme nouveau, langage nouveau. Si vous ne comprenez pas tout ce que je dis, je vous comprends, moi c’est pareil, j’en suis conscient. Mon langage est structuré comme un inconscient, je mentirais si je pensais m’en tirer. Quand la musique n’a plus rien à voir avec le chaos du monde, elle a à voir avec le commerce, la religion, la fascination, la désujétisation. Elle réduit le citoyen en client. La musique ne commémore pas, elle transforme ou pas. La musique n’est pas une marchandise. Je ne suis pas une marchandise, un objet, un produit fini, voué à la consolation, à la consommation. J’échange, je donne, je reçois. Je ne sais même pas si je suis commencé. Comment c’est, la Fête de l’Huma ? C’est complexe, c’est pas si simple, c’est critique, problématique, c’est le miroir de la société actuelle : certains s’y cherchent, d’autres s’y retrouvent, quelques-uns s’y perdent, la plupart luttent pour survivre et les gros malins s’empiffrent (signe extérieur de détresse). L’identité n’est pas une aptitude à reproduire ce que l’on a été, mais à devenir autre... Singulièrement pluriel. Comment c’est l’Uzeste Musical ? En liberté, en toutes responsabilités, musiques sans papier, sans frontière, sans identité révélée, arrêtée, musiques à venir, comme les idées qu’il faut penser sur la pensée. Remettre sur la pensée, sur l’établi... édition du 6 septembre 2005Jusqu’où ça commence la musique ? Pour beaucoup à la Fête de l’Huma. Comment faire des fêtes un divertissavertissement avertidivertissant, fête de l’art, art de la fête, et non pas, non plus, festival de commerce, commerce de festival convivial garni musiques faciles à voter d’enchanteurs entubés ! Comment penser danser chanter jouer aimer à contre-courant du cuculturel, sens-unique, rond-point giratoire, nouveau destin magique et subliminable qu’on nous offre à la demande par le capital libéralisme anglo-klaxoné pop-corn et autres dommages cocacolatéraux bien sucrés (maman !). Les choeurs de l’Armée rouge, c’était pas mieux, c’était pas pire !, il faudrait un peu plus d’humilité - qui s’accorde bien avec la fierté - et laisser l’orgueil aux nains de cours ou de jardins au choix. Transformation du souci en souci de la transformation et non pas transformation de six sous en soucis de six sons de saucisson. Un artiste n’est ni curé, ni infirmier, encore moins messager. Comme disait l’autre : « méfions-nous des messagers, ils croient ce qu’ils disent, ils ne le pensent pas » (R. Vaillant). Comment faire pour être intransigeant avec soi-même et moins radical avec les autres, avec l’autre ? Pour réussir de belles choses, il faut garder l’enfant libre à vivre, en nous. Enfantillage âge, oui ! Infantinihilisme branché, non ! Jusqu’où ça commence la musique ? Pour beaucoup à la Fête de l’Huma notamment. Jusqu’où ça s’arrête la musique ? Partout où il y a trop d’étagères de classements de vitrines de renoncements de yacadémiasmes, de cloisonnements de rangements d’arrangements. Rien ne se perd, tout s’encrase. « Il ne s’agit pas de reproduire ou d’inventer des formes, mais de capter des forces - c’est même par là qu’aucun art n’est figuratif » (F. Bacon). édition du 5 septembre 2005« Je ne ferai pas semblant de vous parler de vous, je vais faire exprès de vous parler de moi, à moins que cela ne soit l’inverse ! » Du plus loin que je me souvienne... Mon désir réflexe engagement de chercheur d’art à l’air libre - d’Uzeste Musical mine d’art à ciel ouvert - vient de trois points cardinaux.
rien ne se perd tout s’encaisse. Artistique esthétique politique éthique ludique critique historique dialectique archaïque anachronique psycho-pathétique humoristique - qui s’y frotte si nique... et c’est bon. l’OEdipe complexe... Se construire déconstruire pour chercher à s’instruire à lire à s’écrire à dire à ne pas nuire ? Qui suit-on dans qui suis-je ? Soixante ans que je suis à la trace l’idiot du visage - visage sans lequel nous n’aurions rien à nous dire. La Fête de l’Huma transpire de visages sans fin, curieux, désirants, joyeux, militants, insolents, croyants, doutants, certifiants, pratiquants, rien ne se perd, tout s’entraîne ... différents ... semblables. La Hestejada de las Arts d’Uzeste Musical Visage Village des Arts à l’oeuvre est une grande - petite Fête d’humanité. Section avant-garde champêtre. Espèce de manifestif poïélitique (laboratoire de recherches fondamentalement selfsplicable !!). Où se cultive en pleine transarticités, l’entremêlement libre par capillarités, forces vives et désagréables à l’oseille qu’on peut apercevoir au stand des Amis de l’Huma assez souvent, les bonnes années. Fête de l’Huma et fête de Lubat, bourrées de dettes, de contradictions, comme tout le monde, et ça fait du monde... Rien ne se perd tous ensembles différents semblables infinissables, jusqu’où ça commence le communisme ? mettre en commun le pas commun ? Rien ne se perd tout s’en tasse, comment s’y perdre sans s’y retrouver ? Je suis un artiste avant-gardiste attardé citoyen d’art et d’essai, pas moyen de me stabiliser staliniaiser. Rien ne se perd tout s’en passe. Frondateur de la compagnie Lubat de Gasconhà, compagnie transartistique de divagation - fomenteur des manifestivités d’Uzeste Musical. C’est toute l’année que « jeu » fait. Je ne ferai pas semblant de vous parler de vous, je vais faire exprès de vous parler de moi, à moins que cela ne soit l’inverse ! Avignon de Vilar, l’Huma de Jaurès, l’Uzeste de chez moi, immodestement j’aurais su me hisser à mes profondeurs, à l’insu d’un tas de plein gré et de jugés de près - poursuivre un élan irrésistible - inconnu devant soi - communaliste insoliste insituactionniste individué-devant créolisacteur solidaire salutaire solitaire sursitaire, se pencher vers l’autre en tremblant, le feu dans la langue. Articles parus dans l'édition du 5 septembre 2005.
|
| uzeste.org • site web d'expression poïélitique de la Compagnie Lubat de Gasconha | plan du site | imprimer |