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Communiqué d'Uzeste Musical - 22 juin 2007

la Lettre
d'Uzeste Musical
n°3, janvier 2007

Confirmant les propos tenus par Jean Péringuey, président de la Communauté de communes de Villandraut, qui affirmait en début d’année, « Il y a longtemps que j’avais averti Bernard Lubat. Son festival décline… les subventions aussi », le président du conseil général de la Gironde devrait proposer au vote de l’assemblée départementale d’octobre prochain une subvention à Uzeste Musical réduite de 50% (passant de 70 000 euros en 2006, à 35 000 euros cette année).
Dans ces conditions et n’ayant reçu aucune confirmation écrite du soutien des autres partenaires publics (Conseil régional d’Aquitaine, DRAC Aquitaine), le conseil d’administration de l’association Uzeste Musical a proposé à Bernard Lubat, directeur artistique, de renoncer au contenu initial de la « 30e Hestejada de las arts » et au lieu préalablement choisi (château de Roquetaillade), tout en lui demandant de réfléchir une conceptualisation adaptée à la situation nouvelle.

Réponse de Bernard Lubat

10/01/07 Jean Péringuey relance le débat
sur la culture en Gironde (Adiu.fr)

Les réponses de :
16.01.07 Bernard Lubat
20.02.07 Pascal Convert
22.02.07 André Minvielle
28.02.07 Jacky Liégeois
05.03.07 Claude Gudin
06.03.07 lu sur Dissensus.org
06.03.07 Michel Mompontet
09.03.07 Francis Marmande
15.03.07 Chantal Bordes
20.03.07 René Martinez
20.03.07 Philippe Laccarrière
22.03.07 Lionel Le Fort
29.03.07 Pascale Favier

22.06.07 Communiqué d'Uzeste Musical
26.06.07 lettre de René Martinez
03.07.07 contribution de Yves Béal
03.07.07 contribution d'Alain Delmas
07.07.07 contribution de François Corneloup
08.07.07 Pétition de Pierre Labrot
13.07.07 Communiqué du Conseil Général
07.08.07 CG33, Le K : Opéra administratif

et le forum poïélitique...

Conceptualiser une Hestejada conséquente à Villandraut sur les sublimes berges du Ciron relevait déjà du défi, du miracle (orages). Le choix (esthétique) du château de Roquetaillade nous rendait les choses un peu moins infaisables et cela avait comme avantage de délivrer notre président de la communauté de communes de Villandraut de tous les affres que lui occasionne l’art contemporain. Mais devant cette nouvelle chute subventionnelle, cela devient difficile de savoir où et comment agir une 30e Hestejada digne de sa propre histoire.
Comme dit madame Dexpert, conseillère générale du canton : « Quand on cherche, on trouve ! »*.
Retourner à Uzeste avec ce qu’en pense et raconte madame la maire Marie-Jeanne Baup, devient très délicat : « Quand j’ai été élue à la mairie en 2001, huit élèves du RPI qui voulaient entrer en classe à Uzeste n’y sont pas rentrés sous prétexte que Bernard Lubat intervenait à l’école. Les parents ne voulaient pas que leurs enfants côtoient de trop près certaines incivilités. Je me souviens d’un parent d’élève de Lignan qui arrivait le matin de la rentrée 2001 comme s’il amenait un gosse à l’abattoir… J’ai peur qu’en ouvrant l’école – je ne vais pas dire aux artistes, mais à Uzeste Musical –, j’ai peur que ça recommence. Les grandes peurs. Parce que moi j’ai vu ça, un père qui était catastrophé. Ce sont des craintes et des peurs de parents d’élèves. J’ai vécu le départ de huit enfants… On a pas mal d’élèves à Uzeste mais il y en a encore qui fuient. Pour moi c’est regrettable. Et comme je ne donne aucune autorisation de quitter l’école, contrairement à mon collègue de Lignan, ils vont en école privée. Cela me gène.»**

« Cernez-vous, vous êtes rendus », disait le clown philosophe.
A bientôt, des nouvelles neuves.

Bernard Lubat,
vendredi 22 juin.


Lettre de René Martinez - 26 juin 2007

A propos de la décision du Conseil Général :

On aurait pu penser que l'élection d'un membre éminent et culturel du CG à la députation aurait pu gommer les malpropos de M. Péringuey. On voit qu'il n'en est rien.
Mais en faisant planer un doute sur la subvention, renvoyée à l'automne, c'est plus qu'un entêtement, c'est une erreur grossière à multiples déclinaisons :

1° En des temps plus anciens, un conte le disait déjà : le fils de l'empereur allait à l'école, mais il était le plus obtus de tous les élèves. Ceci enrageait l'empereur, car que ce soit l'hérédité ou le milieu, il était compromis. "Qu'à cela ne tienne !" dit-il, après reflexion (?) "Que l'on supprime ceux qui sont devant lui !" Ce fut fait et le prince impérial devint enfin premier... mais personne n'était dupe et tout le monde savait qu'il restait particulièrement obtus. Il ignorait, l'empereur, qu'en supprimant ce qui gêne, ce qui reste se trouve décrédibilisé... mais l'essentiel était pour lui qu'il trouve matière à se réjouir et satisfaction à exercer un tel pouvoir.

2°Un autre petit conte : un Crocodile Géant, aux initiales célèbres, croquait tout ce qui lui résistait. Des corbeaux énuméraient avec tristesse tout ce qui disparaissait, car, dans le temps, ils avaient admiré cette résistance, ils s'étaient inspirés de tout ce qui s'était construit... Mais un petit oiseau a raconté plus tard que ces mêmes corbeaux picoraient le soir ce qui restait entre les dents du monstre endormi.

Depuis 30 ans, la Hestejada résiste et est unique : la fête du mois d'août se veut être un temps fort, mais l'essentiel, clamé depuis longtemps, est "Uzeste, c'est toute l'année". Jamais le CG n'a adhéré à cela. Et là vient le paradoxe : le fait de privilégier les manifestations estivales et touristiques - certains ajoutent électoralistes - et de négliger le reste de l'année, c'est nier la décentralisation, c'est se comporter comme un "petit" ministère qui préfère l'apparat à la vie culturelle locale.

Si le doute (je parle de celui qui est présent dans toute volonté artistique) n'existe pas chez ceux qui ont les faveurs du pouvoir, ils doivent faire encore mieux et réunir des foules. Qu'importe le flacon... pourvu qu'il déborde !
S'ils doutent, une seule attitude : la solidarité (au moins artistique). A moins qu'ils soient comme le CG (crocodile géant) et que chacun joue pour soi.

Uzeste n'est pas une vitrine : il n'y a jamais eu les Rolling Stones ou un quelconque groupe parce qu'il était à la mode (dommage, diraient certains, ça amènerait du monde...).
La rébellion, vivre à printemps et à contretemps (comme le disait Joseph Delteil), jouer au dénicheur d'idées, n'a jamais convenu aux pouvoirs, quels qu'ils soient.
Mon avis n'est pas objectif, et je le revendique. Mais évaluer l'Hestejada au nombre de spectateurs, l'est-il davantage ?
J'ai lu quelque part, qu'au temps des guerres de religion, les Huguenots avaient dévasté Uzeste. Le CG peut-il se réjouir de transformer ces mêmes lieux en un désert silencieux, paisible, sans faute, en un vrai désert ?

René Martinez
Conteur


Contribution de Yves Béal - 3 juillet 2007

Uzeste m'a donné, je peux lui rendre.

J'ai connu pour ma part Uzeste d'abord à travers les récits enthousiastes, émouvants, épiques des ami-e-s du GFEN qui depuis longtemps accompagnent l'aventure des musiques et des mots dans ce village d'un presque bout du monde pour un gens de l'Alpe comme moi. Ainsi pendant des années, j'ai rêvé de ce « festival » autre, de ce festival à fenêtre ouverte sur le monde, et qui éclaire en chacun sa part d'ombre et de lumière.
Et puis, un jour, j'ai franchi le pas, d'abord sans vraiment prévenir ; je suis venu pour voir, entendre, vivre ces quelques jours comme un homme ordinaire, pas un festivalier car à Uzeste on ne peut pas être un festivalier comme on l'entend presque partout ailleurs ; on n'est pas ici dans l'ordinaire ou plutôt c'est que l'extraordinaire gît dans l'ordinaire et qu'à Uzeste, chacun se fait devoir de se pousser et de pousser l'autre vers son extraordinaire. Uzeste c'est comme une machine à penser, à créer, à inventer, à bousculer, à ne pas se laisser dormir sur ses deux oreilles. la machine peut-être c'est l'art de faire se relier mille cerveaux pour qu'ils produisent ensemble une autre approche de la musique, de la poésie, de l'art, de la culture, de la politique, de la vie, une approche plus humaine, plus inventive, plus dynamique.
Encore un peu plus tard, je suis venu avec l'équipe du GFEN, contribuer encore plus activement à cette marmite culturelle et ce furent non seulement des moments à vivre pour soi, mais aussi à faire partager à travers ateliers d'écriture, apéro stylos, gueuloirs de poésie et autres débats enfiévrés.
Puis l'an dernier, poussant encore plus loin ma participation, j'ai vécu Uzeste en co-animant le stage d'improvisaction co-préparé par le GFEN, la Compagnie Lubat et la CGT. Je ne suis d'ailleurs pas certain que tous les acteurs de ce stage y compris du côté des animateurs aient senti l'avancée majeure qu'il constituait tant sur les contenus (où en France aujourd'hui réfléchit-on sur les ponts possibles entre l'improvisation musicale, l'improvisation poétique, l'improvisation artistique et l'improvisation dans les luttes sociales ?...) que sur le principe même d'une co-animation par des acteurs culturels en apparence aussi divers que le sont une Compagnie artistique, un mouvement d'éducation nouvelle et un syndicat de travailleurs (où en France aujourd'hui est-on capable chacun de sortir de sa boite, de son compartiment, de son assignation, pour construire une résidence commune, une pensée complexe pour aborder la complexité du monde ?...).
Ça, c'est ce qui se passe sur place. mais a-t-on seulement une petite idée de toutes les retombées que peut avoir une participation à Uzeste (de la visite « ordinaire-extraordinaire » au partage des idées et pratiques, jusqu'à l'engagement dégagé d'hommes et femmes libres dans leurs actes et leur pensée), a-t-on seulement une petite idée des transformations citoyennes que génère un tel lieu et en particulier dans le sens d'une audace retrouvée, d'une volonté reconquise, d'une gifle donnée au fatalisme ambiant. Avec Uzeste, il n'y a plus de « c'est comme ça » ; sans cesse, Uzeste nous renvoie à ce poème de Bertold Brecht « Apprends l'abc, ce n'est pas assez mais apprends-le. Ne t'en laisse pas conter, contrôle l'addition, c'est toi qui la paies. », avec Uzeste, nous devenons non pas des inquiets mais des « intranquilles » qui ne se suffisent pas du monde comme il va et qui nous donnons comme os quotidien à ronger rien moins que la transformation du monde par tous les bouts, par tous les pores.
Alors, si à Uzeste et à la Cie Lubat et au GFEN et à la CGT et à tous les passants pas si ordinaires, je peux aujourd'hui, avec mes modestes moyens de poète et avec les musiciens qui donnent vie à quelques textes que je lis, rendre un peu de ce que j'ai reçu, c'est bien volontiers que nous viendrons jouer et dire et lire et partager de manière militante un peu de « ça va le monde ?! », notre recueil en 3 volets (et 3 CD), hommage aux poètes de la résistance.

Yves Béal,
Saint Didier de Bizonnes,
le 3 juillet 2007


Contribution d'Alain Delmas - 5 juillet 2007

30ème hestejada d'Uzeste musical : une nouvelle bataille

Depuis maintenant 30 ans, l'hestajada d'Uzeste musical poursuit son combat. La CGT y participera pour la 19ème année consécutive. Plus qu'une simple participation à un événement culturel, il s'agit d'un véritable partenariat au sens noble du terme, d'une co-élaboration où monde du travail et création se frottent, se piquent, s'enrichissent, ouvrent des pistes nouvelles.

Uzeste musical est ainsi reconnu pour sa pertinence artistique, culturelle et sociale.

A Uzeste, on fait le pari de l'intelligence, de la surprise, de la découverte, de la réflexion, du plaisir... Dans une période où le populisme prend parfois le pas sur le sens, où il faut faire simple pour ne pas dire simpliste, ne pas se prendre la tête pour mieux s'endormir, Uzeste tente de se dégager de cette apparence illusoire que l'on nous assène en permanence, d'envisager que d'autres mondes sont possibles. Uzeste a travaillé par capillarité durant 30 ans au quotidien. Combien d'artistes sont passés dans cette caisse de « déraisonnance » pour faire leur chemin artistique par la suite ? Combien de techniciens ont participé à cette aventure singulière faisant appel à leur créativité ? Combien de festivals se sont inspirés de la réflexion mise en débat sur « l'art de la diffusion de l'art » ? Combien de « spectateurs » ont participé à cette aventure singulière les amenant à se penser ? Un très grand nombre.

Cette année, la situation est particulièrement grave. Le Conseil Général de la Gironde vient d'annoncer la division par 2 de sa subvention qui ne sera votée qu'en octobre. De plus, il a rayé Uzeste Musical de la carte de l'été Girondin. Drôle de retour pour des artistes qui ont fait le choix durant trente années d'investir un territoire rural, de contribuer au développement culturel, social et économique d'un coin de Gironde. Bernard Lubat et son équipe n'ont jamais rien lâché sur cette conception qui fait que les spectateurs ne sont pas des consommateurs, des clients, mais des femmes et des hommes qui pensent, qui réfléchissent et qui se réfléchissent ; Ils n'ont jamais rien lâché sur la conception du rapport de l'art à la société, à la politique, refusant l'instrumentalisation de l'art comme anesthésiant de la pensée.

Le Conseil Général fait des choix politiques. Il attend des retours sur investissement. Uzeste ne rapporte pas, ni en voix, ni financièrement. C'est un laboratoire de recherche fondamentale de l'humain. Le Conseil Général fait le choix de la recherche appliquée à la pensée unique. Pas de vagues, du calme... du doux, pas d'altérité, on veut finir tranquille... Il fait le choix de l'électoralisme boutiquier dont on vérifie aujourd'hui le résultat. Il met la culture et sa dimension artistique dans la case recette.

On ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec le comportement d'indifférence du Conseil Général à l'égard des conditions matérielles d'existences d'une organisation syndicale comme la nôtre...

A la différence de ce que nous constatons dans de nombreux départements de la région, aucune subvention n'est allouée par le Conseil Général de la Gironde à l'union départementale CGT de ce département, en dépit de la loi sur la modernisation sociale qui l'y autorise depuis plusieurs années.

Pourquoi ce rapprochement ? Le hasard bien sur !

Tout ce qui peut amener à réfléchir, à construire d'autres possibles, serait-il si gênant que l'on voudrait les faire taire, ou en tout cas, refuser de les reconnaître et de les aider ? Cette année plus que jamais, dans un contexte politique que nous connaissons, culture et travail, démocratie culturelle, amitiés, rencontres, temps forts artistiques, seront au rendez-vous de cette manifestive transartistique, avec des moyens insignifiants.

La CGT sera fidèle à cette barricade car elle est vitale pour chacun et chacune, pour le tous ensemble, par sa participation à l'élaboration individuelle et collective de la pensée critique, pour contribuer à la construction d'autres possibles. En cela, l'art en est un élément essentiel dont le mouvement social doit s'emparer sans complexe mais avec complexité. Il nous interpelle, nous pousse à aller plus loin, à admettre l'inconnu comme un nouveau terrain de recherche et d'enrichissement, à « nous prendre la tête ». Et se prendre la tête n'a rien de désagréable contrairement à ce que les chantres du libéralisme voudraient nous laisser croire. Il y a du plaisir à découvrir, à ne pas savoir pour en savoir plus mais jamais assez... A faire bouger ses certitudes qui deviennent parfois incertaines, sans pour autant les condamner au silence, à nous convoquer.

L'art est un enjeu revendicatif car il est un pilier de notre culture, tout comme le travail. Celui qui peut être aliénant ou libérateur, tout comme l'art. Mais cela dépend aussi de nous, du « je » comme dirait Bernard Lubat, du rapport de l'individu singulier au collectif pluriel... Le syndicalisme à sa partition à jouer. Depuis 19 ans ils tentent d'en écrire quelques passages. Cette année encore nous serons de la partie, en « tronche », comme on dit en Ovalie, mais je ne connais rien de plus jouissif que d'être dans la mêlée, enfin presque !!!

Alain Delmas
Le 5 juillet 2007


Contribution de François Corneloup - 7 juillet 2007

SONS ET SENS… MÊME SANS SOUS.

Arrivé à sa 30ème année d’ existence, L’Hestejade d’Uzeste Musical malgré cette exceptionnelle longévité et une indiscutable reconnaissance artistique, semble rester à la merci des potentats politiques municipaux, départementaux et régionaux. La compilation des divers argumentaires qui sont avancés par les élus représentant ces institutions laisse globalement apparaître, on le sait, une remise en cause de la légitimité de cet événement artistique. Mais une étude un peu plus fine (sans trop d’effort) révèle que cette argumentation est construite selon deux axes principaux : L’un étant celui de la compétitivité économique - Moins d’entrées, moins de subventions. Il est certes inutile d’en ajouter aux commentaires tous pertinents qui furent formulés jusqu à présent, démontrant fatuité et non rigueur de ces arguments : Il faudrait, par curiosité, simplement calculer sur l’ensemble de l’exercice durant ces plus de trente années, le rapport entre la masse de l’aide financière publique concédée et la fréquentation du public. Ayant pu mesurer concrètement la précarité dans laquelle de nombreuses éditions du festival ont malgré tout pu être réalisées, j’avance que les résultats de ce calcul sordide pourraient surprendre. Surprise qui ne sera pour moi jamais aussi grande qu’a été celle de trouver ces arguments ultra libéraux (rentabilité, retour sur investissement…) dans les discours de représentants officiels d’une obédience politique qui prétend pourtant se démarquer de cette idéologie, du moins sur le plan électoral. (Quoique,… la France étant majoritairement à droite, il semble qu’il n’y ait finalement pas beaucoup d’autres solutions que d’employer des arguments de droite pour obtenir cette majorité…). Par un étrange effet de rhétorique, le second axe de développement de l’argumentaire en question apparaît lui, si l’on peut dire, en creux. Doit-on en effet comprendre par cette absence criante de quelconque considération artistique dans les propos avancés, le souci d’impartialité légitimement demandé à l’élu ? Ne serait-ce pas plutôt l’impossibilité de la part de ce même représentant du peuple à une détermination artistique, esthétique, sensible, poétique, citoyenne, humaine ? Une certaine incapacité à définir une ligne politique clairement alternative lors des dernières campagnes électorales, la mollesse des prises de position sur les dossiers forts de l’état, enfin le marasme politique qu’ont entraîné les résultats des dernières échéances électorales à l’intérieur même de la dite obédience m’inciterait plutôt à pencher pour la seconde option. C’est aussi le revers des stratégies purement politiciennes : En négligeant un rapport concret et immédiat aux contingences conjoncturelles du pays, elles conduisent inexorablement à une perte d’identité ou du moins la difficulté à se positionner clairement dans le paysage politique. Autrement dit, elles s’éloignent (volontairement ?) des réalités d’un terrain sur lequel la manoeuvre est moins aisée. Force est de constater que le pouvoir actuel lui, affirme hélas beaucoup plus concrètement ses options politiques. Il profite il est vrai, d’une opinion (plus ou moins consciente) largement favorable.
Peut-on alors prétexter à cette regrettable dilution des points de vue artistiques, entre autres, cet argument de dernier recours qu’est le soit disant « intérêt général »? Qui osera m’avancer que les taux d’audience surdimensionnés de la Star Ac’ sont la preuve que cette émission est faite dans « l’intérêt général »?. Si au moins les producteurs de l’émission reversaient une part des bénéfices d’exploitation (Publicités, droits…) au ministère de la culture pour redistribution, éventuellement on pourrait voir… Mais lorsque l’intérêt de tous (les électeurs) devient celui d’un seul (l’élu), il n’est donc plus général. La création artistique est affaire de spécificité. Les grands créateurs de ce monde sont tous des cas particuliers. À la notion d’ « intérêt général » je répondrai que ce qui se fait sans détermination, sans parti pris , sans engagement personnel, dans le but toujours vaguement consensuel de plaire au plus grand nombre, le « public » (encore un mot généraliste) , bref de rallier généralement , n’a en général pour moi que peu d’intérêt. La création ne peut selon moi avoir lieu que dans la réappropriation par la collectivité de la subjectivité de l’artiste dans toute son intégrité. Mais cette réappropriation prend des fois du temps. Elle ne peut avoir lieu sans espaces sensibles d’expérimentation, de maturation, de perdition et de trouvailles, de libre-arbitre, de succès et d’erreurs, d’avant-garde confidentielle diffusée largement … (« élitaire pour tous »). l’Hestejade d’Uzeste reste un de ces espaces où l’expérience artistique la plus risquée garde opinion sur rue, où la recherche s’exprime au grand jour et devant tous dans l’acceptation d’une progression possible du processus créatif. En l’occurrence, L’Hestejade d’Uzeste est encore l’un des rares lieux de spectacle ou le point de vue du spectateur ne s’arrête pas au choix de sa formule d’abonnement.
J’irai donc encore à la prochaine hestejade, célébrer avec l’exigence artistique la plus affûtée la trentième d’une indispensable fête de la création . Une fois de plus j’y déclarerai avec la conviction la plus intime toute ma subjectivité de créateur. J’y exorciserai mes doutes. J’y testerai publiquement mes choix esthétiques les plus arbitraires échangés avec chaque spectateur qui j’espère ne me fera aucun cadeau et qui me dira sans retenue ses enthousiasmes et ses réserves, qui paiera (lui…) pour apprécier en bien ou en mal, pas comme un consommateur qui préfère penser que ce qu’il paie est forcément bon. C’est aussi cela le sens d’une manifestation culturelle : l’émancipation. J’irai à Uzeste pour ne pas céder à la censure de la non-subvention car je ne cherche pas uniquement si je suis payé. Qu’on ne me fasse pas dire pour autant que l’artiste n’a pas besoin de soutien pour créer et qu’Uzeste peut continuer sans moyens puisqu’elle a toujours su surmonter la précarité. Je connais très bien le prix que l’équipe d’Uzeste paie (elle…) quotidiennement, 365 jours par an pour préserver cet espace d’expression. Mais je me refuse à laisser croire à nos élus qu’ils obtiendront mon silence en me coupant les vivres. Je jouerai de toute les manières à Uzeste ou ailleurs car je suis ainsi fait mais aussi pour réhabiliter le sens de mots comme citoyen, humain, philosophique, artistique, démocratique,… galvaudés par un contre-emploi abusif dans les discours politiques finalement si abstraits de nos représentants (et non pas dirigeants) institutionnels.

Bordeaux le 7/07/2007
François Corneloup.


Pétition de Pierre Labrot - 8 juillet 2007

LES SUBVENTIONS AUX 30ÈMES HESTEJADA DE LAS ARTS D'UZESTE SONT REDUITES DE MOITIÉ, VOTÉES EN OCTOBRE ET UZESTE DISPARAIT DES LIEUX EN FÊTE DE L'ÉTÉ 2007 DANS L'INFORMATION OFFICIELLE D'AQUITAINE. DÉCISION DES ELU-E-S DE GAUCHE DU CENTRE ET DE DROITE.
LA LOI DE L'OFFRE ET LA DEMANDE QUI VOUDRAIT NOUS RÉGIR EST AU BONHEUR CE QUE FUT LE SOLEIL AU PARADIS DU SOCIALISME RÉEL TANT QU'ON Y CROIT ÇA MARCHE, ÇA MARCHE PARCEQU'ON Y CROIT. Il arriva un temps ou ça ne marcha plus. (Le soleil). Aujourd'hui, chez nous et presque partout, ON voudrait nous habituer à exiger de nous que notre demande de rêve campe dans le territoire certain de la marchandise. La question se pose de qui est "ON". Ca doit être le bon sens, la responsabilité, la main invisible, pourquoi pas Dieu ? Ce "ON" est "L'autorégulation sociale sociétale matérielle et spectaculaire de la société par la main invisible du marché". Une affaire qui marche dans, par, avec l'autorégulation, et accessoirement quelques cruise missiles ou bien des embargos. Cet univers joyeux n'autorise que le rêve FORMATé. Cette sorte de rêve qui n'en est plus puisque démuni de l'inconnu qui fait de nous des HUMAIN-E-S, puisque cet inconnu reste une porte par où nous gardons le pouvoir d'entrer sans que nul puisse nous prescrire le contraire. UN MONDE TRACÉ OÙ SUIVRE LE RAIL D'ARGENT INSTAURE LA DICTATURE DU MATÉRIEL OÙ LA LIBERTÉ DE RIRE DISPARAÎT. L'Humanité, de ses élites à ses plus humbles est un ensemble de citoyen-e-s qui depuis Cro-Magnon s'efforce de dégager des perspectives de vie en interrogeant le RÉEL du monde. Cette interrogation conduisant au MATÉRIEL participant alors d'un nouveau RÉEL, provoquant à son tour de nouveaux CONCEPTS. Nous atteignons les rivages, plus vite que programmé, d'un MONDE DE LA SURVIE. Nous ne pouvons faire l'économie de cette INTERROGATION DU MONDE POUR TRAVAILLER CONCEPTS ET PRATIQUES POUR DÉFINIR LES MODALITÉS D'EXISTENCE DU FUTUR. LAISSER PROSPÉRER L'IDÉE QUE LA MAIN INVISIBLE DU MARCHÉ EST LÀ POUR REGIR LE MONDE REVIENT A LAISSER LE DESTIN DU MONDE AUX MAINS ET CERVEAUX DE CEUX ET CELLES QUE CETTE IDÉE FAVORISE, POUR LA PLUPART INVISIBLES POUR CE QUI EST DES GRANDS DÉCIDEURS-SES. LA MAIN INVISIBLE POSSÈDE UNE TÊTE AUSSI INVISIBLE QU'ELLE. Ces êtres qui nous gouvernent s'autorisent joyeusement de leur pouvoir, pour nous assurer que la loi d'offre et demande n'est même plus une loi, mais une ÉVIDENCE. CETTE ÉVIDENCE DANSE SUR UNE CERTITUDE D'ELITE SOCIALE, QUE VIENNENT RENFORCER LES IMAGES QUE CETTE ÉLITE PRODUIT. IMAGES FORMATÉES DANS ET POUR LE DISCOURS DOMINANT. Ces certitudes éliminent tous les déviants DONT LES ARTISTES SONT AVEC LES POÈTES LES SAVANT-E-S ET LES CHERCHEURS-SES, dont le TRAVAIL NE PEUT ETRE SIMPLEMENT MIS EN IMAGE NE SERAIT-CE QUE PARCE QUE CETTE IMAGE N'EXISTE PAS OU PRESQUE PAS PUISQUE INCERTAINE. Une loi rigide décrétée VÉRITE est un bon moyen que L'HUMANITÉ CREUSE SA TOMBE VITE. Savoir qu'on ne peut savoir universellement le RÉEL est un GARDE FOU, qui exige de tâtonner, tâter, interroger, proposer. UZESTE par les mélanges qu'il organise rassemble auteur-e-s et public SANS A PRIORI AUTRE QU'INVENTER ET PRATIQUER DU NEUF EN INTERROGEANT LA CERTITUDE ET PROPOSER DE L'INÉDIT. L'IMAGE À UZESTE N'EST PAS ICONIQUE, MAIS PROVOQUE L'INTERROGATION DE LA RELATION DU MONDE A SES IMAGES, ALLIANT LE FLOU AU NET ET RÉCIPROQUEMENT. Se mélangent musiciens et chimistes, acrobates et syndicalistes, dans un univers où les gens se rencontrent,c e qui devient difficile par nos temps, pour se découvrir les uns les unes et les autres et découvrir que les uns les unes et les autres SONT PORTEUR-E-S D'IDÉES ET DE PRATIQUES découvrant des territoires de VIE, plus loin que la SURVIE. NOTRE MONDE DE LA SURVIE EST UN MONDE DE PANIQUE, voué a un destin qu'il ne contrôlera plus SI NOUS LAISSONS L'AUTORÉGULATION SUPPOSÉE BÉNÉFIQUE DEPLOYER SA LOI. Uzeste est un monde de plaisir où LE MATÉRIEL NE DEVORE PAS LE SPIRITUEL, et en plus invente un nouveau rire, celui d'une humanité SACHANT QU'ELLE GARDE LE POUVOIR D'ÉCRIRE SON DESTIN. CE TEXTE POUR VOUS INCITER : CITOYENNES CITOYENS ÉLUES ÉLUS ARTISTES (AU SENS DE ROBERT FILLIOU : L'ART EST CE QUI REND LA VIE PLUS INTÉRESSANTE QUE L'ART) PROMENEUSES PROMENEURS TOURISTES VILLAGEOIS VILLAGEOISES ADULTES ENFANTS VOUS SUGGÉRER DE SOUTENIR UZESTE ET DEMANDER QUE LES SUBVENTIONS LUI SOIENT MAINTENUES AU NIVEAU DES EXIGENCES DE NOTRE FUTUR ET DU SIEN NOTAMMENT AUPRES DES ELU-E-S D'AQUITAINE ET DE L'HEXAGONE.

Vous pouvez signer en ligne
auprès de pierre.labrot87@orange.fr
Tel :05 55 00 97 96
Texte sur http://amisdelaruedaguerre.free.fr


Compagnie Lubat : les précisions du Conseil Général de la Gironde - 13 juillet 2007

Le Conseil Général de la Gironde a engagé ces dernières années une politique culturelle et artistique ambitieuse. Celle-ci passe notamment par le soutien aux compagnies, aux lieux de diffusion, aux festivals, à l’émergence de nouvelles pratiques, à la professionnalisation et à l’emploi.
Les Scènes d’été en Gironde occupent une place particulière et originale dans le paysage culturel girondin avec des manifestations de qualité organisées sur tout le territoire départemental dans un souci d’ouverture, de découverte, d’éducation et de convivialité.
Le travail de concertation permanent, le dialogue établi avec les professionnels, les modalités de l’aide financière donnent satisfaction à la majorité des opérateurs dans une contribution partagée.
La Compagnie Lubat, emblématique et au succès reconnu, bénéficie depuis longtemps d’un appui important du Conseil Général de la Gironde. Sur cette même période, les responsables de la Compagnie se sont appliqués à réfuter, contester la politique départementale tout en maintenant leurs exigences financières.
Nous ne pouvons aujourd’hui que constater le refus des responsables du Festival de s’inscrire dans un projet départemental ouvert. Elle n’a d’ailleurs pas souhaité participer aux Scènes d’Eté en Gironde et son positionnement dans l’animation territoriale reste conflictuel.
Constatant avec regret cette attitude et la volonté de la Compagnie Lubat de ne pas retenir les propositions du Département, ce dernier a néanmoins décidé de poursuivre l’aide à la création par une subvention qui sera présentée à une prochaine Commission Permanente.
Cette ouverture renouvelée marque la volonté du Conseil Général de la Gironde de poursuivre l’aide à la création et la reconnaissance d’artistes de talent.

Contact presse :
Séverine LAVERNY
Esplanade Charles-de-Gaulle
33074 Bordeaux cedex
05 56 99 33 59 – 06 10 78 76 02
s.laverny@cg33.fr


... des raccourcis qui frôlent la contre-vérité...

Nous venons de découvrir le communiqué du conseil général de la Gironde.
Même si notre temps est précieux, à quelques semaines de la 30e Hestejada de las arts, nous ne pouvions pas laisser sans réponse des raccourcis qui frôlent la contre-vérité ainsi que des ambigüités, des inexactitudes qui laissent interrogatifs sur la connaissance des dossiers.
Le conseil général de la Gironde a décidé de diviser par deux les subventions allouées à l’association Uzeste Musical (et non pas à Bernard Lubat). A Uzeste, nous ne nous contentons pas de travailler à la programmation d’une manifestation « culturelle » durant les périodes estivales.
Cette association, tout au long de l’année, organise avec ses moyens, rencontres, concerts, stages, découvertes de la lecture avec la complicité de la Maison de la Mémoire en Marche, et enfin, l’Hestejada de las arts. Ce travail de fond en milieu rural ne pourrait pas exister sans Bernard Lubat et sa compagnie. Et c’est là, la différence. Cette association essaie de faire vivre un laboratoire de recherche transculturelle en milieu rural. Nous employons trois personnes à l’année, parfois sous forme de contrats aidés comme beaucoup d’autres associations, ce qui est loin de nous satisfaire.
Nous avons toujours affirmé un parti pris, celui qui fait que l’art n’est pas à prendre ou à laisser, à consommer avec son paquet de pop corn dans une sorte d’adoration béate. Tout au contraire, l’approche de la création artistique doit être vécue comme une porte ouverte sur d’autres possibles, d’autres visions du monde, comme une forme de mouvement qui ne se laisse pas enfermer dans un dictat déterminé par l’audimat ou par une conception de retour sur investissement. Dans une période politique, sociale et culturelle tourmentée, ce rapport à la création, à la culture, a toute sa place pour lutter contre un populisme ambiant qui asservit la pensée et l’intelligence.
Uzeste n’est pas le seul lieu qui tente de garder intacte cette démarche mais, force est de constater que cela est de plus en plus difficile.
On ne peut que s’interroger sur l’argumentation du conseil général qui, tout en qualifiant la Compagnie Lubat comme « emblématique et au succès reconnu », lui refuse le droit de contester la politique culturelle départementale, au risque de perdre tout ou partie de la subvention.
Drôle de conception de la démocratie, du rapport de l’art et des artistes à la politique… Nous sommes persuadés que si un ministre de la culture du gouvernement actuel décidait de supprimer des subventions à n’importe quelle compagnie artistique, au regard de son appartenance philosophique ou politique, et non au regard de la qualité du travail de création dont elle aurait fait preuve durant trente années, le conseil général de la Gironde s’en offusquerait et il aurait raison… Le conseil général omet de dire que depuis 2000, année de la grève de l’Hestejada de las arts, la subvention a été régulièrement revue à la baisse.
Quand il affirme que nous aurions refusé de participer aux Scènes d’été, nous ne pouvons que contester cette allégation. Jamais nous n’avons refusé car jamais nous n’avons été interpelés… (ou bien : nous avons fait parvenir les dossiers dans les temps mais apparemment ils ont été classés verticalement)…
Voilà ces quelques précisions pour la clarté des débats. Notre association et ses nombreux adhérents, remercie les témoignages de solidarité que nous avons reçus. Elle va tenter de survivre et de maintenir les emplois nécessaires mais insuffisants, au regard du projet, et des projets, que nous portons depuis trente ans ; ce qui n’est pas gagné.
Chacun prendra ses responsabilités et en assumera les conséquences. Quant à nous, avec les adhérents et les spectacteurs, nous poursuivrons le débat pour que les artistes puissent s’exprimer librement sans avoir à subir le chantage de l’octroi ou non d’une subvention. Nous sommes toujours debout. Et cette 30e Hestejada qui se déroulera dans des conditions précaires, sera un rendez-vous solidaire..

Alain Delmas
président d’Uzeste Musical


19 juillet 2007 Communiqué de Jean-Jacques Paris, Vice-président du Conseil Général de la Gironde :

"... Uzeste Musical participe de ces espaces qui tiennent tête à la mise au pas de la culture aux seuls critères du marché..."


7 août 2007 à télécharger : CG33, le K - Opéra administratif

Jean-Michel Lucas répond au Communiqué du conseil général de la Gironde :

"Il y aurait au Conseil général de la Gironde des élus qui auraient, par les vertus de la démocratie représentative, la compétence pour distinguer les manifestations artistiques de « qualité » et celles qui ne le sont pas ! Bel exploit !
Par quel miracle républicain, l'élu parvient-il à éviter l'arbitraire en classant, dans les arts en train de se faire, le « bon » et le « mauvais », la « découverte » et le banal, « l'ouverture » ou la reproduction du même ? Poser la question, c'est immédiatement avoir la réponse : aucun élu ne prétend détenir cette compétence artistique par le seul fait qu'il est élu ! Par conséquent, qui possède ce mystérieux pouvoir de hiérarchiser la qualité des manifestations, au nom de l'intérêt général ? On s'en doute : les élus s'appuient sur les avis de leurs techniciens spécialisés, mais cette réponse revient à reculer pour plus mal sauter encore, car l'explication ne lève pas le doute sur l'arbitrarité des choix par les politiques ?

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