le 5 juin 2004
inauguration de la Maison de la Mémoire en Marche
"...le silence du village n'offre rien de beaucoup plus engageant que son tapage."
Bernard Manciet, Le Triangle des Landes
Les souffles croisés de Lubat et Manciet ont souvent travaillé ce silence, à Uzeste ou ailleurs. Ils l'ont invoqué, défié, déformé, poétisé, trivialisé, empli de murmures et de cris dont l'écho hante encore le parvis muet de la Collégiale uzestoise ou les rives bordelaises de la Garonne (... corne sur le fleuve d'une cité de pierre de lune).
Le 8 mai 1998, pour les 1ères Assises de la Mémoire en marche, le duo éclaira d'un «Récital poïésique» le café L'Estaminet. Manciet y fut le feu, Lo huec... «vous inclinez les feux source après source / il n'est plus au ciel brûlant qu'une araignée / en fleur / Je suis ce Taureau que l'on dévore vif / je meugle cent nuits.» Six ans ont passé, pendant lesquels le musicien et le poète se sont à nouveau croisés, rencontrés, admirés, ignorés, écoutés, (des)mêlés, construits et déconstruits, sur scène ou ailleurs.
Entre-temps les éditions Du Tilleul publiaient Poïesiques, livre-disques pour retracer un peu de ces chemins improvisés quinze ans durant par deux hommes «sur la même longueur de respiration».
Entre-temps la Mémoire en marche est devenue maison, la maison librairie, et aujourd'hui bibliothèque. Les œuvres de Manciet et Lubat y sont en bonne place. Elles n'y sont pas figées, elles sont là pour circuler, aller de mains en mains, de regards en écoutes, ensemencer lecteurs et auditeurs.
En 1997, Manciet affirmait (à propos des «puristes» de l'Occitan) : «Je suis un renard de la langue et avant d'arriver à faire rentrer un renard dans une cage...» Si nous l'accueillons à nouveau, ce n'est pas pour le faire entrer dans une cage, lui faire admirer la ligne droite des étagères où reposeraient ses livres (dont aucun n'est de tout repos, un Grand Vent souffle même sur Les Draps de l'été). Si nous tenons à marquer l'inauguration de la bibliothèque par un nouveau «Récital poïésique», ce n'est pas pour donner à entendre la ressucée d'un ancien spectacle...
«Mémoire en marche» : l'expression est de Bernard Lubat. Contradiction, contre-diction ou peut-être contraction (d'un corps en devenir) ? Cela sonne comme un défi à l'ignorance, une invitation à l'invention... Lubat et Manciet travaillent une mémoire qui vaut par ce qu'elle active aujourd'hui, le passé – le leur, le nôtre, histoire de la musique des mots des corps des territoires – est là pour être questionné, réinventé, dépassé, (p)réoccupé.
Nous vous invitons à venir les écouter ici et maintenant, dans une maison dédiée aux livres, aux écrits, à la poésie, à la parole, à la mémoire... vivante. Une maison située en Occitanie, mais pas seulement, une librairie-bibliothèque et plus encore. Une maison qui tente de rompre un peu de ce silence tapageur qui parfois envahit le village... et au-delà.
Corinne Chiaradia
dicton uzestien
"Quand tu sais donner à te faire entendre ne sois pas étonné d'être mal vu"
(proverbe jazzcon)