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 uzeste musical visage village des arts à l'œuvre

 

Bernard Lubat

batteur de démesure

André Minvielle

troubadour vocalchimiste

Patrick Auzier

L’homme du feu

Nathalie-Dalilà Boitaud

une voix au milieu de la musique

Fabrice Vieira

rencontre le jazz par le biais du chant...

Yoann Scheidt

Un jour comme les autres il se lève...

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Pascal Convert

la mémoire des images

Par la sculpture, les films vidéo, la collaboration avec des musiciens, l'artiste fouille l'histoire et décrypte l'actualité sans craindre la politisation.

Le 23 août, à la tombée de la nuit, à Uzeste, Pascal Convert a eu une demi-heure très difficile. Le public du "rassemblement poïélitique" Uzeste musical était présent en grand nombre devant deux écrans suspendus dans le pré, à côté de la collégiale. Sur ces écrans devaient être projetées les images de 1/0 : Guerre chronique, histoire vidéo de la guerre d'Irak composée par Convert. Sous les écrans étaient installés les instruments des musiciens qui attendaient pour jouer ensemble face aux images : Bernard Lubat, Michel Portal, François Corneloup, André Minvielle et d'autres, le "Délibération Orchestra" réuni par Lubat pour ce soir-là. Pascal Convert et ses complices étaient à leurs pupitres. Terriblement inquiets : un câble relié à un des écrans était sur le point de lâcher, un orage menaçait de s'abattre sur la projection. 1/0 serait-elle une œuvre maudite avant même d'être montrée ?

Décision a été prise de commencer quand même : des nuées de fumigènes et la bande-son du 11 septembre, hurlements, sirènes, du verre qui se brise. Et les premières interventions des saxos, de la batterie, de la contrebasse. Une heure après, Convert était épuisé et rassuré : le câble défectueux avait tenu, l'orage avait attendu pour éclater, et les spectateurs faisaient un triomphe à 1/0.

Ils étaient entrés dans la danse mortelle des images, prises aux chaînes d'information de la planète, segmentées, déformées, retravaillées, montées afin d'obtenir des conflagrations de sens et de couleur, afin d'opposer les propagandes des deux camps aux cadavres de Kurdes gazés et de civils irakiens brûlés, afin de ne pas laisser un instant l'œil et l'esprit en repos. Dans le tumulte, on savait déjà que plusieurs moments resteraient en mémoire : le solo de clarinette de Portal à l'instant où tombe la statue de Saddam Hussein, le rythme sur deux notes trouvé à l'unisson de l'orchestre alors que défilent, muettes et énigmatiques, des vues d'un immeuble en ruine.

Une semaine après, chez lui, à Biarritz, Pascal Convert est bien plus serein, mais il ne sait toujours pas comment définir 1/0. Il dit "cet objet" plutôt que "cette œuvre". Il hésite sur son destin, sur sa diffusion. Il insiste sur la collaboration inespérée des musiciens, qui ont pris le risque de l'improvisation sans avoir vu auparavant le montage et qui ont joué le jeu. Et sur le rôle de ceux qui l'ont aidé à réunir et monter les séquences, Miguel Moro, Fabien Beziat, Yohann Costedoat. Ensemble, ils ont récupéré un peu partout des images. Certaines ont été vues par des millions de téléspectateurs, d'autres n'avaient été vues par personne, telle la séance burlesque de George Bush répétant son allocution devant une caméra qu'il croit éteinte et qui en vérité le filme. Puis est venu le temps du montage, à quatre mains, en quelques semaines acharnées.

Pour autant, 1/0 s'inscrit d'abord dans la logique du travail de Convert : depuis plusieurs années, il manipule avec calme et méthode le plus explosif des matériaux visuels, l'actualité que montrent photographies et télévisions. A partir des clichés célèbres de Georges Mérillon - sa Pietà du Kosovo - et de Hocine en Algérie - la Madone -, il a réalisé des sculptures de cire à la présence violente. Dans sa vidéo Direct/Indirect, des fragments de reportages blanchissaient jusqu'à devenir fantomatiques, puis illisibles, allégorie de l'oubli que provoquent la surabondance et la promiscuité des informations.

UN CHÊNE DE VERDUN

Depuis ses premiers travaux, l'histoire et la mémoire sont ses sujets. Le visiteur en est averti avant même d'entrer dans sa maison : entre façade et trottoir, Convert a placé l'une de ses sculptures anciennes : les racines d'un chêne, noires d'avoir été plongées dans un bain d'encre. Ces racines, il les a arrachées à la terre de Verdun.

Dans le bureau, les cassettes s'accumulent par centaines : des heures d'émissions enregistrées et des heures de films réalisés par l'artiste - beaucoup d'entretiens avec les acteurs des événements, journalistes, témoins, hommes politiques. "On dirait un travail de journaliste ? Moi, ça ne me dérange pas. De toute façon, les coupures entre les pratiques, ça n'a aucune importance. Ce ne sont que des questions de mots."

Il montre quelques séquences : une marche avec Hocine dans les ruines des banlieues d'Alger détruites par le tremblement de terre, des conversations à haute tension avec des avocats et ou des hommes de télévision à propos de la Palestine, de l'Irak, de la Résistance. Une cigarette. "Évidemment, tout cela fait peur à beaucoup de gens. Et tout particulièrement au milieu de l'art en France : les vingt dernières années - les années Mitterrand, autrement dit - ont été celles d'une dépolitisation massive. Comme si on l'avait voulu faire mourir le passé - Vichy, bien sûr, et l'Algérie pour continuer. Comme s'il pouvait y avoir réellement une fin de l'histoire, ainsi qu'on le racontait à l'époque. Tant de gens l'ont cru, parce qu'ils avaient envie de le croire."

Une deuxième cigarette. "Encore aujourd'hui, tout est bon pour ne pas établir de lien entre la création et le présent, pour gommer tout effet d'actualité, pour éviter tous les conflits. Tantôt il y a les adeptes d'un formalisme, tantôt il y a ceux qui prétendent retrouver de la transcendance à travers la philosophie ou la théologie. Le résultat est le même."

A ces commodités lénifiantes, il oppose le devoir d'affronter le chaos tragique du monde et le pouvoir des médias. "Autrefois, pour travailler l'image, on avait besoin de grosses machines. Aujourd'hui, il faut se servir de la légèreté des moyens nouveaux, beaucoup moins lourds, beaucoup moins chers." Quelques petites caméras, un moniteur, des magnétoscopes, un ou deux ordinateurs : tout son matériel est là, dans l'atelier. "Vous pouvez employer ce mot. J'ai de plus en plus l'impression de retrouver une ambiance, une vie d'atelier, qui s'est reconstituée autour de l'image vidéo comme elle existait autrefois autour de la peinture. Je bricole, je transforme, je monte."

Il dessine aussi, et il imagine des formes sculpturales, telle la cloche de bronze qui a été placée au mont Valérien en mémoire des résistants et des otages fusillés là sous l'Occupation. Le monument, qui doit être inauguré dans les prochaines semaines, porte le prénom et le nom de chacun des morts. Encore l'histoire, encore la mémoire.

Philippe Dagen


Biographie

1957

Naissance dans les Landes.

1990

Pensionnaire à la Villa Médicis (Rome).

1992

Exposition au CAPC (Bordeaux).

2003

"Mont Valérien, au nom des fusillés", monument et documentaire.

Article paru dans Le Monde, édition du 05.09.03

Pascal Convert

la mémoire des images

Vincent Glenn

est un entêté

Martin Lartigue

la tradition des peintres primitifs

Ernest Pignon-Ernest

prouve qu'on peut pousser les murs

Bernard Manciet

le parler noir

Isabelle Loubère

C'est une langue magnifique

Yves Carbonne

travaille sur des sub-basses

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