Uzeste musical a trente ans cette année (André Minvielle répond à Jean Péringuey. 22 février 2007)
10/01/07 Jean Péringuey relance le débat
sur la culture en Gironde (Adiu.fr)
Les réponses de :
16.01.07 Bernard Lubat
20.02.07 Pascal Convert
22.02.07 André Minvielle
28.02.07 Jacky Liégeois
05.03.07 Claude Gudin
06.03.07 lu sur Dissensus.org
06.03.07 Michel Mompontet
09.03.07 Francis Marmande
15.03.07 Chantal Bordes
20.03.07 René Martinez
20.03.07 Philippe Laccarrière
22.03.07 Lionel Le Fort
29.03.07 Pascale Favier
22.06.07 Communiqué d'Uzeste Musical
26.06.07 lettre de René Martinez
03.07.07 contribution de Yves Béal
03.07.07 contribution d'Alain Delmas
07.07.07 contribution de François Corneloup
08.07.07 Pétition de Pierre Labrot
13.07.07 Communiqué du Conseil Général
07.08.07 CG33, Le K : Opéra administratif
et le forum poïélitique...
Trente ans de fondation, de créations, de diffusions, d'ateliers publics, de débats citoyens, de hauts et de bas et de transformations comme un être humain, ni plus ni moins, ainsi va la vie. J'ai participé sur place et pendant dix sept ans d'affilée (un bail) à ces transformations qui en retour m'ont transformé dans ma façon d'envisager la vie devant moi. C'est le poète Rainer Maria Rilke qui écrivait que la création et la vie allaient ensemble, main dans la main et pour chacun de nous. L'identité n'est pas acquise c'est une construction.
J'ai toujours pensé, pour ma part, que l'expérimental et le populaire en faisait de même, en ce sens que le peuple est un ensemble complexe où les élites, qu'elles soient politiques, scientifiques, professeurs, enseignants, les ouvriers, les militaires, les policiers, les entrepreneurs, le service public, les éducateurs, les paysans, les enfants, les retraités se côtoient de prime abord sans se nommer "d'en haut ou d'en bas". Je chante et expérimente pour tout ce peuple-là. Je fais des ateliers publics avec chacun et tous sans considération du nombre et heureusement. On n'enseigne pas à mille personnes à la fois (demandez aux éducateurs, aux instituteurs – n'est-ce pas M. Péringuey –, aux professeurs, aux enseignants).
Depuis quelques années, la notion du tout sécuritaire a pris le pas sur toute une société qui a peur de se retrouver au chômage puisque, de nos jours, toutes les classes sociales sont touchées. Nul n'est à l'abri désormais. Les rapports sociétaux des uns aux autres se dégradent singulièrement. Il n'est qu'à regarder
les émissions télévisées pour constater que certaines encouragent la délation, oui la délation, et le rejet en tous genres ou l'être est avili dans la participation à des jeux douteux aux relents nauséabonds de fascisme ordinaire ou tout est consenti consciemment ou inconsciemment.
Uzeste Musical est une bulle et un courant d'air de réflexions et de confrontations en face de cet océan de vulgarités médiatiques dictées par l'audimat, les sondages ou la billetterie. Ce qui compte partout ailleurs aujourd'hui c'est le nombre.
Le nombre qui se regarde le nombril. Le nombril du nombre. Qu'est-ce que prouve le nombre ? Que ça marche ?
Qu'est ce qui marche ? L'éducation ça marche ? Le service public ça marche ? La santé publique ça marche ? La politique ça marche ?
Nous savons l'exigence de Bernard Lubat en matière de rapport à l'art.
Nous savons que cette exigence se construit avec le temps et non avec le nombre.
J'ai vu grossir de manière exponentielle (est-ce souhaitable ?) quelques festivals autour d'Uzeste qui d'ailleurs se sont appuyés à leurs débuts sur l'expérience des œuvriers d'Uzeste Musical. La façon de créer à toujours été portée de manière incandescente par toutes les générations d'artistes qui se sont confrontés au lieu, Madame Mitterrand est venue apporter son soutien à la manifestation estivale ainsi que le ministre de la culture de l'époque Jack Lang.
Uzeste Musical rayonne bien au-delà de son périmètre communal. Uzeste Musical est reconnu comme étant un rendez vous national non seulement des artistes qui le créent mais de toutes les forces vives de ce Pays, et tous les usagers (fi des consommateurs) de la parole publique qui viennent s'y ressourcer.
Depuis quelques années le festival s'est nomadisé sous la pression et la mauvaise foi de quelques élus (fort heureusement, tous ne sont pas de cet acabit) avec force argumentation sécuritaire à l'appui. Nous savons tous et chacun la fragilité que représente l'évolution et les progrès d'une société qui regarde vers l'à venir.
Uzeste fait partie, pour moi, du domaine public et mérite mieux qu'un procès (populiste) sur le nombre de ses entrées payantes, en est pour preuve sa légitimité dans le temps.
Un peu de lucidité généreuse Mesdames te Messieurs les politiques, un peu d'autorité joyeuse pour soutenir une action unique en son genre et que beaucoup encore pourraient avoir le plaisir de découvrir, à condition qu'on lui donne les moyens de jouer de toute la liberté et de l'audace qu'elle incarne. Et sans attendre trente ans de plus.
André Minvielle, 22 février 2007
http://www.uzeste.org/a/index.php/CieLubat-Oeuvriers/AndréMinvielle
http://www.larticole.org/