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Ceux-là du monde Poésie de la rue
Celui qui s’agenouille au moindre coup de vent
Les deux membres au sol sous une chaleur noire
Implorant une pièce puis deux
Lève toi lui dit-on, sans voir qu’il est déjà couché
Sous terre
Celui qui marche les mêmes dix mètres d’angoisse
Dans un sens puis dans l’autre
En jouant des deux jambes
Autour des obstacles symétriques
Ballet de fou Pignon sur rue Chacun évite
Celle qui a chaque jour
Neuf chapeaux de paille sur une seule tête
Ses lèvres parlent seules
Elle ne s’entend pas dire autrement qu’aux poissons morts le long du quai
Ces ventres en l’air crevé pourtant moins morts que la main froissée qu’elle tend
Miettes de pain
Celui-là qui chaque jour s’approche de l’eau pour s’y asseoir
Parfois il baille et de sa bouche sort un chant tordu contre les roulis de l’eau mélancolique
Celui-là qui dort devant l’argent des autres
On se demande s’il respire encore
Oui il respire
On ne se demande pas s’il est vivant puisqu’il respire puisqu’il respire il n’est pas mort
Celui qui sait écrire chinois de droite à gauche et de haut en bas
Qui connaît tout de la navigation en voile
Empêché pourtant de naviguer
Celui qui balbutie trois mots derrière la grille qui pourrait être toutes les grilles
N’importe quelle grille
Celui qui n’a pas droit à la parole
Comme partout l’homme chasse l’homme
Celui qui rit furtivement dans l’océan
Se relève et disparaît
Celui qui n’a plus qu’à voler ou prendre ou arracher
Qui ne sourit plus à personne
Qui ne crie plus non plus
Qui crache à bout de mots
Ce qui lui reste à dire
Celui qui crache
Qui laisse sa bouche cracher
Et ses yeux traîner dans l’œil de l’autre
Au grès d’un soleil rouge
Eclaté
Comme œuf sur le sable
L’œil s’échappe à grands coups de houle
Au milieu de la place la femme à tête coupée
Saigne
Depuis des siècles
Nathalie-Dalilà Boitaud
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