Axelle Maquin-Roy
Au lendemain des municipales, Corinne Chiaradia a fermé la bibliothèque-librairie. Par « dépit » et pour cause de « déni », dit-elle
Qui aurait cru que la volonté démocratique aurait de telles incidences ? C'était certainement sans compter sur la passion qui anime Corinne Chiaradia. Aux lendemains de l'élection municipale qui a vu, dès le premier tour, Jeanne-Marie Baup confortée dans ses fonctions de maire, la présidente de l'association de la Maison de la mémoire en marche « ne (peut) pas éternellement continuer à faire comme si tout allait bien ».
La MMM, comme la nomment les habitués, est fermée. Des lettres noires sur un fond jaune expliquent : « Pas pour congés, pas pour inventaire, peut-être par défi, peut-être par dépit, peut-être pour cause de déni ». Les termes sont forts, à l'image de la détermination de Corinne Chiaradia et d'une poignée de bénévoles qui, « depuis novembre 2002, s'échinent à faire vivre ce lieu ».
Un espace associatif, ouvert trois jours par semaine, dans lequel l'on vend mais où, surtout, l'on emprunte des livres, des disques. Une ancienne maison d'habitation transformée en temple du savoir au coeur de la campagne sud-girondine où quelque 3 000 livres, un fonds cinématographique exceptionnel ainsi qu'un espace jeunesse attirent une cinquantaine d'usagers.
Cette initiative remarquable, dans ce que les technocrates appellent des zones de redynamisation rurale, peine pourtant à trouver soutiens. Car là est bien la raison de la colère de la présidente. « Ce lieu a besoin de reconnaissance publique qui passerait par des subventions mais pas seulement », déclame Corinne.
Mais voilà, avec la municipalité les relations sont pour le moins tendues.
L'ombre de Lubat plane. L'artiste engagé n'a pourtant rien à voir dans l'affaire. Certes, Corinne revendique « des centres d'intérêt commun et la même volonté » de partager les richesses du savoir. Mais elle l'assène : « Pas de collusion. » L'association de la MMM est indépendante et ne perçoit pas, non plus, d'aide de la compagnie Lubat. Ses seules ressources proviennent de la vente des livres de la librairie, dont les bénéfices sont réinjectés dans l'achat d'ouvrages pour la bibliothèque.
Du côté de la mairie, on affiche un certain étonnement face à la situation. « Ils ne m'ont jamais demandé d'aide. Ce n'est tout de même pas à nous d'aller les chercher », déclare le maire, Jeanne-Marie Baup. Et d'ajouter, à propos de la fermeture, « c'est ennuyeux ».
Ennuyée, Corinne l'a également été il y a quelques mois, lorsqu'elle a vu la bibliothèque municipale s'installer dans les locaux de la mairie? à 10 mètres de la MMM. Sur ce point, le maire fait savoir que la création de la bibliothèque remonte à 1991. La délibération de l'époque donnait pouvoir au maire d'obtenir du Conseil général les subventions nécessaires à l'aménagement de « deux pièces désaffectées de l'ancien presbytère ». L'étage de la mairie était jusqu'alors « en cours de rénovation ».
Pour la présidente de la MMM, il n'en faut pas d'avantage pour crier au « déni ». Alors, par dépit, elle a mis la clef sous la porte. Une bouteille à la mer lancée en direction des Uzestois. « Si l'existence de ce lieu a un sens pour les habitants qu'ils le disent et qu'ils nous soutiennent » auprès de l'équipe municipale qu'ils ont choisie. Et dont la tête de liste reconnaît qu'« on aurait pu travailler en partenariat ».
Tout n'est peut-être pas perdu.