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Créolis'action - Chronique 8

Jazz ici - La Martinique

samedi 19 février

Vive l’Amusique court-circuit...

Plateau nu
Grimper comme un espace
Pas de hasard
Le son la lumière l’image le mot le vide le mouvement l’ardeur ou le silence
L’homme et l’autre
S’appeler
D’un bout à l’autre du plateau de la salle ou du monde
Virer de bord atteindre l’oreille tourner de l’œil

« À tous ces hommes sans qui le cirque ne serait qu’une piste et la piste un simple cercle tracé sur le sol : merci ! »

Texte court
Pour autre circuit non fermé
Si les plombs sautent...
Oui par l’art.

NDB


Ceux-là du monde
Poésie de la rue

Celui qui s’agenouille au moindre coup de vent
Les deux membres au sol sous une chaleur noire
Implorant une pièce puis deux
Lève toi lui dit-on, sans voir qu’il est déjà couché
Sous terre

Celui qui marche les mêmes dix mètres d’angoisse
Dans un sens puis dans l’autre
En jouant des deux jambes
Autour des obstacles symétriques
Ballet de fou Pignon sur rue Chacun évite

Celle qui a chaque jour
Neuf chapeaux de paille sur une seule tête
Ses lèvres parlent seules
Elle ne s’entend pas dire autrement qu’aux poissons morts le long du quai
Ces ventres en l’air crevé pourtant moins morts que la main froissée qu’elle tend
Miettes de pain

Celui-là qui chaque jour s’approche de l’eau pour s’y asseoir
Parfois il baille et de sa bouche sort un chant tordu contre les roulis de l’eau mélancolique

Celui-là qui dort devant l’argent des autres
On se demande s’il respire encore
Oui il respire
On ne se demande pas s’il est vivant puisqu’il respire puisqu’il respire il n’est pas mort

Celui qui sait écrire chinois de droite à gauche et de haut en bas
Qui connaît tout de la navigation en voile
Empêché pourtant de naviguer

Celui qui balbutie trois mots derrière la grille qui pourrait être toutes les grilles
N’importe quelle grille
Celui qui n’a pas droit à la parole
Comme partout l’homme chasse l’homme

Celui qui rit furtivement dans l’océan
Se relève et disparaît

Celui qui n’a plus qu’à voler ou prendre ou arracher
Qui ne sourit plus à personne
Qui ne crie plus non plus
Qui crache à bout de mots
Ce qui lui reste à dire

Celui qui crache
Qui laisse sa bouche cracher
Et ses yeux traîner dans l’œil de l’autre
Au grès d’un soleil rouge
Eclaté
Comme œuf sur le sable

L’œil s’échappe à grands coups de houle
Au milieu de la place la femme à tête coupée
Saigne
Depuis des siècles

Nathalie-Dalilà Boitaud

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