SORE. La 30e édition de la Hestejada d'Uzeste musical, l'ovni culturel de Bernard Lubat, ouvre vendredi dans les Landes sur fond de polémique.
Jefferson Desport
15 août 2007
La trentième édition de la Hestejada d'Uzeste musical, l'ovni polyculturel de Bernard Lubat, sera sans conteste celle de la résistance. Et de la fidélité.
Résistance, d'abord, contre la politique culturelle du Conseil général de la Gironde qui lui a réduit de moitié ses subventions, ouvrant du même coup le feu à une polémique rageuse. Fidélité, ensuite, envers des exigences artistiques et une liberté de création qui, à ses yeux, ne sauraient s'accommoder de cette chute de crédits.
Résultat de cette incompréhension, le festival n'aura pas lieu à Uzeste. Plutôt que de rester et de faire avec, en espérant des temps meilleurs, Lubat a, en effet, choisi l'itinérance. Et l'exil politique. A Saint-Symphorien, en Gironde, demain avant de déplacer vendredi, et pour trois jours, les scènes de son rendez-vous à Sore, au coeur de la Haute Lande.
Une première montée dans l'urgence avec la solidarité des artistes où l'improvisation sera plus qu'un fil rouge, même si les habitués d'Uzeste retrouveront tout ce qui a fait l'identité de ce festival unique : cinéma, concerts, lectures... Un événement « transartistique » comme dit Lubat qui fera, bien sûr, une place de choix aux débats politiques.
Un mythe. Un thème évidemment de circonstance dont l'enjazzé notoire d'Uzeste a bien l'intention de profiter. Car si certains artistes estiment que l'inspiration vient des grands chambardements, son bras de fer avec le Conseil général reste avant tout douloureux. Et stérile.
Autrement dit, si les mauvaises langues sifflent que son départ précipité d'Uzeste pourrait finalement avoir du bon pour l'imagination débordante de cet adepte du mouvement perpétuel, il n'en est rien. « C'est une atteinte à la création, assure-t-il. Créer dans la souffrance, c'est un mythe, un mythe bourgeois. »
En clair, Lubat est en colère et la culture, son drapeau. « Je ne rêve pas d'un Grand Soir, prévient-il. L'engagement est quotidien. Mais, pour moi, il n'y a pas un art pur qui serait dégagé de tout engagement. Par exemple, quel est le message esthétique de Sarko aux Etats-Unis ? »
Samedi, sur scène, Bernard Lubat posera une autre question, en pensant très fort à Philippe Madrelle, le président PS du Conseil général de la Gironde : « C'est quoi, être de gauche, cette année ? » Une interrogation à laquelle le musicien répond en citant Henri Emmanuelli : « Etre de gauche, cette année, c'est être mal à droite. »
Jusque-là, Sore était connu pour son eau de source. Mais pas question que Lubat en mette dans son vin. Reste à savoir si cette trentième Hestejada sera un grand cru.