Dimanche 13 février
« Je ne tituberai point à ta rencontre » (Aimé Césaire)
Un dimanche où la ville s’endort, où l’Église se réveille, où les volets se ferment et les rues se désertent, petit à petit.
Il y traîne une forme d’errance, une misère à plusieurs têtes.
J’ai tenté d’écrire ceux-là, celles-là, marchant ou rampant sur le bitume, sans but, ou si futile, ou si simplement de survivre. À quoi ? impossible de le dire, ou de l’entendre. Ils tendent la main, chutent au sol, s’endorment. Ils se relèvent et sont à chaque fois davantage tombés.
Les textes d’Édouard Glissant me reviennent à l’esprit. Je n’écrirai pas cela, je n’ai pas assez lu. Ni de livres. Ni de regards. Voilà qu’ils se contentent de tomber, laissant aux autres cela d’être debout. Voilà que la pensée fléchit, à voir très près, l’ignorance.
Le questionnement.
Puis à quelques kilomètres, la mer des Caraïbes, insolente de soleil, de rires forts à cette heure-là du jour, du repos dominical qui permet ce laisser vivre.
Fort-de-France n’est pas une carte postale.
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S’ouvrir à l’ailleurs, c’est se tourner vers l’ici.
Terre de sable aussi, et de pins, désertée aussi terriblement, perdue aussi dans ses certitudes.
Uzeste se profile, s’immisce dans les troublants trous noirs de cette île. Uzeste arrive à la pointe de la phrase, ce qui se diffère, se met parfois à se ressembler tellement.
Il est offert de chercher à comprendre, il est là, le doute d’être au monde, lutteur d’idées reçues, d’enfermement pluriel, de petite mort du sens.
Là-bas, le combat trouve ses objets, précise ses stratégies, améliore ses tactiques.
Ici, il demeure, devenant un « absolu combat », sans objet, sans forme, sans précision.
Juste la même urgence, juste le même refus. Si humble du transport, si grand de se continuer ailleurs.
L’artiste se déplace et se devient ainsi.
Uzeste ne se doute de rien. Mais nous l’avons dans les yeux, dans les poches, dans la bouche.
Construction – Déconstruction.
Va savoir où nous allons, nous y sommes.
Nous savons d’ores et déjà que ce sera long. Qu’accoster l’autre ne peut-être une hystérique explosion de désirs. Qu’il faudra plusieurs années et plusieurs doutes, et tant de mots et de notes, pour construire l’ « Opéra transatlantique ». Nous ne savons rien de précis, juste que les problématiques, de l’art, du politique, de l’humain, sont profondes. De cette profondeur-là, il n’est pas question de survoler. Lubat parle du « tout monde », la musique s’en évade, à nous de laisser le temps pour que cela se dise. Une fois de plus nous sommes loin de l’évènementiel et du divertissement. Uzeste est un grain de sable, la Martinique aussi, et pourtant il y va de l’immense à penser, à jouer, à divaguer.
Parce que nous sommes cernés d’« identités rassasiées », nous irons loin dans la déconstruction des oeillères.
C’est par où ?
Nathalie-Dalilà Boitaud
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«mots d’enfants»
interview de Célerine (8ans) et Wayne (11ans). Ils habitent Schoelcher, à quelques km de Fort-de-France.
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l’ancien Hôtel de ville, présidé des années par Aimé Césaire. Devenu aujourd’hui le théâtre de Fort-de-France, dirigé par Michèle Césaire.
Deux phrases d’Aimé Césaire sont inscrites sur les murs :
"Silex, haut à brûler, la nuit épuisée d’un doute à renaître. La force de regarder demain." "Haïr c’est encore dépendre. Moi, j’ai une fois pour toutes refusé d’être esclave".
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la bibliothèque Schoelcher (abolition de l’esclavage en 1848). Cette bibliothèque est un peu la Maison de la Mémoire en Marche d’ici.
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