Bernard Lubat a confié une commande à u n jeune architecte bordelais pour changer le décor et réhabiliter le café l'Estaminet en espace artistique
Pierre Lascourrèges
Son père et sa mère avaient ouvert un débit de boissons. Lui rêve de le transformer en « débit de passions ». Bernard Lubat livre ici la dernière trouvaille, née de son imagination. 70 ans séparent la création de l'Estaminet d'une renaissance attendue. Puisqu'il est ici question de toucher au décor, mais certainement pas à l'esprit de l'emblématique ancien café familial. Bernard Lubat rend ici hommage à tous ceux qui ont travaillé derrière le comptoir à des époques successives, depuis 1937 avec ce café-alimentation et salle de bal tenus par ses parents jusqu'au couple Planton, qui en avait repris l'exploitation, sous une autre forme, en 1978. Et voilà que se profile une nouvelle ère, sous le trait de crayon d'un jeune architecte bordelais de 33 ans. Christophe Hutin s'honore d'une telle commande, lui qui avait l'habitude de dessiner des maisons individuelles, s'est résolu à travailler sur un projet original : « On m'a dit que j'étais fou de faire ça. Que je ne serai jamais payé. J'ai la preuve du contraire. Je me souviens surtout de ma première rencontre avec Lubat au printemps dernier. J'ai dû m'imprégner du lieu et de l'oeuvre de l'artiste pour imaginer un dispositif architectural adapté à leur mesure. »
Une salle confortable. Le projet consiste à aménager une salle plus grande et plus confortable, apte à accueillir le fameux centre international des recherches transartistique contemporaines dans la diversité des pratiques allant des concerts aux spectacles, bals, conférences, débats, expositions... La nouvelle formule de l'Estaminet offrira une grande liberté d'usage, à partir des travaux d'élévation de l'immeuble et d'une meilleure exploitation des volumes. Bernard Lubat l'appelle déjà affectueusement son « théâtre amusicien », comme si ce néologisme devait autoriser toutes les audaces de la part d'un artiste réfutant sévèrement le conformisme ambiant.
La vente de la menuiserie. Le règlement du dossier administratif sur ce projet est certainement plus terre à terre. Tout dépend d'un accord à donner au permis de construire déposé cet été à la mairie d'Uzeste sans que Lubat n'attende véritablement le retour en considération des élus avec lesquels les rapports sont de plus en plus distendus et en particulier du Conseil général qu'il accuse d'avoir retiré la subvention au festival Uzeste Musical (1). « Nous ferons peut-être la 31e édition de la Hestejada des las arts sur la lune. » En attendant, pour financer ce projet estimé à 300 000 euros, Bernard Lubat s'est décidé à ne compter que sur lui-même, en se séparant de la menuiserie, où sont installés les bureaux de la compagnie. Le produit de la vente venant ici compléter un recours à l'emprunt. Entouré de ses plus proches collaborateurs, le musicien « anartistisan, poïélitique, pataphysicien et jazzconcubin reste inflexible ». « On est entré en résistance. On ne lâchera pas. »
(1) En dehors du festival, le Conseil général maintient une aide à la création, en attribuant une subvention à la Compagnie Lubat.