Plus grande est la beauté plus profonde est la souillure
"Plus grande est la beauté, plus profonde est la souillure" d’après et autour de l’œuvre de George Bataille
Nathalie-Dalilà Boitaud (textes dits), Cécile Marical (paroles d’images)
"L’esprit se détourne de lui-même et pour ainsi dire se tournant le dos, devient dans son obstination la caricature de sa vérité. Si l’homme a besoin du mensonge, après tout libre à lui ! Mais enfin, je n’oublierai jamais ce qui se lie de violent et de merveilleux à la volonté d’ouvrir les yeux, de voir en face ce qui arrive, ce qui est. Et je ne saurais rien de ce qui arrive si je ne savais rien du plaisir extrême, de l’extrême douleur." George Bataille.

Ce que nous allons présenter n’est ni un spectacle, ni une performance, ni une conférence. Que dire alors ? C’est peut-être plutôt de l’ordre de l’errance, du cheminement vers, d’une pensée, d’une émotion, en chantier. Sans réponse précise. Sans but précis. Un gouffre sans peur. Un plongeon. Sans volonté de tout comprendre, de tout saisir. Entrer dans la faille, l’ouvrir et en boire le jus. Poser l’œil. Trembler
Chercher cet homme que nous sommes. Ne pas laisser dans l’ombre cette face-là, aussi intolérable soit-elle. Cela existe et nous fait.
A l’art d’être un regard posé ou tordu sur les choses du monde.
Le dépassement devient philosophique, essentiel, nécessaire. Plus et surtout, il est symbolique. Accédant au symbole l’homme pense et vit et meurt. Dans un trouble du réel et une tourmente véritable.
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Cécile Marical (artiste plasticienne) et Nathalie-Dalila Boitaud (actrice) ont présenté ni un spectacle, ni un documentaire mais un parcours d'après et autour de l'oeuvre de Georges Bataille. Une oeuvre qui questionne l'érotisme, le corps, les idées reçues.
Inspirée par l'oeuvre de George Bataille, avec "Plus grande est la beauté, plus profonde est la souillure", elles nous invitent à plonger à travers 200 ans de littérature érotique. Le parti pris affiché, revendiqué est de choquer, de chercher à comprendre l'humain dans toutes ses facettes, même les plus intolérables. Là encore Uzeste musical étonne et détonne. L'art est autant interrogé qu'il interroge.
La voix de Nathalie-Dalila Boitaud est un vrai plaisir de netteté, de douceur. Elle porte au rêve. Elle aide à mieux saisir les mots. Elle accompagne la rêverie érotique, se confronte à la violence du texte, de l'image, de l'idée, de l'opposition entre le texte et l'image. L'objectif d'aller au-delà de la nudité de la chair est atteint. La pornographie n'est pas présente. La pornographie de ce monde, c'est la misère, l'inégalité dans le monde, les guerres, les souffrances infligées aux peuples. Mais quid de l'érotisme? Des textes l'évoquent, les images jamais. Toujours plus sanguines, toujours plus en souillure, d'un corps de femmes, comme si l'amour, l'érotisme, le désir n'était qu'agression contre la femme, son intégrité. Un peu comme en écho aux textes bibliques où la découverte de la nudité, son apprentissage entraîne douleurs et souffrances. "La beauté importe au premier chef en ce que la laideur ne peut être souillée, et que l'essence de l'érotisme est la souillure" écrit Georges Bataille (Erotisme, 1957). Le spectacle donné ce jeudi en est la démonstration stricte.
Patrice Leclerc
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