NOEL D'UZESTE MUSICAL
Au final de ce 28e Noël d'Uzeste musical, un concert en duo des deux complices musicaux que sont Bernard Lubat et Michel Portal : un régal, filmé par Pascal Convert
Placé sous le signe de la lutte contre le racisme, le 28e Noël d'Uzeste musical proposait des projections de films, un jazz club, du théâtre avec « le Cid », adapté avec respect par la compagnie Les Ongmillier, et pour finir un grand bal animé par Bernard Lubat lui-même à la tête de sa compagnie. L'Estaminet (« Entre ouvert et fermé », dit le batteur, qui y travaille régulièrement) a été aussi le théâtre de répétitions, et le lieu d'une rencontre à la fois pas du tout inédite mais toujours passionnante, entre le maître des lieux et son complice musical de trente ans, Michel Portal. Le tout filmé par Pascal Convert, plasticien, artiste, enseignant, attentif à faire parler les deux instrumentistes dans le cadre d'un projet de film consacré à leur rencontre.
Un grand concert. « Improvista » est le titre de ce spectacle de deux heures, où chacun joue de plusieurs instruments, Michel ayant apporté ses clarinettes, ses saxophones et son bandonéon, tandis que Lubat va du piano à la batterie en passant par une incroyable table de ferme sonorisée, sans oublier les multiples claviers dont il use avec aisance, l'accordéon, et la somme de tout ce qui lui tombe sous la main ou dans le discours, et dont il fait musique. Un grand concert, en ce vendredi 30 décembre, un de ceux dont on ne regrette pas d'y avoir été malgré le chemin, la pluie, le froid. Car personne (et c'est là sans doute le fond de leur entente musicale) ne sait mieux que ces deux-là marier avec bonheur le savant et le populaire. Pas un amateur de jazz pointu (voire intello) qui ne se retrouve dans les glissandos de la clarinette de Michel Portal, qui n'hésite pas à évoquer les instrumentistes créoles à l'occasion, sans omettre de citer les pièces classiques ou contemporaines qui sont dans son magasin.
Même chose avec Lubat, pianiste et rythmicien de formation classique, mais capable de faire entendre ici ou là des échos de Baby Dodds ou de Kenny Clarke. Et, en même temps, surtout lorsqu'ils dialoguent sur la fin entre accordéon et bandonéon, pas un trait qui ne soit audible par tous, pas une formule qui ne fasse renvoi à l'esprit de la chanson, à l'idée du bal, au plaisir de jouer pour le plaisir et pas pour la galerie.
Le CD-DVD « Bernard Lubat - Vive l'Amusique » (Labeluz/ Harmonia Mundi) vient de recevoir plusieurs récompenses (Choc 2005 « Jazzman », Disque d'émoi et Best of 2005 « Jazz Magazine »). On ne doute pas que celui que prépare Pascal Convert suive un chemin comparable. Et quand, après ce moment de bonheur partagé comme par hasard par une salle qui ressemble à s'y méprendre à la musique elle-même vient le bal de la compagnie, eh bien ça danse, et ça ne fait pas semblant ! Entre Noël et Nouvel An, cette fois.