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 uzeste musical visage village des arts à l'œuvre

 

Uzeste, ou l’embrasement des possibles - L'Humanité, 25.08.2008

Festival . La 31e édition de l’Hestejada de las arts de Bernard Lubat, avec des associations locales, a connu des moments incandescents.

Sore (Landes).

Samedi soir 23 août, 23 heures, sur les bords de la petite Leyre, les mille feux de Patrick Auzier, les mots d’André Benedetto mêlés au chant de Benat Achiary, la délibération musicale puissance toute de la Compagnie Lubat au grand complet embrasent la forêt pour un époustouflant artifice opéra dédié à Mai 68. L’embrasement de tous les possibles, lance quelqu’un dans le public. « Se libérer soi-même c’est libérer les autres », affirme du haut de la scène l’auteur acteur.

Via Uzeste musical, c’est aussi ce qu’ont sans aucun doute réussi ces maîtres d’oeuvre de l’improvisation musicale, mis en totale liberté pour cinq journées de festival sur une partie de terre landaise. La moisson a incontestablement été belle pour cette 31e édition de l’Hestajada de las arts semée par Bernard Lubat et les dizaines de musiciens, d’artistes, de poètes, de syndicalistes, de créateurs, de réalisateurs, de comédiens, d’auteurs, de militants conviés cinq jours durant à jouer des sons, des mots, des idées et des émotions.

Pourquoi revient-on toujours vers Uzeste musical, quel que soit le village d’intervention dans ces Landes de Gascogne ? Aux raisons multiples se joint l’intime. Beaucoup savent d’avance que l’on y cueille d’une année sur l’autre sa pincée de sensible et de petits bonheurs. Sublimes moments que l’on cultive précieusement au chaud et en mémoire pour mieux aborder l’hiver. Exemple, jeudi dernier à Luxey. La nuit achève d’enrober l’airial de la Gaillarde, du nom gascon de ces clairières de vie rurale insérées au coeur de la forêt. Là, aux pieds des chênes centenaires alors que le public assis sur le pré retient sa respiration, Lubat à l’accordéon, Sclavis à la clarinette, Achiary et sa voix, Raphaëlle Camus le corps en danse, d’abord par de longs et magnifiques solos puis en symphonie pour un poème musical, « 1950 », rendent un émouvant hommage à la vie pastorale landaise à travers la famille Tilhos. Une famille de métayers et résiniers, « pauvres mais fiers », dont Laurent, le père, jouait les soirs de fête du saxo alto avec l’orchestre d’Alban Lubat.

Le lendemain encore, une splendide joute d’improvisation réunit en concert Bernard Lubat à la batterie et l’un des plus grands du jazz, Martial Solal, au piano. Ici, la création contemporaine et l’improvisation musicale figurent parmi les fils conducteurs artistiques du festival. L’improvisation, pour Louis Sclavis, c’est « une discussion sur un sujet non fixé à l’avance », ou bien « un os à ronger », ou encore un bon repas pour lequel « on a les couverts, l’assiette sans savoir ce que l’on va y mettre dedans ». Pour Martial Solal, après plus de soixante ans de carrière au plus haut, l’improvisation reste un métier très dangereux. « Notre liberté ne peut résulter que d’un très grand travail. »

On ne sait plus où donner de l’oreille au long des cinq journées d’hestejada au programme tout aussi dense que trans-artistique. Difficile de choisir dans le bouquet des moments forts vécus. Parmi les prises de paroles et de scènes des femmes de l’art et de lutte, citons celles, magnifiques, de la chanteuse Juliette Kapla et de la contrebassiste Claire Bellamy, de la comédienne Clémence Massart, de Sylvie Gravagna et son interprétation originale et forte des textes de Brigitte Fontaine, de Mônica Passos, la Brésilienne, et de Perrine Fifadji, la Béninoise, l’une et l’autre merveilleuses par leur chant ou leur danse. Parlons encore du « Corps à corde » et percussions dans l’église de Sore entre Philippe Laval, Fabrice Vieira, Fawzi Berger et Nathalie-Dalilà Boitaud.

Malgré l’incompréhension ou même l’adversité, le secret d’Uzeste musical c’est de garder le cap, toujours. Pour Lubat, ce festival de création musicale contemporaine se doit aussi, dans le même mouvement, d’offrir de la pensée, de l’éducation, de l’émancipation. Des notions remisées au débarras dans bien des événements culturels en villégiature estivale, notamment musicaux, pour céder la place à la distraction, à l’animation touristique, à la consommation avant toute chose. Uzeste musical ne plaît pas à tout le monde, car il se refuse à jouer dans l’air du temps, du moins de celui qui asphyxie les consciences. Car, comme le faisait remarquer le conteur René Martinez : « Être dans le vent ne peut être que l’ambition d’une feuille morte. »

(*) Bernard Lubat et Marc Peronne seront présents à l’espace des Amis de l’Humanité les 13 et 14 septembre prochain pour la Fête de l’Humanité.

Alain Raynal

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