On construit des lotissements, on construit des locaux commerciaux, on construit des garages, des cimetières, des maisons de retraites.
On ne construit pas de théâtres.
On récupère des lieux, on imagine leurs lumières ;
Mais tout est déjà là. Un théâtre est atopos, non lieu, tel que le définissait Socrate. Un théâtre est un cri nulle part et partout, un cri que l’on entend pas ; quelque chose, quelque part qui ne serait pas volontaire . Une rue, un homme, un hangar, une cité, une peinture, un livre. Sans frontière.
Voir ce qui est et le décupler.
Pourtant ce théâtre-là est À VENDRE AU 05 56 25 38 46.
Echec , perte ?
L’artiste pourtant s’inventera ailleurs. Il n’a pas le choix, il ne sait pas faire autre chose. Un artiste recyclé est un artiste mort.
Mais comment peut-il acter sans abris s’il y a partout la guerre ?
Et il y a partout la guerre ;
A perte de vue et dans l’immédiateté du regard ; la sécurité est la liberté.
Mais la normalité nous emprisonne au delà de tout racisme avéré. La normalité est une exclusion quotidienne de l’individu. Puisque la pensée commune détient l’arme de guerre absolue : elle sait et définit ce qui EST le bonheur. Le bonheur pour tous. C’est à dire le même. Au delà de chercher ce qui est semblable, suggérant ce qui est ou serait différent ; la normalité impose ce qui est indéniable : la masse.
La reconnaissance d’exister dans l’appartenance au tas.
L’effet miroir est différé. Il est de prime abord ; ON EST PAREIL. Et non de longue haleine dans l’altérité renforçant le JE.
L’artiste est un exilé de son inconnu pays. Il s’adresse à la civilisation et à ses diverses mélancolies. La société elle, s’inscrit en perversions. Il existe un dialogue permanent avec l’inconnu, l’impalpable, le non-dit.
Et toutes ces choses qui nous échappent.
L’accepter, le percevoir, c’est ouvrir une béance immense, un gouffre.
Rien à combler ;
Combler un manque n’est qu’oxymore destructeur de création, d’imaginaire.
Le vide est aussi présent que le plein.
La mort n’évacue pas la vie, elle la nomme tout autant.
Un théâtre mis en vente. Qu’est-ce que cela signifie ?
Peu importe ce qu’il deviendra. S’il est brisé pour des maisons particulières, s’il devient hangar, ruines, si on en récupère les matières. S’il est brûlé.
Quoiqu’il arrive un théâtre vendu est un tas de cendres. Pourquoi ?
Parce qu’un théâtre contient déjà toutes les cendres de l’humanité, toutes les morts. Tout un vivant sans nom dans une folie des paroles à dire.
L’ECRITURE C’EST TOUJOURS CE QUI EST INUTILE.
Au-delà de la révolution, il y a le soulèvement.
Et si c’était cela ?
Apprendre chaque jour un mot nouveau et travailler dans le silence du maquis moderne à d’imperceptibles changements, dont les fruits nous échappent .
Peut-être demain, peut-être plus tard encore.
Peut-être jamais car même les disparitions sont des traces.
Et peut-être, comme le disait le poète Léo Ferré : « dans dix mille ans ».
Nathalie-Dalilà Boitaud