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 uzeste musical visage village des arts à l'œuvre

 

l'Humanité, 21 août 2007 : Le temps danse à Uzeste
Festival . Malgré une sévère coupe claire dans les subventions, la 30e édition d’Uzeste musical a connu un franc succès.

Landes,
correspondant régional.

À Sore, localité d’un bon millier d’habitants de la haute lande gasconne, la 30e Hestejada de las arts (en « service minimum » après suppression d’une partie des vivres) a de nouveau offert cette année au public son panier garni de petits bonheurs artistiques, de pensées et d’émotions fortes. Après avoir siégé longuement à Uzeste puis cheminé par Villandraut, Saint-Symphorien et autres villages de Gironde et des Landes, la Compagnie Lubat et près d’une cinquantaine de complices intervenants artistiques ou agitateurs d’idées neuves, tous solidaires venus bénévolement, ont remis le sensible à sa place, c’est-à-dire à la plus haute pour un festival qui mérite ce nom.

« Résister c’est créer »

C’est par le « Chaos [s] péra Tout-Monde » et un bouleversant final que s’est achevée dimanche soir sous les chênes et les pins, sur la rive du Leyre, cette édition fragilisée avant de débuter. Dirigés par un Bernard Lubat plus généreux que jamais, ils sont seize sur scène, musiciens, chanteurs, diseurs, d’autres aussi dans le bois dont l’artiste artificier Patrick Auzier, tous rassemblés dans une symphonie magnifique de musiques et de chants improvisés, de poésie, de feux et d’images. Dans un embrasement musical, pyrotechnique et poétique qui enveloppe la forêt, les spectateurs et les artistes, fusent quelques mots chargés d’émotion de « l’oeuvrier » en chef Bernard Lubat.

« Quelques gouttes de doute au mois d’août / Quelques gouttes de tendresse, d’innocence, d’ignorance, d’insolence / Quelques gouttes de doute, pour la route / Trente ans, trente ans, le temps n’a pas d’âge. Le temps qui danse... À l’an prochain. »

Sur un écran, défilent des images de résistance et de résistants contre l’occupant et l’adversité. « Résister c’est créer. Créer c’est aussi résister » : ces appels de René Char puis de Lucie Aubrac sont repris à plusieurs voix au cours du festival.

Depuis jeudi dernier en soirée et par la singularité créatrice d’Uzeste musical, chacun a pu piocher dans cette coupe aux arts multiples des plaisirs qui « ne se quantifient pas, ne se monnaitarisent pas, ne se marchandent pas ». Au Cercle ouvrier, par exemple, de Saint-Symphorien lorsque, dans ce lieu chargé de solidarité sociale et de lutte, les joueurs de belote abandonnent quelques instants les cartes sur la table pour tendre l’oreille et vibrer aux libres improvisations du saxophoniste François Corneloup. « Uzeste Musical, c’est du 1er janvier au 31 décembre et cela fait trente ans que ça dure », rappelle le musicien.

Art et politique font oeuvre commune

Garder encore et toujours en mémoire pour les jours difficiles l’écho du chant profond et magnifique de Benat Achiary. Basque dans son âme et sa culture comme son ami Michel Etchecopar. Les prestations du clown Gilles Defacque, directeur du Prato de Lille, désopilant jusqu’au tragique lorsqu’il lit des textes de Bukowski. Les voix de Nathalie-Dalilà Boitaud, d’Isabelle Loubère, du conteur René Martinez, de la chanteuse lyrique Lucie Fouquet, du slameur D’de Kabal, de la danseuse Raphaëlle Camus… Les joutes jazzées en toute liberté et modernité par les musiciens Antonin Gerbal, Pierre Borel, Ramon Lopez, Philippe Laval, Fabrice Vieira et Fawzi Berger de la Compagnie Lubat, et bien d’autres encore… Les films de Pascal Convert. De Marcel Trillat. Dont son dernier Silence dans la vallée. Ce film documentaire superbe décortique par les paroles de tous, ouvriers, patrons, élus locaux, le mécanisme dévastateur de toute l’activité métallurgique dans les Ardennes et la vallée de Nouzonville par cette course mondiale à la finance coûte que coûte.

Parce que l’art et la politique font oeuvre commune, Uzeste Musical croise constamment les manifestations artistiques avec les débats citoyens. « Avec nos petits problèmes, nous rendons lisibles ceux des autres », affichent en exergue les organisateurs. Et Lubat se plaît à rappeler combien il est important que l’artiste pose problème. « Sinon, ça devient des festivals de buvette ou de vide-grenier. » C’est ainsi que chaque matin pendant trois jours, Monique Chemillier-Gendreau, juriste internationale, et le sénateur fondateur des états généraux de la culture, Jack Ralite, coaniment un atelier débat politique. « L’art et la politique sont les deux facettes de l’action pour conquérir la liberté », souligne d’emblée Monique Chemillier-Gendreau. Elle juge indispensable de réinventer « l’agir de la politique ». Jack Ralite alerte sur la gravité des coups actuellement portés contre la pensée tout autant par le nouveau président de la République, par sa ministre de l’Économie, ou par la présidente du MEDEF. Il lance un vibrant plaidoyer pour l’entière liberté de création artistique et culturel. « Soyons nous-mêmes com- me citoyen respectueux de cette création et agissons. » Et de poursuivre : « Il ne faut en rien céder sur la liberté et l’audace de la création, l’artiste est premier, les marchands ne viennent qu’après s’ils le veulent. » D’autres débats concoctés par l’équipe de la CGT et la NVO, par Michel Ducom et le Groupe français d’éducation nouvelle (GFEN), abordent les enjeux de l’engagement « dans tous ses tiers-États ». Alors que d’autres se frottent à cette question : « C’est quoi être de gauche cette année ? »

Mais, comme toujours avec Uzeste Musical le jazz et la poésie mènent la danse. « Dansez, dansez ! C’est le début de l’insurrection », lance en tchatche Chico le rappeur vers un public ravi et debout lors d’un mémorable concert manifeste.

Alain Raynal
21 août 2007

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