Que dire de plus du coq suite et fin
Bleu blanc rouge
C’est fait
Il fallait bien que cela arrive
Oui nous sommes blancs, oui oui ,nous venons de là-bas, comme on veut la France ou la métropole ou l’hexagone.
De là où il y aurait de l’argent, beaucoup d’argent.
Oui bleu blanc rouge
Mais non, nous ne sommes pas des producteurs.
Comment le dire sans dégainer nos dernières notifications ASSEDIC : « Madame Monsieur, vos droits touchent à leur fin ». merci pour l’éventuel début.
Trois cartes bleues sur six sont bloquées. Nous n’avons pas de chéquier...
Comment le signifier sans tomber dans le cliché tourisme et jazz, pour cela arborer des tongs et un bronzage loupé, en rouge avec des marques, et prendre des séries de photos inutiles à poser devant des monuments, avec le sourire SVP. On va éviter. Il est interdit de se promener sur la planète inconsciemment, merci...
Comment expliquer 30 ans de précarité uzestoise en 3 minutes. Une photo de madame le Maire serait plus efficace, plus immédiat. C’est à cogiter...
Comment transcrire nos difficultés sans pleurnicher.
Qui sommes-nous sinon debout ? Oui, ça vaut le coup.
Il faut dire aussi que parler à son voisin n’est déjà pas si simple, alors à son voisin de 8000 kilomètres...
Une solution, un cheminement : le chemin dans l’autre sens...
Rencontre avec Dominique Daeschler, à la Direction Régionale des Affaires Culturelles.
Elle dit ne pas vouloir « hystériser sur ses fonctions, parce que nous n’avons pas toujours les réponses aux questions. »
C’est bon à entendre.
Il est question de résidences. Je pense que nous pourrons avancer ensemble.
Bleu blanc rouge
Evitons les clichés ;
C’est par où ?
Oui, c’est par l’art...
NDB
Morne Macroix s’écroule...
Mercredi 26 mai 2004, dans le quotidien France-Antilles, les derniers habitants du Morne Macroix, situé sur les hauteurs de Bezaudin quittent leur maison. Catastrophe naturelle, grand glissement de terrain. La nature se révolte, de ses entrailles jaillissent des blessures, elles semble se fâcher contre les hommes. Malediction des Dieux, ronde des esprits qui ne trouvent pas le repos ou simplement événement de géophysique.
La légende dit que de se morne, durant l’esclavage, on lâchait dans des tonneaux les fugitifs, les Nègres qui marronnaient, que l’on avait rattrapés. Les barriques déboulaient alors la pente et se fracassaient en contrebas. Ça servait d’exemple.
Macroix l’insolente s’est modernisée, la trace s’est élargie, depuis Font Verville on y accède. Fini les pieds dans la bonne terre glaise ou les fesses meurtries sur le bât du mulet. Les voitures peuvent allègrement grimper le raidillon sans problème. On a aussi bétonné les petites sources et ruisseaux qui coulaient des ravines, des entrailles de la terre. Les quelques familles qui y vivaient, dont certaines issues de la tradition bèlè (les Jupiter, les Vitélius, les Quatres-vents…), ont amélioré leurs petites cases, les remplaçant souvent par des mures de parpaings et du béton plus résistants. Des maisons souvent construites rapidement, sans trops parfois respecter les règles de l’art. Une volonté de sortir de la pauvreté, de la terre battue, de l’humidité, de regarder confortablement la télévision, de s’adapter au monde moderne...
Ce morne ne déverse pas de la lave brûlante, il ne crache pas son venin, il se lézarde, laissant des saignées béantes. Il veut tout avaler, tout absorber, tout emporter dans sa chute qui est imminente. On ne peut plus rien pour le Morne Macroix, on sait par contre qu’il sera rayé de la carte de Bezaudin. Impuissants, les habitants, les techniciens surveillent lentement sa descente aux enfers ; une chronique qui vient alimenter les discussions. Une petite montagne qui a décidé de rouler bientôt toutes ces maisons en dure, de les écrouler comme des châteaux de cartes, de les presser comme de la pâtes à modeler.
Les derniers maîtres du bèlè assistent aussi sur les hauteurs à ce phénomène tragique du troisième millénaire. Ils savent qu’ils ne seront plus là, comme se morne, ils observent aussi doucement l’effritement de la tradition bèlè. Dans leur regard, dans leurs paroles, ils sentent que le bèlè, cet art qu’ils ont connu, est bel et bien terminé. Comme le Morne Macroix les hommes ont été trop téméraires, trop pressés, oubliant les valeurs qui fondent, qui font durer une société, une culture. L’éclatement de cette terre symbolise les fissures, les faillent de cet univers bèlè qui, malgré son expansion, n’a pas le bon rythme, ne trouvera peut-étre le son son-piano, la danse kalenda.
Macroix danse, défiant les humains qui désemparés, regardent cette dernière danse des esprits, cette dernière kalenda, rythmée par le tambour des défunts : Jean Annette, Galfétè, Boniface, Cébarec, Féfé, … Les derniers vieux maîtres sentent que tout n’est pas perdu, que le vent tourne mais que l’esprit du bèlè irriguera toujours les forêts, les rivières, les cités, les mégapoles… Les rhizomes ressortiront, l’herbe repoussera aussi après le glissement béant bientôt sur les flancs de Macroix.
Vallée artificielle, bèlè modifié, bèlè blogodo présenté comme authentique, mais aussi musique actuelles, transformées, recomposées, fortes, puissantes, dégageant générosité, cadence, respect des aînés, rythme, mystère, résistance, une certaine philosophie de la vie.
Le bèlè n’a t’il pas toujours été avant tout l’expression du trouble ?
Muddy Waters dans une interview disait : « … les gens ne voient pas que le lien entre Muddy Waters et le rappeur P, c’est le blues. C’est parce qu’il exprime un malaise. Il est fait par des gens qui n’ont pas vraiment une voix, qui n’ont pas la possibilité de s’exprimer. Lorsque l’on dit de quelque chose que c’est la musique du diable, c’est le premier signe qu’il y a du blues dedans… »
Le bèlè continue aussi et continura son parcours frénétique avec ses nouvelles pousses rampant dans l’espace du monde. Dans les voix caverneuses, cassées, dans les battements nayabingi des rastas, dans les sonorités bèlèboumbap, dans les voix des banlieues de Seine Saint Denis, à Sowetto, en passant par la Guyana….Ces voix de faussets, ces voix gutturales, ces voix nasillardes qui continuent à se faire entendre par delà les frontières. Tous ces « braillements » et tous ces mystères autour du bèlè avec ses sociétés secrètes, animeront le feu sacré de l’esprit dans les grandes forêts et dans la « concrete jungle ».
Texte tiré du livre La ronde des derniers maîtres du bèlè
De Jean Marc Terrine
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Rencontre avec Bernard Lagier
(musicien, responsable du service culture de l’ANPE)
En ce qui concerne la musique, ici, les musiciens fonctionnent essentiellement en groupe, s’il est question d’individu, alors, c’est une « tête d’affiche ».
En ce sens, Bernard Lagier précise : « C’est certain que votre démarche risque d’être très différente, parce que les gens ont du mal à se détacher de cette notion pour pouvoir aller vers quelque chose d’autre et explorer. Il est vrai que l’aspect « multi thématique », ce mélange des pratiques et des genres, de votre proposition peut interpeller. »
On a tendance à penser tant mieux, nous sommes là pour ça.
 La Martinique est un petit pays du point de vue de sa surface, mais artistiquement, il existe un véritable bouillonnement, dans tous les styles. Ici, il y a un côté « éponge » ; alors les musiciens forment des groupes pour s’inscrire dans un genre musical bien défini : on joue soit de la salsa, soit du hip hop, soit du jazz, soit de la musique traditionnelle. La réceptivité est forte, avec ses bons et ses mauvais côtés. Cela permet en effet d’ouvrir ses oreilles et d’apprendre, mais cela risque aussi de faire oublier un passé qu’il y a pourtant à re-exploiter. Nous sommes au cœur de la problématique : du neuf avec l’ancien.
En théâtre ou en danse, il semble que la perméabilité soit plus importante. On y marie plus facilement les pratiques : danse, musique et théâtre s’inter – nourrissent. Un comédien est « un peu musicien, un peu danseur ». Cela présente aussi un risque : « On se débrouille ici, on se débrouille là. On ne cherche pas à s’élever. Cela génère des faiblesses dans la volonté de s’élancer vers l’avenir. »
Vous avez dit intermittents du spectacle ?
Il existe 300 intermittents du spectacle environ, à la Martinique. Ce chiffre fluctue régulièrement. Cependant il y aurait un millier d’artistes qui souhaiteraient bénéficier du statut, mais n’y parviennent pas.
Précisons tout de même que le taux de chômage à la Martinique est de 30 %, ce qui fait froid dans le dos quand on sait, comme le précise Bernard Lagier que « tous les sociologues sont unanimes pour dire qu’un taux de chômage en métropole, supérieur à 10 % provoquerait une révolution, une explosion sociale ». En France, 80 % des personnes inscrites à l’ANPE touchent une allocation chômage, à la Martinique, seulement 30 % des inscrits en bénéficient.
Les rapports sont inversés, ce qui s’en ressent culturellement.
D’autant plus qu’il existe une réelle étroitesse du marché, dans la mesure où il y trop d’artistes par rapport aux possibilités concrètes : « la bagarre sur le marché est relativement âpre ».
C’est aussi pour cela qu’il n’est pas question de perdre son temps. S’offrir le luxe de la recherche artistique sans autre but que la recherche est un défi en métropole. A la Martinique, c’est une véritable lutte: « Quand vous voulez monter un groupe, vous vous adressez à des musiciens. La première question porte sur l’argent : Est-ce qu’on va gagner des sous ? Est-ce qu’on peut répéter le moins possible pour gagner de l’argent très vite ? . Pourtant une démarche de construction n’est pas une démarche de production. »
On voit bien qu’il n’est pas question d’art dans ce qu’il a de gratuit et de divagation.
Alors s’il n’y a pas de travail sur l’île pour les artistes, qu’en est-il du rêve de métropole, comme un eldorado où tout serait merveilleux. À cela Bernard Lagier répond :
« Bien sûr, ce sentiment est très fort, d’autant plus qu’il est majoré par le fait qu’être artiste n’est pas encore considéré comme une activité professionnelle. Ici, à l’ANPE, c’est mon travail d’expliquer aux gens que l’activité artistique est un métier et que, comme tout métier, il ne suffit pas de dire qu’on y est… Il faut avoir une posture artistique, ce qui n’est pas toujours clair. Cette posture artistique est avant tout une capacité à se remettre en question, à prendre des risques, à aller vers l’autre. C’est ce que vous faîtes, non ? »
 « Votre démarche constructive basée sur l’échange ne peut qu’interpeller et provoquer du doute chez celles et ceux qui ne savent pas où ils en sont. »
Cela semble évident, et nous le sentons. C’est pourquoi, il va être capital pour nous de donner à voir et à entendre ce à quoi nous jouons, pour ouvrir un espace à inviter l’autre dans un désir possible. L’échange artistique aura lieu dans les deux sens ou n’aura pas lieu. Notre pratique ou plutôt, nos pratiques ne sont pas sûres. Nous cherchons également à être bousculé par les propositions. Le doute, la prise de risque agit dans les deux sens. Nous prendrons le risque d’aller vers eux, pour les inciter, de façon très humble, à prendre le même vers nous.
Le mot « humble » l’arrête, il en dit que le mot fort dans la démarche est bien celui-là.
Il est vrai, c’est vers cela que nous tendons. D’où la notion d’humilité qui donne à ces instants leurs teintes tremblantes. Édouard Glissant questionne quant à la pensée du tremblement. Lubat joue des mots : la penchée du tremblement. Se pencher vers l’autre en tremblant.
Nous y voilà.
Qu’est ce qui est alors, de l’ordre du plongeon ?
Qu’est-ce qui est de l’ordre de la chute ?
Seuls les actes de dire, de penser de jouer nous apportent quelques maigres réponses, suscitant d’autres questions. Pourtant, il y a là quelque chose de si juste. Ainsi posé , le penchement vers l’autre, humble et fier, donne à parler. Bernard Lagier, reprend sa « casquette » de musicien et nous livre ses difficultés, au sein de sa formation musicale, à mélanger les genres, à élancer la tradition vers une modernité à découvrir.
Il aborde la question du rythme (de nouveau, il y a quelque chose du langage universel), nomme un tambour pour nous inconnu. Les mots s’envolent. Yoann Scheidt questionne, Bernard Lagier dessine pour lui le dit tambour. Croquis sommaire, pourtant ils se comprennent. Le rythme se chante, se dit et s’écrit. Il y a là une passerelle sensible qui se tend. Une lumière allumée. Au-delà des différences, des problématiques, des inquiétudes, il reste le désir. La passion.
NDB
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