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la Maison de la Mémoire en Marche, diffusion d’écrits subversifs

La littérature jeunesse, une littérature engagée ?

proposé par La Maison de la mémoire en marche et l'association Comptines & compagnie, le samedi 4 mars 2006 15h à Uzeste...

Rencontre-débat avec :

  • Thierry Lenain, auteur
  • Claude Dagail, auteur et éditeur (éd. La Compagnie créative)
  • Viviane Quirin, conseillère pédagogique (Langon) et initiatrice des comités de lecture « L'Album voyageur »
  • Ariane Tapinos, libraire (librairie Comptines, Bordeaux)
  • Martine Bois, institutrice (Uzeste)

Photos...

À l'issue de la rencontre les auteurs dédicaceront leurs ouvrages.
Et nous clôturerons cet après-midi par un goûter-apéritif musical pour fêter la naissance de « L'Album voyageur », opération réalisée en collaboration entre la MMM et l'inspection académique de Langon, avec 11 écoles participantes sur les communes de Roaillan, Lerm-et-Musset, Budos, Preignac, Fargues, Bazas, Bernos, Langon, Uzeste.
En avant propos, on pourrait avancer que le premier engagement d'un auteur ou d'un éditeur jeunesse (et de tous les passeurs de livres, du grand frère au bibliothécaire, de l'illustratrice à la libraire) est encore de croire aux livres et à l'art tout simplement, comme vecteurs d'éducation et de découverte (de soi et des autres), comme porteurs d'émerveillements et de repères dans un monde sans cesse bouleversé...

Chaque année sont publiées des centaines d'ouvrages à destination des jeunes lecteurs, de formes et de contenus très divers, très riches : il suffit pour s'en convaincre de rendre une visite à une librairie spécialisée (Comptines, à Bordeaux, par exemple, affiche 15 000 références albums, romans et documentaires). Dans cette profusion, certains titres peuvent surprendre par leurs audaces de forme ou de contenu. Mais, bien souvent, on entend par « audace » ce qui nous surprend, nous, adultes (parents, éducateurs) : l'avis des jeunes lecteurs peut être tout autre. Il n'y a pas si longtemps, comme dirait Thierry Lenain, conseiller un roman intitulé Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi ? aurait tourneboulé plus d'un prescripteur : pourtant, nul doute que cette question travaille les marmots (et marmottes) depuis belle lurette... De même envisager d'aborder le conflit israélo-palestinien dans un roman jeunesse (Les Pins de Ramallah d'Antonio Ferrara, à paraître en 2006 à La Compagnie créative), ou, pour parler de forme, avoir recours à l'abstraction pour illustrer un conte comme ''La Petite Marchande d'allumettes
''n'avait rien d'évident... il n'y a pas si longtemps.

Faut-il devancer les interrogations des enfants, ou simplement avancer des éléments de réponses quand survient la question : autrement dit, doit-on attendre que l'enfant demande explicitement « pourquoi le monsieur est assis par terre dans la rue ? » ou « ça veut dire quoi la racaille ? » pour lui parler d'inégalités sociales ? « Ce que l'on cherche, c'est en le faisant... qu'on le découvre » cet aphorisme de Bernard Lubat pourrait être transposé : « ce que l'on cherche, c'est en lisant... qu'on le formule ». Bien souvent le livre peut aider l'enfant à mettre des mots sur une question informulée et pourtant bien présente... et l'on aurait tort de reprocher aux auteurs de nous
avoir devancés dans cette élucidation !

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En France, l'édition jeunesse est régie par la loi n° 49.956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. Cette loi nous dit que « toutes les publications périodiques ou non qui, par leur caractère, leur présentation ou leur objet, apparaissent comme principalement destinées aux enfants et adolescents ne doivent comporter aucune illustration, aucun récit, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés de crimes ou délits ou de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse ou à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques. » Si l'on s'en tient à la lettre de la loi, bien des aspects du monde contemporain pourraient être évacués de la sphère de l'édition jeunesse. Guerres, chômage, racisme, exploitations en tous genres : savoir que cela existe, que le meilleur des mondes n'est pas encore advenu, cela peut démoraliser... et pas que la jeunesse ! Mais l'art de l'auteur est aussi là pour stimuler, inciter la réflexion porteuse d'avenir - sinon où trouver de l'espoir, dans le mensonge et la négation des faits ?

Toutefois peut-on se satisfaire d'une confiance béate en l'intelligence du lecteur quand celui-ci n'est pas majeur ? Auteurs et éditeurs peuvent-ils totalement se « dédouaner » d'une certaine responsabilité morale vis-à-vis des enfants ?

La littérature jeunesse peut-elle, doit-elle être engagée ? Peut-on parler aux tout-petits d'exclusion, de questions sociales, politiques, sexuelles ? Et comment s'y prendre ? La question de l'accompagnement de la lecture (par les parents, les éducateurs, la grande soeur...) n'est-elle pas essentielle ? Comment auteurs et éditeurs se fixent-ils des limites (sur les thèmes et la manière de les aborder, sur la forme et le contenu selon l'âge de leurs
lecteurs) ­ s'il s'en fixent ?

Corinne Chiaradia

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