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 UZ & COUTÛMES

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théâtre du bitume en trois actes et un chaos
Kinshasa
Clowns sans frontières, 2008
Si un jour tu meurs
théâtre pour une rue
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théâtre pour un quartier
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danse théâtre pour une ville et un littoral
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réflexions non définitives, en direct d’Alger, mars 2004
Ce théâtre est à vendre
écrit sur la crise. Août 2007
L’éducation artistique
interrogations sur le fond de la chose , 2003

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Cie Uz & Coutume
Direction artistisque : Nathalie Dalilà Boitaud
uzetcoutumes@laposte.net
05 56 25 38 46 / 06 22 51 09 16
4 rue Faza. 33730 Uzeste.

 administration :

Illusion & macadam
Mathieu Argaud
mathieu@illusion-macadam.com
08 70 444 052 / 06 11 56 30 51
 

Kinshasa

Je suis partie pour écrire. Voici le retour, et toutes les choses qui vacillent derrière les yeux, derrière ce que j'ai vu.
Ecrire, voir, voir au delà du visible.
Comment déposer son oeil sur la réalité, lorsqu'on sait que regarder devient "le réel", c'est à dire le subjectif ?
Finalement je ne me suis pas trop posé la question, elle m'a posé en plein milieu du chaos de la ville et je n'avais aucune envie, aucun besoin d'obtenir des réponses.
J'ai laissé faire ...
Je le savais, je savais qu'il me faudrait aborder les choses avec ma solitude, avec mon "avis sur", avec mes erreurs et mes sensibleries.
J'ai du jeter au passage, j'ai du accepter de ne rien comprendre, de me mettre en colère, de brouiller les pistes.
Rien n'est achevé, rien ne le sera .
Aujourd'hui il y a des mots sur du papier, un texte si' l'on veut, des choix et des évidences.
Ecrire approche la folie, et dans cette folie, le plus grand symptôme c'est la lucidité.

J'ai rencontré Bibish Mumbu, auteure kinoise, nous travaillons ensemble à distance pour livrer dans les mois à venir, une forme "finale" de NA BALA BALA YA KINSHASA (dans les rues de Kinshasa, en lingala).
Ce texte est donc un espace de jeu, d'un langue à une autre, d'une musique à une autre, d'un langage à un autre.
Ecrire dresse devant nous une intersection, nous cheminons.

Pour l'instant, je livre quelques fragments: EZA ETENI (en lingala), il y en aura 77.
Allez savoir pourquoi...

NA BALA BALA YA KINSHASA - 22 janvier 2008

A quelques fragments du départ...

Na bala bala ya Kinshasa, toujours dans les rues de la grande cité de sable et de bruits, les enfants ont pris l’espace, le temps, l’espoir et la colère. A la question pourquoi être là ? Il y aurait plusieurs réponses, mais une demeure si silencieuse qu’elle s’entend dans chacun de nos regards.

Le travail avance, nous reformulons, nous touchons mais… sommes. Un clown c’est quelqu’un qui ne meurt jamais. Un enfant non plus. La colère est montée, comme il faut, comme il fallait, comme il faudra. Colère contre qui, quand, quoi, comment ? Trop vaste mais colère cependant, pourchassée par les centaines de rires. Lutte de l’un à l’autre. Ceci est le combat précisément ou alors appelons cela la vie. Désormais, les enfants se sont emparés des objets, des idées et des paroles. Ils jouent leurs histoires en serrant contre eux les marionnettes. Le spectacle, le jeu, c’est eux. Ils foncent et de quoi auraient-ils peur de plus que ce qui chaque jour, chaque nuit appui déjà sur leurs épaules ? Je m’attache au présent depuis plusieurs semaines. Ils vient quelque chose de l’avenir et de l’essentiel de l’avenir. Peu importe si cela advient dans cinq, dix ou mille ans. Nous serons morts qu’un avenir s’écrira encore pour un autre. Et ainsi de suite. Ce qu’il faut c’est TENDRE VERS… Changer les choses, cela ne sert à rien. Les choses cela ne veut rien dire et toutes les choses ensemble, cela déborde. Ce qu’il faut c’est que ça change les hommes. Ceci est une question.

Dalilà

Christian Mualu Muela Pitschou Tschovo Reagan Matuke Star Sidi Kiala Widjo Wiyombo Wimadjo

TOZALI NA KINSHASA - 12 janvier 2008

Ici et maintenant : Tozali na KINSHASA

Ecrire d’ici d’en bas…

Pas la peine que je précise le temps et l’heure, le temps qui se passe et les heures qui se rangent les unes à côté des autres, toujours disciplinées, quelque soit le chaos alentour ; Pas la peine, parce que le présent d’ici bas se fiche pas mal du temps qui passe. Le présent exclut son avenir et a déposé sur son passé une flaque d’oubli et de silences. Etre là, aux intersections des moments, des hommes et de tous ces mouvements anarchiques qui habillent la cité. Etre là, au milieu, les mains dedans, le cœur en boule et les yeux tracassés.

Je suis là pour écrire, je suis là pour voir. Cela entre tourne revient triture, la feuille est terriblement blanche, et noircie petit à petit de toutes ces images ; il ne faut pas décrire, il ne faut pas. Il faut trouver dans l’immédiat devant, un au-delà et une circulation autre. Ce n’est pas le moment de la contemplation, ce que nous avons en face à face est arraché d’un foisonnement de vies et de souffrances, de rires en volume et de secousses des corps. Corps qui dansent, marchent, luttent en minuscule quotidien, en majuscule humanité, se fatiguent et continuent.

Je pense au personnage de Camus dans « la peste », celui qui passe sa vie, puis finalement sa mort, à écrire une seule phrase. Une phrase insignifiante d’allées fleuries et de femme à cheval, au milieu d’un chaos infernal. J’écris cette phrase. Ici, dans le chaos de Kinshasa, de ses enfants de ses hommes. Cette phrase est ma lutte, elle ne verra le jour que dans mon incapacité d’écriture, et de lecture.

Alors j’ordonne, je cadre un peu, pour de nouveau être libre. Toutes ces petites mains moites qui s’engouffrent dans nos grandes mains moites, ces regards et ces rires, et la densité des instants, tout cela sur papier (et partout dans les chairs), tout cela ne peut aller dans tous les sens. Même si la direction doit restée voisine de l’ignorance. Désormais, j’ai tenté d’y voir clair, pour de nouveau tout troubler dans la réalité, et laisser les choses me courir dessus, me rentrer dedans. J’ai rencontré Marie-Louise « Bibish » Mumbu, journaliste culturelle, auteure kinoise. D’abord il me semblait évident qu’une traduction de mes écrits devait se faire en Lingala. Parce qu’on s’en fiche de tout comprendre (en général) ; par contre on ne peut ignorer la musique. Puis, nous avons parlé des limites et des désirs, des corps de textes qui s’emparent du réel pour ne jamais laisser tranquille l’ordre établi, pour que l’insupportable demeure insupportable, même si la normalité et la fatalité pourraient bien lui faire la peau. Petit à petit, dans l’intersection de nos voix, est venue celle de nos écritures, de nos rythmes et de nos apnées. Alors nous écrirons ensemble, une partie de la fournaise. Nous aurons les yeux ouverts aux mêmes endroits, et sur chaque chose, nous déposerons nos langages singuliers. Naissance du binôme poétique franco-kinois. Nous avons laissé venir l’imprévu, en le provoquant un peu, depuis la posture et le désir.

Maintenant, « travaillez, prenez de la peine E HO ! débrouillez-vous, débrouillez-vous ! HUM petit à petit ! … »

Dalilà

La bonne conscience c’est ce qui ne dérange pas

Dalilà Boitaud – Bibish Mumbu
Clowns sans frontières – 2008

Extraits choisis….

7
La vie n’est jamais une photocopie de la vie.
Elle est (peut-être) un recommencement.

8
Il n’y aura jamais une seule phrase pour dire ce je ne sais quoi qui perturbe chaque instant l’instant d’avant.

9
Cet enfant est entré dans mon âme.
Aucun ordre des choses n’enlèvera cela.

10
Rencontrer quelqu’un n’est jamais une habitude
Où aller ,
Pourquoi aller ?
Il ne sert à rien de mener l’enquête.

11
Toutes les choses changent. Je m’attache à écrire celles qui ne changent pas.

19
Enfants Enfants Mwana
L’inutile de nos éloignements nous amènent à la force d’un seul geste.
Les images, indélébiles images traversent le fleuve Congo, les frontières. Le réel n’est pas là. Il faut l’inscrire sans cesse.

20
Sable Ocre Eau fuyante
Ces traces là ne meurent jamais puisque l’homme doit parler.

25
La vraie valeur ?

26
Le sable noir. La survie.

27
Un homme invente un pays à partir de son nom. Il le fait d’abord pour lui seul puis invitera les autres. C’est un jeu.
D’autres hommes font de même, mais ils décident pour tous les autres, privant ainsi chacun d’inventer son pays et d’inventer son nom.

28
Ne pas décrire les visages.
Les visages, ce n’est pas un visage.

29
Violence 1- Regard
Violence 2 - Cernes du regard
Violence 3 - Malaise du corps. L’enfant fouille dans son slip, dans sa mémoire, dans son vide, dans son espoir misère espoir.
Violence 4 – L’enfant est plusieurs
Violence 5 – Les chiffres de la violence ne servent à rien
Violence 6 – Silence
Violence 7 – Nous ne faisons que passer
Violence 8 – Odeur de pisse
Violence 9 – Aucun endroit du monde ne regarde celui-là
Violence 10 – Il est trop tard de l’autre côté de la misère
Violence 11 – Les vêtements sont trop sales et trops grands
Violence 12 – Personne n’est mort
Violence 13 – Le sourire n’est pas venu
Violence 14 – Pendant un instant les petits hommes violences sont des enfants, les clowns aussi.
Violence 15 – Il est 16 heures, il fait 30° et nous sommes à Mongafula, commune de Kinshasa
Violence 16 – Il ne faut pas pleurer
Violence 17 – Il ne faut pas s’apitoyer
Violence 18 – La moindre des choses est merveilleuse. La nuit les avale chaque jour.
Violence 19 – Tout est à recommencer.
Violence 20 – Le regard encore
Violence 21 – Ne pas exister / devenir / apparaître / intervenir
Violence 22 – Le monde ne sait plus où mettre les pieds
Violence 23 – Mais il faudrait en parler concrêtement
Violence 24 – Ils sont sales puis propres puis sales. Les mains traînent, puis enfant, puis vieux, puis beaucoup plus vieux que toi.
Violence 25 – Jamais mort
Violence 26 – Etre chégué n’est pas inscrit dans l’ADN
Violence 27 - Ecrire

30
Les lèvres d’un homme sur la joue d’un autre homme s’adressent à l’inouï d’une rencontre avec une forme de la vie. Parfois l’humanité se moque de tout, sauf de cela.

31
Les voix s’élèvent contre une injustice répandue qui n’aura d’autres noms que ses crimes et ses conséquences.

38
Tout petit. Mot à mot. Réalité face réalité.
L’enveloppe est inutile. Il a deux ans, les pieds nus et un seul vêtement cassé. Ce soir, il pleut. La pluie sera son abris. Les blessures c’est toujours les autres, la drogue ou les plus grands. Il y a des désastres par dessus le désastre. Des morts sur les morts. Et toujours des enfants. Ou alors il ne se passe rien.

42
Jusqu’à très loin, jusqu’à toujours, je veux m’émerveiller des toutes petites choses de beauté.
Jusqu’à très loin, jusqu’à toujours, je veux m’apercevoir de l’inadmissible.

45
Le jour avec des outils imaginaires, l’enfant casse les murs.
La nuit, s’il arrive à dormir, un nouveau mur se dresse. Plus furieux, plus grand.

49
Changer les choses. Phrase de trop.
Les choses cela ne veut rien dire, et toutes les choses ensemble, cela déborde.
Ce qu’il faut c’est que ça change les hommes.

50
A zolela. L’enfant pleure. Goutte à goutte. Long fleuve sur ses mollets minuscules, ses pieds gangrènes. Ça coule Madame. Ça vient du silence que l’on doit faire sur l’incompréhension. Il pleure. A zolela.
Sa complainte c’est MAMA.MAMA absence MAMA souvenir vague MAMA dans mes rêves MAMA MAMA et plus aucun chemin vers MAMA pas de marche arrière MAMA au visage effacé MAMA sans odeur désormais MAMA je voudrais boire un thé avec MAMA comme tous les matins comme tous les enfants

52
Tous les enfants mangent tous les jours, dorment, rêvent, rient, apprennent, regardent, espèrent, jouent, désirent, mentent, questionnent, mettent les doigts dans leurs nez, ont un cadeau à Noël, aiment les bonbons, les caresses, s’habillent, dessinent, font des châteaux de sable, inventent des histoires, ne veulent pas aller à l’école ce matin, ont peur du noir, ont besoin de leurs parents, font la joie de leurs parents…

Tous les enfants traînent, volent, espèrent, abandonnent, ont peur de la nuit, ne vont pas à l’école, ont besoin de leurs parents, dorment par terre, récupèrent les déchets, mendient, jouent avec des élastiques, prennent de la drogue.

Ne plus jamais dire « tous les enfants »
Merci.

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