Lorsque cette chanteuse, témoin des premières heures du Festival d’Uzeste en 1977, entendit, au lendemain de la dernière Hestejada de las arts, que les tuiles de L’Estaminet allaient s’écraser une à une, elle déclencha son caméscope surtout pour recueillir cette terrible musique qui, pour elle, sonnait le glas d’une époque de plus de trente ans ainsi que d’un spectacle toujours renouvelé.
L’Estaminet d’hier a définitivement fermé ses portes avec le départ, vers l’au-delà de Marie Lubat qui en fut le véritable pilier.
Ce qui fut, au départ, une écurie flanquée d’un petit débit de boisson était devenu un hôtel-restaurant café dancing épicerie puis un temple de la musique d’avant-garde.
Pour Bernard Lubat, le maître d’œuvre du chantier d’aujourd’hui, si nostalgie et souvenirs d’une jeunesse tumultueuse mais fructueuse se bousculent dans sa tête, il n’en regarde pas moins vers l’avenir.
Pour lui, tourner une page n’est pas brûler un livre, et il compte bien inscrire L’Estaminet dans la continuité et dans l’avenir.
Si aujourd’hui l’établissement n’est plus qu’une carcasse à ciel ouvert, les plans affichés sur un mur restant ne sont qu’une pâle image des visions de Bernard Lubat, car visionnaire il est ; visionnaire, il s’affirme.
Un « Centre Pompidou » - C’est dans cette démarche qu’il tient absolument à inscrire le nouvel Estaminet, à savoir un lieu de perpétuelle création, point un musée, mais un espace de gestation artistique où devraient se côtoyer musiques, danses, littératures, peintures etc… avec, comme objectif commun, la nouveauté, la créativité.
Démarche qui ne sera pas sans choquer mais Bernard Lubat n’en a foin… Pour lui, le nouvel Estaminet ne se voudra ni plus ni moins qu’un mini-Centre Pompidou du Sud Gironde. Lorsque l’on sait que des chercheurs de l’IRCAM (institut de recherche et coordination acoustique musique) mais aussi des artistes, des philosophes de tous horizons s’intéressent très sérieusement au projet, l’on peut imaginer qu’il n’y a pas si loin entre le rêve et la réalité.
Évidence même, puisqu’il serait question d’ouvrir le nouvel établissement courant 2009.
Le montant des travaux, évalué aujourd’hui à 400 000 euros, devrait être couvert pour moitié par la vente de locaux appartenant à la Compagnie Lubat (La Menuiserie et la Librairie) ainsi que par un emprunt et des subventions espérées de la région Aquitaine ainsi que de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC).
L’Estaminet nouveau est en train d’être tiré… À quand pour y boire ?
Christian Poyti,
Sud Ouest, samedi 13 septembre 2008