La compagnie Uz et coutûmes présente
« Points communs »
Danse théâtre pour une ville et un littoral
Création in situ pour la ville de Port Louis – année 2007
Direction artistique : Nathalie-Dalilà Boitaud Chorégraphies : Sophie Poupin Installation visuelle : Cécile Marical Interprétation : Fabrice Nabet, Vincent Mazaudier, Pierre Mazaudier, Fawzi Berger, Isabelle Loubère, Nelly Donnat, Thibaut Trilles, Nathalie-Dalilà Boitaud, Sophie Poupin. Production déléguée : Illusion et Macadam.
La démarche :
Ce spectacle se produira dans le cadre du festival Avis de temps fort, les 17, 18 et 19 mai prochains.
Il a pour objectif de mettre en avant le patrimoine de la ville de Port Louis, à destination des habitants et du public venu d’ailleurs, tout en restant libre, dans sa forme et dans son écriture de porter sur la cité un regard nouveau et singulier.
En quelques sortes, il s’agit d’une commande, qui ne repose pas uniquement sur l’aspect artistique de la chose. En effet, la compagnie a pour « mission » de s’installer dans la ville une dizaine de jours et de travailler ainsi un lien avec les habitants, nourrir la création de leurs avis et réactions et tisser une relation privilégiée.
Port Louis est une ville côtière, offrant au regard des paysages et des monuments splendides. Pourtant, nous n’avons pas pris la décision de jouer dans ces espaces, mais plutôt de réfléchir comment les emmener dans la ville, et de jouer dans les rues commerçantes, passantes, quotidiennes.
La première étape de travail in situ a pour but de travailler ces espaces historiques et marins pour les rendre transportables.
Nous avons réalisé des photographies des corps dans l’espace, au sol, suspendus, tordus, sur l’herbe, le sable, le goudron, les pierres.
Ces photographies seront ensuite agrandies, transformées par la peinture, affichées dans les rues empruntées lors du spectacle.
Ainsi, le patrimoine historique bien connu des habitants, trouvera une nouvelle résonance, sera donné à voir par le biais d’une image, d’un regard, d’une danse.
Nous avons également récolté des paroles d’habitants.
Ne souhaitant pas tracer un témoignage géographico-sociologique, nous avons posé une simple question : « c’est quoi pour vous un point commun ? »
Les réponses sont vastes et ouvrent de nouvelles questions. Nous entendrons ces voix lors du spectacle.
La seconde étape est lointaine, c’est-à dire en dehors des murs de la ville : rassembler toutes ces impressions, spatiales, subjectives, humaines, et écrire une, des histoires, imaginant les voix des acteurs, les gestes des danseurs, les silences de chacun.
Inventer une trace pour cet endroit spécifiquement.
C’est chose faite. Cela est à devenir.
La dernière étape n’est pas la moindre : toute la compagnie s’installera dix jours, au mois de mai, dans les rues de la ville.
Répétitions, recherches à vue, mise en place et rencontres quotidiennes avec celles et ceux pour qui nous serons là : les passants, les fidèles, les indifférents, les réticents, les enfants, les grands enfants.
Durant cette période, nous poursuivrons notre désir de traces et de rencontres en réalisant un film : moments divers, interviews, prise de vue impromptues, rendez-vous…
Nous rencontrerons également les enfants des écoles, afin de présenter « en direct » notre travail et de les inviter à enregistrer leurs voix pour rejoindre le spectacle.
Ainsi, naîtra POINTS COMMUNS, le nouveau théâtre de la compagnie Uz et Coutûmes.
Nous serons, comme nous l’aimons tant, à vue de / dans la rue, puis nous réserverons quelques surprises de dernières minutes.
Nous évoluerons dans la ville à l’affût du contact. C’est notre spécialité.
Nous serons là , puis nous disparaîtrons.
Nous ne savons rien de ce que nous laissons, mais nous écrivons ainsi dans le vent, dans l’espoir de peut-être tisser un autre filet.
Non pas de ceux qui emprisonnent et limitent, mais de ceux-là qui ouvrent les brêches et retournent les quotidiens pour qu’ils deviennent musiques.
Une fois de plus, nous ne savons rien de ce que cela veut dire.
Nous ne savons rien de l’utilité , ni de son contraire.
Nous avançons pourtant avec une espèce de foi, une variation de l’être « debout », une formule magique animant chaque pas et chaque mot, vérifiant le possible dans ses moindres recoins.
C’est un présent.
Une audace.
Ouvrir la ville, une fois de plus, une fois encore, ne pouvoir que cela, comme une autre naissance.
L’artiste n’a pas de dernier mot.
Il n’a surtout pas le premier, il est un prolongement.
Et accepte pour cela sa dose d’ignorance.
Nathalie-Dalilà Boitaud
Directrice artistique.
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- Dis c’est quoi un point commun ?
- Je ne sais pas moi, une évidence peut-être, une ressemblance, une ressemblance dans la différence…
- C’est compliqué !
- Non, c’est la vie
Point commun, avec des S majuscules.
Cela veut dire que nous sommes des êtres multiples réunis en un seul point du vivant, pour lequel nous n’avons pas encore trouvé les mots pour dire ce point.
Ça veut peut-être dire que ce point n’existe pas. C’est à dire qu’il n’est ni fixe, ni unique, ni vérifiable, ni vérifié, ni quantifiable.
Mais il est.
Ce n’est pas une certitude, c’est une impression
Du réel dans le réel.
« l’être humain erre d’un temps à un autre temps. Il n’a rien à prouver, il est mortel ; c’est déjà une preuve de son vivant. Il se déplace de point en point, il joue sa solitude à être accompagné, il s’accompagne de la vie alentour, il s’entoure, et poursuit son chemin. Parfois il croise une intersection et cela modifie sensiblement sa trajectoire. Cette intersection se nomme l’autre. Et ça le perturbe en profondeur, quoiqu’il en dise. Et s’il fait semblant d’être indemne, c’est un prétexte ; l’être humain, n’est que le fruit de ces intersections fortuites dans lesquelles il devient autre, et perdure dans le vivant »
D’un homme à un autre, on a habitude de dire : il y a des passerelles, mais ce ne sont que des ponts, qui soumis au moindre vent, peuvent rompre le lien.
Entre les hommes, il y a autre chose, de plus fragile, mais de plus durable : ce sont les, points, « la plus petite portion qu’il soit possible de concevoir, la plus petite partie de l’étendue ».
Ces points communs contiennent leurs contraires : la différence
C’est pour cela qu’ils sont durables, et qu’ils n’ont aucune limite.
Un point commun est un lieu, une pensée ou l’autre et l’autre se rejoigne d’être autre, mais semblable, et en préserve leur singularité.
Je suis différent, je suis un, mais je te ressemble, mais je suis comme, et unique.
Vaste débat ? Immense évidence.
Entre chaque être il y a un non lieu, qu’il convient de préserver. Il a deux noms qui sont contraires ; la différence et la ressemblance.
L’être se différe de l’autre en même temps qu’il le reconnaît semblable.
C’est le seul opéra qui soit.
L’humanité.
Il est bon de le dire, de le re-dire, de le jouer.
Et l’homme dit à l’autre homme
- Viens chez moi, dans ta différence, viens chez moi dans ta ressemblance. Et vice et versa.
Et l’autre homme ne répondit rien, il l’avait déjà éprouvé, et ils tombèrent d’accord de désaccords. Ainsi va la vie…
Nathalie-Dalilà Boitaud
metteur en scène
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