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interrogations sur le fond de la chose , 2003

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05 56 25 38 46 / 06 22 51 09 16
4 rue Faza. 33730 Uzeste.

 administration :

Illusion & macadam
Mathieu Argaud
mathieu@illusion-macadam.com
08 70 444 052 / 06 11 56 30 51
 

Extraits choisis de l’Encyclopaedia Universalis

Si un jour tu meurs :

Intro
Théâtre pour une rue (dossier)
Passants des rues
Amants, heureux amants...
L’universel, c’est soi-même moins les murs
Ce qui nous guide et nous perd
L’acte de création comme acte d’amour
« Reconnaître c’est découvrir à nouveau »
Mots d’artistes
Extraits choisis de l’Encyclopaedia Universalis
les conditions

L’amour ?

Que serait l’amour sans l’assistance de la rhétorique et combien de gens seraient amoureux s’ils n’avaient entendu parlé d’amour.

L’obstacle majeur au développement de ces analyses, réside, nous l’avons dit, dans l’indétermination du sentiment amoureux.

Qu’ont en commun, sinon d’être chacun prétexte d’amour, l’amant, le consanguin, ou le prochain, et d’autre part la nature, la patrie, l’art ou la vérité ?

Comment serait-il permis au sujet d’atteindre le symbole visible ou invisible, qui fixerait le chiffre de son mouvement vers l’autre ?

On peut certes, étudier les vicissitudes du mouvement amoureux sous l’angle psychanalytique, de manière à dégager l’importance de la répétition au cours d’une même vie

Pourtant nulle psychophysiologie ne saurait dégager ce qui constitue l’inaliénable poésie et la portée éthique de l’amour humain.
La surrection d’un désir impatient de tout réinventer

Il est certes un amour, qui dans sa sollicitude envers l’autre va jusqu’à neutraliser les formes de son expression, faisant resurgir l’étrange parenté entre le bestial et le mythique. Car si le simple attachement tire avantage des qualités objectives, l’amour bouleverse par ce qui échappe à l’étreinte sensible, retrouve l’animalité sublimée par un détour essentiel : pudeur et silence célèbrent alors la conjugaison des inalliables.

Aussi bien les phases d’amour faisant appel à l’énergie cérébrale, sentimentale et sensuelle restent-elles étroitement imbriquées.

D’une part comment devoir de chasteté de procréation et de jouissance s’articulent-ils avec le mouvement naturel qui nous porte vers l’autre en même temps, qu’avec une exigence irrépressible d’autonomie.

De fait, nous sommes frappés tant par la récurrence des modèles littéraires et religieux, tant au contraire, par la résistance d’un sujet à vivre l’idéal

Sans doute l’union charnel et la missive amoureuse ne trouvent-elles leur sens qu’à travers une musique qui sourd à la fois de la chair et des étoiles.
Danse intérieure vibratoire et cosmique.

Que le trop plein du cœur s’écoule en effet, dans une jubilation silencieuse ou verbale, qu’il se concentre dans l’enlacement des corps ou qu’il se vaporise à travers le regard, la caresse, et la respiration, on considéra chacune de ses expressions, comme une solution, plus ou moins, médiatisées : tension entre l’exigence d’insertion locale propre à l’égo et l’altérité dans laquelle celui-ci est appelé à trouver corps.

L’existence par autrui et la démission radicale de l’autre, l’existence par soi et l’assomption définitive.
Ces deux pôles entre lesquels le sujet se trouve tour à tour aspiré et rejeté, demeurent à jamais inaccessibles.
Un solide égo préserve de l’amour disait Freud. Mais à la fin on doit se mettre à aimer pour ne pas tomber malade et l’on doit tomber malade lorsqu’on ne peut aimer.
Aussi bien toute réflexion sur l’amour débouche t-elle sur les apories de l’amour de soi. Celui-ci est naturel, comme le prétendait Rousseau.
Ou bien faut-il le considérer comme un mécanisme de défense contre les retombées de l’amour, voire comme une perversion par laquelle le sujet, rétrécissant son univers, est appelé à confondre le sujet et la source.
Bref, faut-il dénoncer comme artificielle la symétrie établie entre amour et amour de soi.

Mais peut-être n’est-il pas besoin de recourir à la divinité pour comprendre la hantise de transparence et d’immédiateté qui caractérise l’amour. Aussi bien l’abîme d’indifférence aperçu dans l’aimé ne correspond –il pas très exactement à ce gouffre obscur ?
Aimer, alors moins qu’un ordre, apparaît un destin.
Du paradoxe de l’incarnation
Sentir la vie.
Que son incarnation lui soit ou non un refus, le paradoxe de l’amour tient avant tout, dans la résurrection de l’illusion dont il témoigne : celle d’un effacement de la distance et de la fermeture possible du cercle. Le je et le tu disparaissent à travers la fusion amoureuse.

L’amour supprime la réflexion grâce à l’absence totale d’objet, il enlève à l’opposé tout caractère d’être étranger, et la vie se trouve elle-même exempte de toute carence. Dans l’amour le séparé se maintient, mais non plus comme séparé, comme unité. Et le vivant sent le vivant.
De là l’idée d’un caractère inéluctable de l’étreinte

Sur la possession physique semble en effet planer une malédiction, qui voue l’être humain à l’effrayante alternative d’un amour coupable ou d’une vertu stérilisante.
Ici, un refus, une épargne qui risque de faire passer à côté de la vie, là des vibrations mystérieuses et un abandon à la rage des corps qui fait surgir un doute quant à la nature du lien : cette indéniable attraction des chairs n’est-elle pas ce dans quoi l’amour comme un sens écrasé sous l’excès de présence.
L’amour n’existerait-il que là où il n’est pas ?

Ou encore ce que Hegel définit comme la vérité : quelque chose de libre que nous ne dominons pas et dont nous ne pouvons être dominé, quelque chose d’unique et sur quoi, comme unique, ne peut planer que la mort.

Car l’amour ne se dispense qu’enrobé dans l’inquiétude d’une vie menacée et d’une beauté éphémère.

Mais tel est le paradoxe que si l’amour semble incarner d’un côté, la plénitude de la vie face à la mort, de l’autre il ne saurait se réaliser qu’à travers le trépas.
Eros est tragédie.

L’incarnation tant désirée de l’amour est aussi ce dans quoi l’amour se perd. : mais ce risque, il faut pourtant que le désir l’encoure, sous peine de se couper de la source même de sa vie.

Mais reste néanmoins à comprendre les raisons pour lesquelles le poète se refuse à changer la situation qu’il analyse si parfaitement.

Certes, le nom d’épouse semble plus sacré et plus fort, mais j’ai toujours aimé celui de maîtresse, ou, si tu me pardonnes de le dire, celui de concubine et de prostituée. (Héloïse). Telle est sans doute la plus saisissante définition de l’amour jamais donnée.

La seule mesure de l’amour est d’aimer sans mesure.
Aussi la voix ne cesse t-elle de résonner, proclamant la supériorité de l’amour face à tout morale déterminée ; montrant que l’amour constitue en lui seul une éthique, qu’il est source de tout abandon et de toute remise, mais que ce recoulement à la source exige une longue patience, une vigilance de tous les instants et le non refus du sacrifice.
La nuit, l’hiver, de longues routes, de courts chemins, toutes les épreuves, voilà ce qu’on endure dans les camps du plaisir.
Car loin de se parfaire dans l’amour divin, éros est toujours besogneux, naissant et privé de lui-même. Enfant de la seule Abondance, il s’userait à la meule de l’existence quotidienne, mais fils de Pénurie, il s’attise dans les obstacles, et se nourrit de la tension crée par les épreuves.

L’expérience amoureuse se développe en effet sous le signe de l’inachèvement. Emportée dans son délire, l’âme tourne à la façon d’un oiseau, son regard vers le haut, insoucieuse des choses d’en bas.
Peu importe finalement, si l’objet aimé est l’ouvrage de nos erreurs, l’essentiel est d’élever notre âme grâce à sa contemplation.

Seul le sacrifice de son objet permet à l’amour de prendre conscience de lui-même, lui qui se nourrit plus encore d’absence que de présence.

Freud a tenté de comprendre cela en définissant trois types :
l’érotique caractérisée par l’angoisse de perdre l’amour
l’obsessionnel dominé par l’angoisse morale
le narcissique que son autonomie met à l’abri des blessures affectives et des scrupules moraux.

Si seulement ces trois types pouvaient fusionner en un seul, le narcissisme stabiliserait l’excès de l’angoisse, tandis que celle-ci donnerait sa profondeur à l’agressivité.
Mais selon Freud, le type érotico-narcissique est sans doute le plus fréquent, car il réunit des motions contradictoires qui peuvent se neutraliser.
Hésitant entre l’illusion de moi et celle de l’amour ou encore entre le fantasme apocalyptique et l’orage passionnel, l’érotico-passionnel occupe une position paradoxale, progressant à la fois vers une position de séduction et vers une position amoureuse.

Les amants voudraient prendre refuge l’un dans l’autre et se mettre à l’abri de toute comparaison, comme s’ils étaient les premiers à s’aimer et comme si la transfiguration dont ils rayonnaient les arrachait au monde du vulgaire. Mais le narcissisme à deux n’est pas plus viable que le narcissisme du solitaire. Et eux-mêmes se chassent du paradis qu’ils se montrent impuissants à forger. Ne m’appelle plus qu’amour et je serai rebaptisé. (Roméo à Juliette)

Quoi de plus commode alors qu’un interdit dont la fonction est précisément de permettre à l’inquiétude amoureuse de se déployer vers le dehors, tandis que le sujet prend conscience en le transformant, du paradoxe inhérent à l’amour ; source de toute stimulation, et monstre dévorant par excellence.

Eros ne cesse d’osciller entre le délire et la volonté d’union : il hésite à se déterminer comme manière de jouir, d’éluder le désir ou de le transformer. Cette illusion qui me fait voir dans l’être aimé le représentant de ma scission interne. Supplément dont j’ai besoin pour que fulgure au moins une certitude.
Nourri d’imagination, sans doute se montre t-il aussi tyrannique qu’insatiable. Mais vider l’amour de l’inquiétude de jalousie qui l’accompagne, n’est-ce pas du même mouvement le rejeter dans son entier ?
Et d’ailleurs comment penser qu’éros puisse trouver une mesure sous l’affront permanent que constitue le gouffre d’imperméable situé au cœur d’un sujet balloté non seulement entre l’amour et la haine, mais entre la véhémence du désir et sa profonde apathie ?
Il est un point où la sensibilité mystérieusement se déconnecte, tandis que la mélancolie écrase le sujet devenu impuissant à ressentir l’aiguillon qui l’anime.

Ah ! si jamais une seule fois dans ma vie, j’avais goûté dans leurs plénitudes tous ces délices de l’amour, je n’imagine pas que ma réelle existence y pu suffire, je serai mort sur le fait.
La mort pourtant s’éloigne, car les amants sont toujours plus que deux et leurs fantasmes dressent sur la face de l’autre, l’écran d’un miroir déformant.
Regards et caresses ont beau précipiter dans un espace supratemporel, l’essence de l’être façonnée d’expériences oubliées, l’aimantation reste fugitive, si tenaces qu’en soient les séquelles.

Sans doute, la grandeur de l’amour est-elle de ne pas supporter l’existence.
Mais la grandeur de l’homme n’est-elle pas de consacrer ses forces à soutenir l’idéal, d’amadouer éros et de lui prêter consistance.
Un besoin dévorant nous presse vers l’amour, malgré la honte de ne savoir ni aimer, ni être aimé.

Cette absence d’inscriptibilité n’empêche pourtant pas l’amour d’engendrer la certitude la plus brûlante qu’il soit.
Certitude dont la trace subsiste sous les espèces d’une exigence mystérieuse qui nous protège à la fois contre l’amertume et contre l’aigreur. Le devoir procède alors de l’amour comme le terrible du beau.
Symbole multiforme qui peut donner le change, mais témoigne en tout cas de cette ouverture du sujet à un infini qui l’a marqué du sceau redoutable et vivifiant de son absence.

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