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La nuit du créolien 19 août 2004
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La promesse du philosophe 22 août 2006
Une nouvelle région du monde novembre 2006
Chao[s]péra 19 janvier 2007

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Créolis'action - Chronique 5

Jazz ici - la martinique

mercredi 16 février

Que dire de plus du coq ?

Toujours une errance à la pointe de la plume. Les doutes nous traquent à la gorge à en devenir les uniques certitudes possibles. Il n’y a pas de recette. Nous allons à l’abordage de l’autre dans ce qu’il veut bien nous en dire, à l’abordage d’une histoire à lire dans chaque grain de sable ou de bitume.
Alors plusieurs vitesses
Alors plusieurs chemins
Alors
Plusieurs élans.
Rien n’est sûr.
Chercher la justesse.

Nous avons dans les mains à fabriquer le désir d’être là. De se trouver chacun si différent, de se transparaître dans l’autre qui ne nous a rien demandé et qui parle tant. Pourtant.

Une journée encore, le temps ne compte pas.
Nous ne sommes pas pressés.
Nous n’avons pas de temps à perdre.
Une contradiction, oui, mais n’est-ce pas la moindre des choses, là, dans ce là, là ?

L’Atrium ouvre ses portes.
Bruno Sentier est une voix un regard un geste.
C’est bon d’être plusieurs.
Il y a cela où nous prenons le risque, où le risque nous prend, où nous risquons de prendre.
Il y a cela, où seul compte d’être vivant.
Survivant de soi, de ce transport soudain, de ce détail à l’autre, d’un instant pour s’oublier si loin, que l’on s’y retrouve.

Et toujours en désir de nos âmes, cette question : c’est par où ?
Déliement de langues à l’orée d’un verre de sucre, les mots se déplacent vers un universel, un passé commun, un devenir proche, un autre langage. Le rythme.
Papiers, stylos, tentatives de reproductions, essais marqués noir sur blanc, sillons de mer, rien n’est bleu, il y a un tambour qui courre sur la poitrine.
Un tambour, ce n’est rien, peut-être, sauf quand cela devient lire écrire et penser.
Outre- Atlantique, Outre-monde.

Aller outre.
Ce n’est nulle part, ou alors partout.
Les débuts de journée, ou les fins se posent les mêmes questions, nous allons de l’un à l’autre.
Les phrases s’étalent. Le théâtre de Fort-de-France est ouvert ce matin, comme chaque théâtre de vie. Oui, mais où est le plateau ?
quelle est la dramaturgie ?
Ici, pas de metteur-en scène, pas d’écriture ni de par cœur, pas de répétitions. La rue, la café, le hall du théâtre, la voiture est ses kilomètres potentiels, chaque chose autorise la mise en jeu. La suggère comme une façon de se traîner dans l’île de soi.

Nathalie – Dalilà Boitaud

Les traditions

Les traditions sont importantes, omniprésentes sur l’île
Base de tout envol, de toute créolisation
Le Bèlè, la Biguine, la Mazurka créole et bien d’autres que je ne connais pas sont pratiquées, transmises, analysées, mais aussi folklorisées. Là, sur une île qui tourne un peu en rond, la tradition se répète pour être maintenue à la surface, souvent dans une forme définie définitivement.

Halte à la Doudouisation comme dirait la responsable de DRAC Martinique

On peut faire les fiers, mais c’est pareil chez nous sauf que l’on habite pas sur île. Malgré ces difficultés à pousser la tradition vers devant si on analyse de près la pratique du tambour Bèlè, on découvre qu’une de ses facettes est pensée à partir de l’improvisation. Une improvisation entre le tambour et la danse, sur un rythme déterminé mais, qui évolue grâce au dialogue danse/musique. Car le ou la danseuse fait des pas qui ont un impact direct sur le rythme. En fonction de ce que propose la danse, les accentuations se déplacent, s’intercalent, se créent.

Yoann Scheidt

Les tambours du bourg versant créole :
Tambour BÈLÈ (prononcer Béléou)
Petit glossaire évolutif (à la fin, vous n’aurez toujours pas tout compris...)

Bèlè: Expression artistique traditionnelle autour du
chant, de la danse en quadrille et du tambour. Soutenue par des
idiophones appelés ti-bwa. Un genre que l’on retrouve à la Martinique,
dans la région de Sainte Marie (au Nord Est).

Ti-Bwa: Deux grosses baguettes taillées dans du bois
dur, servant d’idiophone, marquant le tempo durant le morceau de BÈLÈ,
de danmyé, de kalenda, ou de lafouy té.

Danmyé: Une forme de lutte qui se déroule dans un
cercle, un affrontement entre les lutteurs qui viennent mesurer leurs
forces sur le rythme du tambour, du ti-bwa et du chant.

Kalenda: la plus ancienne des danses d’origine
africaine. Elle ne fait pas partie du répertoire BÈLÈ. Sa chorégraphie
est plus libre que les danses BÈLÈ. Le danseur ou la danseuse est seul
(e), face au tambour. Beaucoup d’improvisation dans le jeu.

Lafouy-té: Une danse des champs. Durant les travaux
agraires (lors des labours), les paysans de cette région de Sainte
Marie la pratiquait, toujours au rythme du tambour, des ti-bwa et du
chant.

Un autre Estaminet ?

Rencontre avec Olivier Barouh, directeur du Calebasse Café.

Il est 14 heures 30, nous avons rendez-vous avec Olivier Barouh, dans un café, à la capitale.
Installation sommaire, micro accroché comme possible, dialogue à plusieurs voix.
« - Dis, tu as préparé des questions toi ? »
« - Non plus... »

Allons-y ainsi. Nous verrons bien. Bien, sûr, nous ne sommes pas très objectifs (est-ce possible ?). Il y a une curiosité, une volonté à plusieurs milliers de kilomètres, qui se nomme l’Estaminet et ses 30 ans d’histoires, et ses impossibles et sa survie. Le Calebasse Café lui ressemble, ,la scène est aussi sobre, il y a des tables et des chaises et des gens qui passent. Une odeur de cuisine, celle-là même que nous avons dû oublier de rêver. Des disques à écouter, des artistes qui s’y tentent, pignon sur rue, et des idées qui rodent dans le plancher, les recoins. Alors, eux, comment font-ils pour faire ?

Olivier Barouh, directeur du Calebasse CaféPour la petite histoire :

Responsable d’un lieu expo, concert, bistrot à Paris Bastille , pendant plusieurs années, il participe avec des amis martiniquais, à l’organisation du festival Caraïbes en Seine-Saint-Denis. Il apprend à parler créole rapidement. On lui propose un espace à la Martinique pour qu’il y développe le même concept qu’à Paris.
9 ans plus tard il y va. En 1997. le lieu existe, aux Marins. À trente kilomètres de Fort-de-France. Ville de 7000 habitants, dotée d’une marina accueillant 1000 bateaux.
Il est déçu par la première image que lui renvoie l’île. « c’est trop français… » dit-il. Trop semblable, envie d’ailleurs.
Il élabore tout de même le dossier pour aider ses collègues. Il revient et découvre une réelle identité créole. Des racines culturelles qui le séduisent. Puis il ne veut plus partir.
Il lâche tout. Il s’installe aux Marins. Au départ, il n’y a rien. Du béton, de la jungle, une friche. Il obtient l’accord de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, le lieu devient une SMAC (scène de musiques actuelles). Travaux. Il ouvre le 3 août 2001 ; en même temps que le festival du marin, organisé par l’Office Municipale de la Culture. C’est parti. La salle est pleine pendant dix jours.

Ce n’est qu’un début...

Aujourd’hui, le lieu fonctionne avec assiduité : restauration toute la semaine, midi et soir.
(activité gérée sous la forme d’une SARL). Mais le but n’a jamais été d’ouvrir un énième restaurant, Olivier Barouh a d’autres rêves. L’équipe s’est constituée en association Loi 1901, et emploie trois personnes au quotidien. Elle organise trois concerts par semaine (jeudi, vendredi et samedi), avec pour mission de proposer aux musiciens martiniquais essentiellement, un lieu où jouer, ou présenter des travaux en cours, des créations.
Elle invite également des artistes plasticiens à exposer leurs œuvres, ainsi, toutes les trois semaines , de nouvelles toiles arrivent, à la rencontre de l’univers boisé du Calebasse.
Outre la programmation, cet espace dédié aux artistes, leur est ouvert dès qu’ils le désirent, pour travailler la musique ou l’image. Il devient lieu de résidence artistique, offrant ainsi les moyens nécessaires à la réalisation de projets.
Les musiciens sont tous membres actifs de l’association, qui compte aujourd’hui 500 adhérents. Avec plus de 800 adresses inscrites, Internet occupe une place importante dans la communication. Une fois par an, l’équipe se mobilise pour mettre en œuvre le « Festival des sens », extra-muros, devant le café, sur la plage, 24 heures non-stop de notes dans le vent.

« Ils soutiennent tous nos projets »

La Mairie du Marin voit d’un bon œil l’existence d’un tel lieu. On se demande comment est-ce possible, on arrive à trouver le « normal » extraordinaire...
En effet, depuis les débuts, pour l’obtention du label Smac, l’équipe municipale soutient le projet Calebasse Café. Une aide logistique importante est également précieuse, notamment lors de l’organisation du festival. L’association peut ainsi se considérer comme active, au sein de la vie communale. Les habitants du Marin sont présent, comme client pour déjeuner ou avec leurs oreilles lors des concerts. Un seul hic, dans cet espace qui nous semble idyllique (il faut dire que nous essuyons certains traumatismes à cet endroit-là), il y a beaucoup de musiciens marinois, pourtant, ils ne profitent pas de l’espace offert, alors que de nombreux musiciens venus de l’île entière semblent avoir compris l’opportunité d’un tel endroit. « Ce n’est pas faute de leur proposer », nous explique Olivier. « Je leur dis souvent de venir pour jouer ou répéter, ils ne viennent pas ». Quand on lui demande son avis sur le pourquoi, il répond : « C’est peut-être trop près de chez eux. Cela donne à penser, une impression de déjà vu...

Pas un geste :

La Mairie et la DRAC s’inscrivent comme des partenaires officiels et fidèles, ce n’est pas le cas du Conseil Général, ni Régional, qui n’ont pas fait « Un seul geste pour l’instant ».
Frilosité ? Indifférence ?
La confiance est longue à s’installer, et malgré trois années d’existence, il y a toujours des comptes à rendre, des preuves à donner. Olivier ne perd pas espoir de faire bouger les choses, on sent tout de même que le bas blesse, on évoque une possible « saturation des subventions », la verve est moins enthousiaste… Olivier évoque le « manque de moyens humains pour développer certaines activités, comme l’éducation artistique, qu’il aimerait mettre en place de façon plus régulière ». Il précise qu’aucun endroit ne propose cela, master class, recherches artistiques ; qu’à côté des écoles de musique dîtes traditionnelles, aucune forme d’apprentissage « alternatif » ne parvient à s’encrer. Cela reste un désir qui ne semble pas trouver d’écho.
Il évoque également « le premier étage qui explose », le manque de place. Cela qui nous titille depuis la rue Faza, comme si dans certains domaines, le mot « subventions » serait le complément d’objet direct du mot « désir », et que viendrait tout près le mot « hélas ».

Pas de discrimination par l’argent :

Au Calebasse Café, les concerts sont gratuits. Pour Olivier Barouh, permettre l’accès aux concerts à tous, sans discrimination d’ordre économique, est essentiel. Il souligne avec humour que « les plus fauchés sont souvent les musiciens ».
Il précise également que cette volonté éthique est un moyen d’ouverture vers un public qui, sans cela, resterait hermétique à la musique proposée.
« Ceux qui viennent juste boire un verre, ou ceux qui ne font que passer », ceux-là qui prendraient la fuite s’il était question de payer, se retrouvent embarqués dans un univers, découvrant ce qu’ils ne connaissent pas. Peut-être alors qu’ils trouvent cela agréable, et qui sait, peut-être reviendront-ils, pour la musique cette fois-ci...

Olivier Barouh, directeur du Calebasse CaféLe plaisir comme moteur :

l'art n'est pas une marchandise Olivier Barouh, qui fut jadis musicien, et regrette quelques peu d’avoir laisser son saxophone au placard, faute de temps : « Je me suis rendu compte que je ne pouvais pas tout faire, dit-il. J’ai dû faire un choix » ; s’impose une ligne de conduite dans sa démarche artistique. Non, il ne suffit pas d’avoir un instrument pour monter sur la scène du Calebasse. Sur une île où le folklore semble étouffer la création et l’innovation, il explique que ce qui l’intéresse avant tout se trouve du côté de la création. Il refuse les « ambianceurs », et souhaiterait encourager une fougue artistique ambitieuse, tournée vers l’avenir.
Rêve ou réalité endormie ?
Une fois de plus pour penser et tenter de comprendre, le temps s’avère nécessaire.
Cela dit, il conclue en disant « toute cette histoire ne serait rien sans plaisir ».
Il y a des mots qui résonnent de façon universel non ?

Propos recueillis par Yoann Scheidt et Nathalie-Dalilà Boitaud.

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