UZESTE. Des jeunes musiciens expriment colère et anticonformisme dans le free jazz
Pour une fois, on parlera d'Uzeste sans donner la parole à Bernard Lubat, même s'il est bien entendu au coeur de l'Uzestival d'hiver qui se tient au Café du Sport pendant ces vacances scolaires. Cette fois-ci, la parole est donnée aux « jeunesses musiciennes en compagnie Lubat », qui ont d'ailleurs trouvé en Sud-Gironde toute une liberté d'expression.
Ces jeunes ont des choses à dire, à crier, à hurler. Ils le font avec leur musique, dans un jazz « free » qui en décontenance plus d'un. Mais quand on leur demande de passer à table, ils livrent aussi avec les mots toute leur révolte.
Parmi la quinzaine de musiciens, âgés de 15 à 20 ans, on trouve Mathieu, Charlélie, Jérémy, Jules ou encore Léo. Ils viennent de Gironde, du Lot-et-Garonne ou encore de Bayonne. On y trouve aussi deux copains d'Uzeste, Thomas et Louis, fils de Lubat.
Certains se connaissent du Centre d'information et d'activités musicales (Ciam) de Bordeaux. D'autres ont fréquenté la classe jazz du collège Éléonore de Provence, à Monségur. Leurs parcours se sont croisés. Ils disent avoir découvert à Uzeste « une terre d'accueil », « un lieu de fête, de convivialité », « une famille », « un lieu pour grandir », même si parfois ils y prennent des « claques » artistiques.
Leur discours est anticonformiste, dur même parfois avec « ceux qui ont laissé tomber leur combat ». Ce n'est pas nouveau d'avoir envie de refaire le monde quand on a quinze ans. Ces jeunes musiciens ont trouvé un lieu pour y croire.
Les jazz boys ne veulent rentrer dans aucune norme. Ils revendiquent néanmoins le caractère « historique » de leur musique, qui digère tous les courants du jazz. Mais totalement « free », libre, « brute », « primitive », elle ne séduit pas. Les jeunes musiciens y trouvent d'autres raisons de la colère.
Tout sauf l'indifférence
Leur art n'est pas souvent compris. Il est même rejeté par une grande partie du public. Le free jazz est « dénoncé » par ceux qui leur ont enseigné la musique. Ils forcent le trait. « On ne veut pas faire huit ans de musique dans une école pour apprendre à jouer la Marseillaise et Petit Papa Noël. »
Ces musiciens pestent de ne pas trouver d'autres lieux d'expression qu'à Uzeste. Ils balancent sur ceux qui quittent la salle avant la fin de leur concert. Pourtant, ils leur demandent de rester, quitte à « ce qu'on leur jette des tomates ». « On préfère une réaction négative que l'indifférence. » À écouter donc, à Uzeste, qu'on aime ou qu'on n'aime pas.
(1) Des jam sessions se tenaient vendredi et samedi soirs. Deux autres auront lieu le 27 et le 28 février. L'Uzestival se poursuit aujourd'hui avec notamment un concert « Usesta-Brasilia », à 18 heures. Plus de renseignements sur www.uzeste.org
Auteur : olivier escots