Le festival d’Uzeste s’est tenu de jeudi à dimanche grâce au soutien des deux communes de Saint-Symphorien et de Sore (Landes).
Envoyé spécial.
On l’a bien compris cette année, Uzeste est bien plus qu’un festival d’été. Il était à Uzeste village, il n’y est plus. Il est passé à Villandraut, il n’y est pas resté. Il a failli s’installer au château de Roquetaillade, mais a dû y renoncer. « Il faut avoir été longtemps un incompris, dit Lubat, pour comprendre. »
Cette année, Uzeste était un jour à Saint-Symphorien, côté Gironde. Puis, à Sore, côté Landes. À cheval sur deux départements, on « sent des choses comme l’Indien l’oreille à terre entend le galop lointain ». Dans ce nomadisme, il y a une bizarrerie. L’effet à la fois d’un refus et d’un accueil. La présidence du conseil général de la Gironde coupe les vivres à Uzeste, les maires des deux communes associées, cet été, le reçoivent bras ouverts.
Il y a deux sortes de nomadismes : le nomadisme de ceux que l’on n’aime guère voir dans les murs de la cité. Ils gênent, ne vivent pas comme les autres, jouent des airs inconnus. Et il y a le nomadisme des saltimbanques qui vont de place en place, donnant la représentation de ce mystère qu’est la vie rejouée par des comédiens. L’essentiel de l’art de Molière s’est joué là, avec le parcours de l’Illustre Théâtre.
Cette errance mi-choisie, mi-contrainte, ne fait pas peur à Lubat. Ce qui le navre et que redoutent tous ceux qui ont expérimenté cette démarche, c’est que les autorités se conduisent plus mal avec l’artiste d’aujourd’hui que le monarque ne se conduisait avec celui d’il y a plus de trois siècles. C’est que des autorités « républicaines » tuent dans l’oeuf ce nomadisme de l’invention.
Lubat qui a adopté un principe que beaucoup d’importants gagneraient à faire leur - « Ma carrière est derrière moi, mon oeuvre est devant moi » - a un projet : plutôt qu’un rassemblement de quinze mille personnes, devenant forcément « camp de concentration, de consommation, d’hystérisation », il serait intéressant de construire « un parcours polyphonique, de village en village, où l’on se retrouverait à vingt ou à cinq cents, avec l’oeil du plasticien, la langue du poète, le corps du danseur, pour travailler la partition du pays qui est sous nos pas et que l’on ne voit plus tellement on est pressé ». Sore, ce dernier week-end, a redécouvert un lieu merveilleux : la berge de la petite Leyre où un pin vertigineux, entre sons d’enfer et feux paradisiaques, a trouvé sa raison d’être.
On imagine ce que cet art écologique, social, libre des surenchères du nombre, retrouvant la dimension de l’humain, du lieu, de l’équipe, de l’individu, pourrait ainsi générer de désirs multiples et sans fin. Chance à saisir. Mais l’histoire, comme on dit, ne repasse pas les plats. Une fois, encore, l’art pose une question brûlante : que faisons-nous ensemble ?
Charles Silvestre
21 août 2007