La musique au labo
Laurie Bosdecher
Des chercheurs de l'IRCAM et la compagnie Lubat inventent un langage entre machines et artistes
Le laboratoire est un studio, on n'y trouve ni éprouvettes ni microscopes mais des ordinateurs avec d'énormes écrans plats et des instruments, des artistes et des chercheurs. Deux universitaires de l'IRCAM (Institut de recherche et de coordination de l'acoustisque/musique) et les membres de la compagnie Lubat s'y enferment les week-ends, pendant plusieurs heures. Et travaillent ensemble. Les uns amènent des partitions, des textes qu'ils ont étudiés. Les autres leurs grosses machines chargées de logiciels à la pointe de la technologie.
Que font-ils ensemble ? Ils confrontent leurs outils. L'artiste improvise, la machine écoute, tente de décrypter un langage musical et lui répond. Et ainsi de suite. Parfois ça marche très bien, quelques fois pas du tout. « Une fois qu'on met en jeu les deux outils, la machine et la production artistique, on ne sait pas du tout où on va. Et c'est ça qui est palpitant. On peut se tromper et recommencer. On fait des expériences pour mettre au point une machine même si on sait qu'elle ne sera jamais aboutie », explique Nathalie Boitaud, comédienne de la compagnie.
A priori sans points communs, les chercheurs et les artistes disent avoir du plaisir à travailler ensemble. « On ne parle pas la même langue, on n'a pas les mêmes atomes crochus, mais on a envie d'être ensemble car on sent qu'on a des choses à se dire », souligne Loïc Lachaize, ingénieur du son de la compagnie qui travaille au plus près des deux chercheurs Gérard Assayag et Marc Chemillier.
Science, art et poésie. Ce terreau commun, c'est l'imagination. Car même pour un scientifique, pour comprendre, analyser, à un moment ou un autre, il faut imaginer. « J'aime bien cette phrase du philosophe Redeker : l'art et la science sont issus de la même matrice : la poésie », poursuit le jeune homme.
« On n'a rien prouver, reconnaît Nathalie Boitaud. On s'offre ce luxe, c'est formidable dans une société où on demande toujours plus de rendement. » Le soir, artistes et chercheurs sortent de leur studio et se confrontent au public à l'Estaminet(1). « On l'invite au principe de l'incertitude et à s'interroger sur l'interaction machine et artiste. » Des questions qui aujourd'hui sont devenues presque aussi vieilles que le monde, la machine sera-t-elle un jour aussi intelligente que l'homme ?
(1) Un Cd multimedia doit sortir en octobre sur les sessions de travail entre chercheurs et artistes.