Si un jour tu meurs :
• Intro
• Théâtre pour une rue (dossier)
• Passants des rues
• Amants, heureux amants...
• L’universel, c’est soi-même moins les murs
• Ce qui nous guide et nous perd
• L’acte de création comme acte d’amour
• « Reconnaître c’est découvrir à nouveau »
• Mots d’artistes
• Extraits choisis de l’Encyclopaedia Universalis
• les conditions

L’amour est un prétexte pour passer de l’intime à l’universel.
L’amour envisagé au pluriel au sens d’un sentiment indescriptible qui est à l’intérieur du ventre.
Au pluriel parce que les sources d’amour sont indénombrables et qu’il n’est pas question de restreindre le mot à un rapport homme/femme. Il n’est pas question d’enfermer cela dans des codes : l’homme, la femme, la procréation. Je ne pense pas que c’est cela qui fait que tous les matins, il y a du sang qui circule dans tes veines.
Ce sang-là, tu es libre d’en faire ce que tu veux.
A chacun de se tenir debout.
Je me sens capable d’aborder quelque chose d’universel parce que je me sens capable d’en créer des individualités.

Je n’ai pas honte de parler d’amour parce que je me sais chargée d’un questionnement profond.
Si à certaines personnes, l’amour renvoie une platitude, moi, cela me parle de multitude impalpable, donc inconcevable C’est parce que c’est inconcevable qu’il est nécessaire de le concevoir.
C’est parce qu’il existe un propre questionnement que je désire interroger l’autre.
Je me sens suffisamment chargée d’une réflexion pour ne pas faire de l’amour une carte postale, mais une mappemonde que nous ne connaîtrons jamais.
Finalement, c’est une thématique qui cherche suffisamment loin, pour être suffisamment près.
On refuse de parler de l’universel par souci de sa particularité.

Personne n’accepterait de parler de son histoire et que ce soit celle de tout le monde.
Si on accepte l’histoire du monde et qu’on se rend compte que c’est la sienne, c’est aussi insupportable que de parler de sa propre histoire et se rendre compte que c’est celle de tout le monde.
Plus tu es toi-même, plus tu accèdes à la réalité du monde, plus tu es un grain de sable.
Plus tu as l’impression de planter tes pieds dans la terre, plus tu deviens de la brume.

Ce qui m’intéresse dans l’amour, c’est ce paradoxe entre l’existence à son paroxysme et le fait que ce ne soit que de la poudre aux yeux par rapport au néant dans lequel tu es projeté. Fondamentalement.
On joue dans l’attraction de forces contradictoires, qui sont celles de la vie et de la mort.
Je n’ai jamais autant existé que dans cet instant où l’autre me tient, et si j’existe tant, c’est parce qu’à cet instant même, je pourrais être pulvérisée.
Car l’instant même n’existe pas
Un instant n’existe que parce qu’il est éphémère et nous renvoie à notre essence d’éphémère, de mortel.
A cet instant-là, tu prends tellement conscience que tu es vivant, que c’est tellement délicieux d’être vivant, que tu prends conscience que tu es mortel.
Tu prends conscience que la seconde d’après tu seras dans un déficit d’être, dans une incomplétude.
Le déficit d’être n’existe que dans la plénitude d’être.

Il n’y a pas de sentiment aussi fort que dans l’acceptation de son contraire
Tu n’es démuni que si tu as été muni.
L’amour, c’est le vide qui trouve sa mesure et qui la perd toute à la fois.
Tu ne peux te perdre que parce que tu te trouves et vice versa.
L’amour c’est la rupture de l’abandon mais pas l’abandon de la rupture.
L’amour pour moi est une fêlure sur une fêlure, mais pas un pansement
C’est une fracture de plus sur une fracture qui est.
Ce n’est pas une réparation, c’est de nouveau un choc.
En ce sens, c’est une solitude.
C’est fondamentalement catastrophique et absolument fabuleux
Ce spectacle parle de l’enlacement et l’enlacement peut être ta propre solitude
Je voudrais donner envie à chacun de danser sa propre solitude.
Nathalie-Dalilà Boitaud