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Sud Ouest - La langue du poète vibre toujours
HOMMAGE A BERNARD MANCIET. Comment taire celui qui a porté, aux côtés de Lubat, le rendez-vous poeïlitique année après année ? Aujourd'hui, journée de mots du grand homme disparu

Laurie Bosdecher

Père ou frère ? Lubat se considérait comme son fils, Manciet l'appelait son frère. « La Hestejada ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui sans lui », affirme l'artiste. Le poète n'est plus là aujourd'hui. Emporté par la maladie en juin dernier. Mais comment le taire après vingt ans d'échanges, de confrontations, de partitions, de mots, à Uzeste et ailleurs au rythme des saisons ?
L'histoire de Manciet et Lubat est indissociable. Première rencontre en 1978 à Eysines. « On n'a pas su quoi. La confrontation a été sévère, sans sommation, sauvagement tendre », se souvient Bernard Lubat. Ils ne sépareront plus. Animés par le désir, mélange de plaisirs et de souffrances aussi. « Il lui est arrivé de me lancer des feuilles à la figure en plein spectacle. Ensemble, c'était le précipice assuré. Le voyage dans l'indicible. »
Bernard Manciet le lettré, le philosophe, l'historien, l'avant-gardiste puisait sa force dans les racines de la terre, celle de la lande sauvage et déserte. L'occitan et des mots qu'il inventait sans s'obliger à les rendre compréhensible. « Je lui dois cette initiation. Il m'a inventé à la poésie », souligne le roi des jongleurs de mots.
Encore l'an dernier, il participait à Uzeste musical. « C'est lui d'ailleurs qui a trouvé le nom à notre rendez-vous qui s'appelait avant festival. La Hestejada, dans le monde rural, c'était la fête principale parmi toutes celles qui rythmait la vie des villages dans le monde rural pendant l'année. »

Pilier poétique. « Il n'est pas là cette année, et je suis mélancolique », poursuit Bernard Lubat. Du poète, naissent des personnes qui se créent en lisant Manciet. Telle la comédienne Isabelle Loubère.
Parmi les nombreux hommages qui seront rendus cet après-midi à Bernard Manciet, aux côtés de Fabrice Viera, elle met en scène « Accidents ». Premiers jours d'après-guerre en Allemagne. Dans l'anéantissement total, jaillissent des bribes de lumière. Les deux artistes prennent le parti pris d'alterner gascon et français, prose et vers. « Chez Manciet, la langue roule et porte le chant. Le sens vient du son », explique Fabrice Viera qui mêle guitare, chant et sons électroniques. « Le texte même s'il a une trame historique, n'est ni dans le rêve ni la réalité, poursuit Fabrice Viera. Manciet peint une houle de mots, invitant à se laisser porter par ce flux. Musicalement, c'est merveilleux à interpréter. »
Aujourd'hui « Accidents » sur les bords du Ciron à 16 h 30. Egalement en hommage à Bernard Manciet, conférence de Guy Latry, son traducteur et ami à 15 heures, musique avec Benât Achiary et Michel Etxekopar à 16 heures et « La cité de la lune » avec Benât Achiary, Bernard Lubat et Michel Etxekopar à 17 h 30.

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