Agnès Claverie
Sud-Ouest, 2 novembre 2006
ANNIVERSAIRE --La Compagnie Lubat et Uzeste musical fêtent leurs trente ans. Un anniversaire qui pourrait être le signal d'un nouveau départ. Transartistique et contemporain
Il y a trente ans, les deux premiers festivals de jazz naissaient en Aquitaine, l'un à Marciac, l'autre à Uzeste. Ils existent toujours, mais cheminent désormais sur des voies parallèles, de celles qui ne se rencontrent jamais. Marciac, c'est aujourd'hui une grosse machine aux rouages bien huilés, Uzeste tout le contraire : festival de l'improvisation, de l'instant, de l'impromptu et de l'emmêlement des genres, Uzeste musical, création de Bernard Lubat et Patrick Auzier « parce qu'il n'y avait rien à l'époque dans la région », du stade originel « rencontre d'artistes », est passé à une osmose avec le public. Puis à l'installation permanente d'une équipe artistique dans le village.
La Compagnie Lubat collabore avec l'Ircam, travaille avec le ministère de la recherche sur la modélisation de l'improvisation, Uzeste musical promène avec succès dans toute la France son spectacle Vive l'Amusique, prépare un projet avec la mairie de Paris, vient de sortir une pochette DVD et CD (diffusion Harmonia Mundi), et se fait voir et entendre à l'autre bout du monde par le vecteur d'internet. Mais peine à se faire reconnaître localement. Schéma classique, dira-t-on. « On a l'impression que les élus locaux, ici, ne comprennent pas que le monde rural change, nous participons à ce changement en ouvrant des espaces de liberté... en articulant culture et nature... mais nous sommes au bout du rouleau ! » avoue Bernard Lubat.
Car après la signature d'une convention avec trois municipalités sud-girondines, Saint-Symphorien, Cazalis et Villandraut, la hestejada 2006 a été déployée dans ces villages, une délocalisation appréciée des spectateurs, mais qui a posé d'énormes problèmes aux techniciens. D'autant que le ciel s'est acharné une fois de plus sur le festival, averses, vent, orages, obligeant le public à se réfugier dans des salles beaucoup trop étroites. « On ne peut pas continuer comme ça » prévient Bernard Lubat. Certes, homme de désordre, dans une époque d'ordre administratif et de contrôle des deniers publics -ce qui est normal- Bernard Lubat ne devrait pas s'étonner de ne pas obtenir toute l'aide financière qu'il attend des collectivités.
Mais comme il n'est pas au bout de ses idées, il a écrit, dans son style inimitable, -et parfois hermétique-, au président du Conseil général, et à celui du Conseil régional, afin de leur proposer la création -en partenariat avec les trois communes déjà citées- d'un « Centre international de recherche transartistique contemporaine ». Sous ce titre plutôt ronflant, il s'agirait d'élargir ce que fait la Compagnie Lubat depuis longtemps, qui invite pêle-mêle musiciens, danseurs, poètes, écrivains, (comme Edouard Glissant), ou hommes de théâtre (comme Jacques Bonnafé), « mélange des genres, des styles, des sensibilités... », sa marque de fabrique.
La réponse de Philippe Madrelle, ne s'engageant sur rien, est un chef d'oeuvre de langage politicien, celle d'Alain Rousset est plus précise : une première réunion s'est tenue lundi dernier en présence du chargé de la culture de la Région; une autre est prévue avant la fin de l'année. En trente ans, la Compagnie Lubat a souvent ployé dans la tempête, jamais encore cassé. On peut être, ou non, d'accord avec ce qui s'y fait, mais comment imaginer Uzeste, le Sud-Gironde, vides d'Uzeste musical ?