Forêt d’Uzeste - 1983
En quoi ces sculptures sont-elles vivantes ?
 « Comme les plantes, commes les feuilles, ces sculptures sont des accumulations de cellules végétales mises en forme : il leur faut du soleil, il leur faut de l’eau, sinon elles meurent, elles se dessèchent se décomposent. Elles assimilent la lumière du soleil, la transforme en glucose, en vie ; elles fixent le gaz carbonique et produisent de l’oxygène, elles respirent la nuit. C’est du végétal à forme humaine, traversé par le phénomène de la photosynthèse. Nous les avons conservées plusieurs mois dans la serre du Centre d’Etudes nucléaires de Cadarache. Claude Gudin craignait que la production de chaleur lors de la fabrication ait fragilisé les cellules. Il les a donc en partie réensemencées par injections. Il estimait à environ un milliard le nombre de cellules dans chaque personnage.
Il ne s’agit pas d’une « enveloppe » plastique remplie de cellules, ni même d’une éponge qui en serait imprégnée. Les cellules de micro-algues sont immobilisées au niveau moléculaire dans le polymère. Découvertes par le professeur Lewin de l’université de San Diego en Californie, elles ont pour nom Porphyridium cruentum et Chlamydomonas mexicana. Le laboratoire de biotechnologie solaire du C.E.N. de Cadarache les a « cultivées » et spécialement multipliées pour notre projet. »
Où et comment avez-vous intégré ces sculptures dans l’environnement ?
 Une fois résolus les problèmes techniques posés par la réalisation de ces formes, il a fallu s’attaquer à celui de leur intégration dans la nature. La première installation s’est faite dans les Landes. Je les avais réparties sur environ trois cents mètres. On les découvrait en marchant, à travers un parcours proche de ce que je fais avec mes images dans les villes. La seconde fois, je les ai installées au Jardin des Plantes, à Paris. Si à propos de ces Arbrorigènes on a pu parler de recherche plastique sculpturale, celle-ci n’est évidemment pas dans la forme des personnages mais plutôt dans leur intégration à la nature. Il s’agissait de créer des rythmes, des vides, des pleins, de façon à ce que leur découverte et le décalage trouble qu’elles provoquent fassent de l’espace végétal un espace poétique et plastique.
Que sont devenus ces Arbrorigènes aujourd’hui ?
Plusieurs sont morts à Venise durant la Biennale de 1986. Je les avais installés à vingt mètres de haut. Ils n’ont pu être assez arrosés et se sont décomposés. Il en reste trois au musée Picasso d’Antibes sur la terrasse, une dizaine au Centre européen d’Action artistique contemporaine dans le parc de Pourtalès à Strasbourg, deux au Jardin des Plantes à Paris, quelques-uns en pension chez des amis...
Entretien extrait de Ernest Pignon-Ernest, éditions Herscher, Paris, 1990.
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Les auteurs
Ernest Pignon-Ernest
Artiste plasticien d'origine niçoise, Ernest Pignon-Ernest vit et travaille aujourd'hui...
Expositions personnelles, collectives, Collections publiques...
Voir : Les œuvriers tauliers
& http://pignon-ernest.com
Claude Gudin
Claude Gudin a été le Directeur du Laboratoire de Biotechnologie des Microalgues au CEA de Cadarache jusqu'en 1995. Il enseigne la biotechnologie des microalgues à l'Ecole Centrale de Paris depuis 1996. Il est fondateur et conseiller scientifique de la Société Thallia Pharmaceuticals (Lyon), spécialisée dans les molécules d'intérêt pharmaceutique extraites de microalgues. Il est directeur de la collection Hypothèses aux Editions l'Age d'Homme (Paris).
Bibliographie
- Roque G, Gudin C. La vie nous en fait voir de toutes les couleurs. Collection Hypothèses, Editions l'Age d'Homme, 1998.
- Gudin C. La langue de bois suivie de Nique ta botanique. Collection Hypothèses, Editions l'Age d'Homme, 1996.
- Gudin C, Thépenier C. Bioconversion of solar energy into organic chemicals by microalgae. In: Advances in biotechnological processes 6, Alan R Liss Inc., pp 73-110, 1986.
- Gudin C, Chaumont D, Desanti O, Pioline D. Culture continue d'organismes cellulaires chlorophylliens pour des productions spécifiques. Revue du Palais de la Découverte. 21 (n° spécial ), 147-166, 1981.
- Gudin C, Kramer R. Rose Méditerranée. Alliage. n°s 24-25, 289-295, 1995.
- Gudin C. Les biologistes ont la langue chargée. Dossier "La leçon de français". Figaro magazine 60, samedi 31 mai 1997.
- Gudin C. Dix ans après, les arborigènes. Autrement (Série mutations: "Chercheurs ou artistes ?") n° 158, 154-161, oct. 1995.
- Gudin C. Les couleurs de la mer. Biofutur. N° 106 (spécial "la mer"), nov. 1991.


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