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La promesse du philosophe
22 août 2006 : l'HumanitéL’intervention du poète martiniquais Édouard Glissant, invité d’Uzeste, a marqué les consciences. Un hommage pas ordinaire pour un lieu hors norme.« Si certains ne comprennent pas la chance qu’on a d’avoir Lubat sur notre territoire, nous, nous l’avons compris. » C’est Guy Dupiol, maire de Saint-Symphorien, qui parle ainsi le jour où Uzeste musical se recrée dans sa commune. Le lendemain, c’est le maire de Cazalis, Jean-Claude Lassale, qui reprend quasiment les mêmes mots. Quarante-huit heures après, le maire de Villandraut, Christian Picard, est, sous un lavabo, en train de préparer le festival. Étonnante 29e édition. Le festival trouve grâce hors de son giron d’origine, pour ce qu’il est depuis bientôt trente ans dont témoignent la collection du journal régional ou des revues de New York. Et, déjà, Uzeste musical est plus loin... Le plus loin, c’est Glissant. L’auteur (avec Patrick Chamoiseau) du fameux texte intitulé De loin, publié dans nos - colonnes, redéfinissant la République après la révolte des banlieues, s’est trouvé dans l’Estaminet de Lubat, au - final du dimanche - promesse de retour au nid ? - comme dans cet archipel du passage qu’il oppose au continent de la force et de la domination. Glissant a offert à Uzeste une métaphore, une philosophie qu’Uzeste pratiquait déjà en fait sans l’affirmer. Entendre le poète martiniquais parler d’un concept qui lui est cher, le « tremblement », est quelque peu hallucinant pour ceux qui ont fréquenté les variations, les contre-pieds, les questionnements d’Uzeste. Il lui a même peut-être offert une ligne d’action : là où il n’y a eu jusqu’alors que découvreurs et découverts, que dominants et dominés, que colonisateurs et colonisés, sa poétique (assez proche de la « poïélitique » de Lubat) propose un « tout monde » qui ne peut être atteint qu’en « découvrant ensemble l’autre partie du monde ». Découvrir « ensemble » l’autre partie, du monde, de soi-même, de l’art, de la lutte, de la politique, est un fil à tirer qui peut mener loin. À condition qu’il procède du vivant comme on l’a vécu durant ces six jours parcourus comme une chevauchée. Une nuit, après l’orage du ciel, un orage sur scène déclenché par les percussions d’un autre Martiniquais, le chant basque de Benat Achiary, le feu d’Auzier, le cri de la comédienne Nathalie Boitaud, les volte-face de la jeune danseuse Raphaëlle Camus, et le piano tendre et furieux de Lubat. L’« autre partie » prend au soleil de l’après-midi le visage d’un débat avec Monique Chemiller-Gendreaux. La juriste explique qu’il eût mieux valu risquer le « oui » au traité de constitution européenne en mai 2005 afin d’agir dans la communauté politique qu’elle appelle de ses voeux. Dans le public d’Uzeste, plutôt franchement à gauche, on avale ci et là sa salive, mais cela donne, le lendemain, au rebond sollicité par Lubat, une confrontation qu’on a parfois oubliée. Question ouverte, visant l’« autre partie » : le 30e Uzeste Musical, en 2007, sera-t-il l’occasion pour les élus socialistes qui dominent le canton et le département de dépasser l’esprit de querelle, le comportement de clocher, l’absurdité de la volonté de contrôle ? En tout cas il existe tout un monde qui ne les attendra pas, déjà en piste pour l’an prochain. Charles Silvestre |
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