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 uzeste musical visage village des arts à l'œuvre

 

Sud-Ouest - 12 octobre 2004
Journal Sud Ouest :
Les élus démontrent leur "bonne volonté
: Le Conseil municipal exprime sa position sur les faits relatés dans l'édition du 23 septembre 2004.

Paru dans l'édition du 12 octobre 2004.

Unanimement, le Conseil municipal d'Uzeste a tenu à effectuer une mise au point « sereine et sans polémique » sur les conditions du déroulement du festival d'Uzeste Musical. « La commission de sécurité de la préfecture s'est déplacée à l'occasion du festival. Depuis 2002, elle a donné des avis défavorables de fonctionnement aux trois établissements, l'Estaminet, la Menuiserie et la Maison de la Mémoire en Marche. Elle devait donc vérifier si les travaux et aménagements prescrits avaient été réalisés ». « La Menuiserie est dans un tel état d'insécurité que l'utilisation a été limitée à 20 personnes et la fermeture au public est effective depuis le lendemain du festival. La Maison de la Mémoire ne doit pas recevoir plus de 20 personnes à la fois. La commission a noté que les prescriptions de 2002 n'ont pas été suivies des faits, d'où un avis défavorable confirmé. Malgré cela, dans un esprit de tolérance, la Maison de la Mémoire n'a pas été fermée au public. Or, le maire est pénalement responsable si un accident survient et s'il est démontré qu'il n'a pas fait le nécessaire pour informer les exploitants de leurs devoirs ».

Conditions acceptables. « Pour l'Estaminet, avis défavorable de fonctionnement depuis 2002, liquidation judiciaire en 2003, avis défavorable de fonctionnement confirmé en 2004. La commission de sécurité interdit de tenir restaurant à l'intérieur. Le maire autorise alors la fermeture de la rue devant l'Estaminet, autorise l'installation d'une bâche de plus de 20 m sur la largueur de la rue permettant de servir une centaine de repas à la fois, le temps du festival ».
« Pour le camping, les organisateurs savent qu'ils doivent demander une autorisation spéciale, donnée par le préfet, pour implanter un camping temporaire. Le dossier recevable n'a été déposé ni en 2002, ni en 2003 mais seulement en juillet 2004. Il est actuellement à l'étude dans les services de l'Etat. L'autorisation, ou pas, sera donnée par le préfet. En attendant, en 2003 et 2004, la municipalité a signé des conventions d'occupation gratuite de terrains municipaux autorisant, comme le permet la loi, l'implantation de 20 places maximum par terrain. Est-ce mettre des bâtons dans les roues ou est-ce simplement faire respecter la loi républicaine ? Restauration, hébergement, spectacles, diffusion de Radio Uz sans autorisation demandée aux Bâtiments de France, rien de cela n'aurait pu avoir lieu sans la bonne volonté des élus uzestois qui ont permis le déroulement du festival dans des conditions acceptables ».

Pour ce qui est de la « bibliothèque vandalisée » (S-O du même jour), la municipalité précise que « personne n'est entré dans le local. Une vitre est brisée, c'est suffisant pour être scandalisé mais inutile d'en rajouter ». La mairie rappelle que « tags, voitures ou portes forcés, effractions sont depuis quelques mois le lot de plusieurs bâtiments publics ou semi-publics (club-house du foot, tags sur logements sociaux, bar, habitations, collégiale, détériorations aux toilettes publiques, etc.). L'incident malheureux à la Maison de la Mémoire en Marche s'inscrit hélas dans la continuité ». Et de conclure : « le Conseil municipal et le maire se sentent profondément responsables de la sécurité de tous. Ils le prouvent et font appel au civisme de chacun afin que les incivilités ou actes gratuits n'aient plus droit de cité à Uzeste et que le respect des autres soient un réflexe citoyen ».


le site de Sud Ouest.

Bernard Lubat, en réponse à l’article paru dans Sud Ouest du 12 Octobre 2004

Uzeste, le 18 octobre 2004

Conception sécuritaire particulière de la municipalité d’Uzeste, autrement dit : appréciations circonstanciées du concept de sécurité.

D’un côté : c’est grave, très grave.

Il s’agit pour la municipalité de démontrer à la population locale (et par tous les moyens transversaux possibles) qu’Uzeste Musical est hors la loi, que L’Estaminet est moribond, que la librairie-bibliothèque de la Maison de la mémoire en marche est illégale, que Bernard Lubat est un voyou gauchiste communiste anarchiste et donc par-là peu soucieux de respecter les nouvelles normes de sécurité en vigueur !

De l’autre : c’est pas si grave

Il s’agit pour la municipalité de démontrer à la population locale (et par tous les moyens transversaux possibles) que l’acte de violence qu’a subi la librairie-bibliothèque de la Maison de la mémoire en marche, n’est qu’un vandalisme parmi tant d’autres qui « s’inscrit hélas dans la continuité » (de quoi ? serait-ce la faute à Lubat ?).

D’un côté : c’est grave, très grave.
De l’autre : c’est pas si grave.

D’un côté : on connaît les coupables, les responsables
De l’autre : Ils n’avaient qu’à pas ouvrir une librairie-bibliothèque, coupable d’attirer et créer ennuis et troubles de la sécurité publique (sachant que l’on y propose des œuvres de poésie, de littérature, d’histoire de philosophie de sciences, en langue française et langue d’oc !).

Informations proposées à la réflexion :

Il n’y a aucun mépris de la loi, ni de ses représentants ni de quiconque, dans les difficultés que nous avons à répondre aux nouvelles conditions de sécurité actuelles régissant l’organisation de manifestations culturelles. Devant l’exponentialisation du coût sécuritaire, nous n’avons pas les moyens financiers, ni privés ni publics, de réaménager plus rapidement nos locaux aux nouvelles normes en vigueur. Nous faisons ce que nous pouvons, au-delà même de ce que nous pouvons et depuis toujours et depuis bientôt trente années (qui d’ailleurs ne se sont pas trop mal passées question sécurité, on a largement vu pire).
L’inquiétante mauvaise foi de la municipalité d’Uzeste fait forcément peine à voir.
Son acharnement à tenter d’exclure une action artistique, qui a su construire sa légitimité heureuse, en trente ans d’âge, laisse pantois.

Son aveuglement, devant la portée symbolique, si lourde de sens, que représente un attentat contre les livres, alimente la violence qu’inspire la peur « une vitre est brisée, c’est suffisant pour être scandalisé, mais inutile d’en rajouter » (cf. Sud Ouest).
C’est sûr inutile de rajouter des précisions, en vérité, et qui manquent, et qui sont les suivantes : grille de fer de protection défoncée déformée sous la violence des coups, inscription sur les volets et porte du sigle d’extrême droite « Ordre nouveau » en trois exemplaires.
Dans la phrase : « c’est suffisant pour être scandalisé » qui est scandalisé ? Madame le maire? Nous ne sommes pas au courant, nous n’en savons rien. La mairie ne nous a toujours rien communiqué, ni oralement ni par écrit, de sa position sur le sujet. Pas un seul mot, non plus, d’échangé sur la question avec nos conseillers municipaux, nos voisins du quotidien !
On peut penser, et à juste titre, que si la porte de la mairie (ou de l’église, de l’école, de la poste et de n’importe laquelle de nos maisons) avaient été agressée à coups de masse et ses murs humiliés de sigles fascistes, nous aurions raison d’être tous interpellés, responsabilisés dans notre réflexe de citoyen – être scandalisés ne suffirait pas.
Alors donc faut-il convenir que ça ne marche pas comme ça quand il s’agit d’une librairie-bibliothèque ? Pourquoi ? La faute à Lubat encore ? La politique du bouc émissaire n’est pas digne d’une politique de gauche, ni de droite d’ailleurs. C’est le signe d’un avachissement citoyen inquiétant, conséquence lourde d’un processus de dépolitisation générale, qui finalement déresponsabilise, désespère, trompe et castre les populations quand on les soumet à la démagogie participative.
Dans le monde tel qu’il va, dans notre société telle qu’elle advient, les élus d’aujourd’hui ne sauraient être de simples gestionnaires (conservateurs de biens établis, d’équilibres déséquilibres établis). Les citoyens contemporains ne les considèrent plus seulement comme leurs représentants mais comme leurs co-élaborants, leurs co-agissants. Cela s’appelle la démocratie participative qui s’ajoute à la démocratie représentative. Les élus ne peuvent plus être comme autrefois « d’aimables paternalistes » car les citoyens d’aujourd’hui ne sont plus d’innocents enfants ; les citoyens d’aujourd’hui sont en lutte pour leur survie, leur emploi, leur sécurité sociale, leur retraite, leur qualité de vie, leur liberté de respirer, leur éducation, leur dignité, leur espérance.

Comme dit le philosophe « le monde ne souffre pas du manque de sécurité mais du manque de justice »

Bernard Lubat

Corinne Chiaradia, en réponse à l’article paru dans Sud Ouest du 12 Octobre 2004

Uzeste, le 14 octobre 2004

LETTRE OUVERTE AUX UZESTOIS
Mais de quoi parle-t-on ?

Suite à un article publié dans le journal Sud Ouest le 23 septembre dernier, le Conseil municipal d’Uzeste a fait part le 12 octobre de ses positions, par le biais de ce même journal. La tonalité de cette réponse m’a profondément choquée. Je ne parle pas de ce qui concerne le festival d’Uzeste musical ou l’ouverture/fermeture de la Menuiserie et de l’Estaminet. Non, je parle de ce qui me touche personnellement, c’est-à-dire des actes de vandalisme perpétrés contre la Maison de la mémoire en marche et à propos desquels la mairie d’Uzeste juge enfin bon de se manifester… plus de trois semaines après les faits.

Ainsi donc « le conseil municipal et le maire se sentent profondément responsables de la sécurité de tous » : il faut croire que la profondeur de ce sentiment n’inclue pas sa manifestation immédiate… Quant au « tous » il m’évoque cette loi édictée par le tyran de La Ferme des animaux de George Orwell: « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ». Car la sécurité de la MMM préoccupe tellement nos élus uzestois que pas un seul n’a jugé nécessaire de se rendre sur place, ni de contacter aucun membre de l’association. Et quand, la veille de la réouverture des lieux, madame la maire effectue une tournée du village en compagnie de l’équipe chargée du projet de réaménagement du bourg, elle prend soin de détourner la tête et de changer de trottoir quand son parcours l’amène devant la MMM. Adhérents et bénévoles qui s’activaient alors pour effacer les dernières traces des vandales, ne font donc pas partie du « tous » uzestois.

Je remercie par ailleurs la maire d’avoir fait preuve de cet « esprit de tolérance » qui permit en août à la MMM de ne pas fermer, car visiblement il a fait défaut à nos agresseurs. Je précise toutefois que la restriction limitant l’accès des lieux à un maximum de « 20 personnes à la fois » serait vite dépassée si les conseillers municipaux se mettaient à fréquenter la librairie en famille : j’en conclue que c’est par souci de sécurité qu’ils ne le font pas, afin de pas mettre en danger les autres visiteurs en surnombre… Merveilleuse « bonne volonté » qui « prouve » par l’absurde que s’approcher des livres peut être dangereux.

Les livres brûlent… En cela mairie et vandales sont d’accord, les uns le manifestent par la violence, les autres par l’ignorance et le dénigrement. Car affirmer que « l’incident malheureux à la Maison de la mémoire en marche s’inscrit hélas dans une continuité » et confondre des dégâts portés aux voitures ou aux toilettes publiques et l’agression d’une librairie, agression signée d’emblèmes d’extrême droite, c’est s’engager sur une pente vaseuse, faire preuve d’une incroyable incapacité à « lire » les symboles maniés avec force dextérité par ceux qui aujourd’hui et hier s’arrogent le droit de décider ce qu’il est bon ou mauvais de dire ou d’écrire.

Je suis proprement stupéfaite de lire sous la plume des élus uzestois qu’ils « font appel au civisme de chacun afin que les incidents ou actes gratuits n’aient plus droit de cité à Uzeste ». Est-ce de la naïveté ou simplement de la bêtise ? Depuis quand le village d’Uzeste ne fait-il plus partie des 36000 communes de France ? Le GUD ou l’Ordre nouveau (« signataires » de l’agression) ne sont pas nés dans le canton de Villandraut (un pape cela suffit) et leurs influences et avatars ne seront sûrement pas évacués du territoire par un vœux pieu du conseil municipal ! Le civisme du voisin de la librairie qui alerta la gendarmerie n’a pas fait défaut, pas plus que celui des commerçants et des membres du club de foot qui offrirent publiquement l’apéritif de réouverture samedi dernier… Mais de quel civisme parle-t-on lorsque des élus soulignent la prétendue « gratuité » d’actes plombés d’une violence symbolique délétère ? Quand bien même ces actes seraient le fait d’adolescents désœuvrés maniant inconsidérément une symbolique qui les dépasse, le rôle de l’élu – local ou pas – n’est-il pas à tout le moins d’exprimer son rejet de telles pratiques dans un souci de « pédagogie républicaine » ?

Non madame le maire, il ne s’agit pas « d’en rajouter » comme vous l’affirmez parce qu’« une vitre a été brisée », il s’agit de protéger la pensée, son expression et sa transmission, un vieux principe de la liberté en démocratie qu’il n’est jamais superflu de rappeler. Et cela indépendamment du jugement que vous pouvez porter sur les écrits diffusés à la MMM, indépendamment de l’existence d’un plafond coupe-feu à l’étage du bâtiment ou de toute réglementation sur le prêt de livres… Je suis seulement abasourdie qu’il faille sur ce point rafraîchir la mémoire d’une élue, ancienne institutrice de surcroît et secrétaire de section du parti socialiste. J’aurais aimé, madame le maire, mesdames et messieurs les conseillers municipaux, que votre « bonne volonté » proclamée s’applique à votre regard et que les yeux enfin dessillés vous puissiez déchiffrer les vingt et une lettres inscrites sur l’enseigne de la Maison de la mémoire en marche : « librairie bibliothèque ».

Corinne Chiaradia
Secrétaire de l’association de la Maison de la mémoire en marche.

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