Cher ami, cher président,
[Bernard Lubat à Philippe Madrelle, président du conseil général de la Gironde]
Il faudrait que personnellement « tu m'en tende » l'oreille pour que tu puisses ressentir ce que j'ai personnellement à te dire sur le sujet qui motive mon désir, mon devoir d'en parler, de t'en parler… « self'spliquer » comme disait Francis Ponge.
Entrons dans le sujet du vif - du relationnel du problème…
À la question que je posais à Martine Faure (lors de notre récente rencontre) : « Que penses-tu de la Compagnie Lubat ? ». Elle répondit « Uzeste Musical, c'était génial ». C'était génial ? Ça ne l'est donc plus. L'évaluation est sans appel. Par contre, on n'en sait toujours pas plus sur la question posée.
Historicité comparative et parcellaire :
- 1998
- Subventions du conseil général de la Gironde sous Jean-Jacques Paris : Compagnie Lubat 53 377 € ; association Uzeste Musical 88 420 €. Total 141 797€
- 1999
- Subventions du conseil général de la Gironde sous Martine Faure : Compagnie Lubat 0 € ; association Uzeste Musical 79 273 €. Total 79 273 €
Fusion confusion transfert évaporation ? : 50% de baisse d'un seul coup d'un seul sans prévenir !
- 2000
- Dans ces conditions « précipitées » (du haut de quoi… on ne sait pas)
a - impossibilité de réaliser le concept prévu de la 23e Hestejada estivale b - sanction politique (?) vis-à-vis d'une compagnie de création transartistique contemporaine en milieu rural. Je n'aime pas penser que mon travail de création pour le passage de l'an 2000 à Bordeaux ait pu interférer !? Conséquences dialectiques et de gauche : Hestejada de las arts en grève sur le pré-occupé (anecdote ? aberration ? symbole ? Premier festival en grève depuis 68). Artistes et techniciens intermittents du spectacle, syndicats, responsables politiques et public solidaires… Élus locaux pas du tout ! Plutôt « travaillés » par le problème qui évidemment secoue les paternalismes psy-politiques installés, quand ils ne savent pas y prendre garde, avant-garde même. Le monde bouge, la sociologie du païs aussi.
- 2001
- Malgré la sanction politique (?) et en tout cas financière, la Compagnie Lubat relève le défi (voir média commentaires et critiques) solidarité interprofessionnelle encore… militance… bénévolat… contrôle financier… doutes… mise en doutes…
- 2002
- Grève de Hestejada… Cette fois, en désir devoir de solidarité avec le mouvement social national des intermittents artistes et techniciens du spectacle.
Seul festival en Gironde et Aquitaine qui a pu - qui a su - être solidaire (anecdote ? Symbole ? Opportunisme ? Comme claironnent certains joyeux drilles !). L'argument suivant « On ne fait pas grève avec l'argent des subventions » qu'on a entendu abondamment, devrait être repensé. Il est politiquement imprudent, surtout surgissant de gauche. Il suggère démagogiquement que les artistes et techniciens n'ont pas de revendication crédible ni possible à formuler, qu'ils sont protégés, privilégiés, etc… Le discours habituel bien connu, extrêmement bien droitier.
- 2003
- Subventions toujours régulièrement en baisse. Il faut partager, nous dit-on. D'accord, mais il n'est pas nécessaire pour cela de tout confusionner ! Faire la part des choses entre divertissement, culture, art, avertissement, massification, animation, sensibilisation, concentration, hypnotisation, éducation, garderie, consolation, développement durable, star académie à la ferme.
Ne pas confondre populaire et popuplaire, populisme et coutumes, tradition et « autrefois c'était mieux », histoire collective et souvenirs privés, patrimoine et poitrinaire, propriétaire et proprioritaire, aménagement du territoire et déterritorialisation deleuzienne, destruction ultralibérale et déconstruction délibérée à la Derrida.
Dès 1966, Jean Vilar se posait la question : « Que représentent ces festivals aux yeux du public ? Tourisme ? Passe-temps d'un soir ? Nuits d'été dans des enceintes historiques ? Beaux costumes dans des éclairages ad-hoc ? Esthétique des petits loisirs ? Shakespeare en veux-tu en voilà ? Perception des taxes municipales ? Accroissement des recettes des commerçants ? […] Le théâtre n'est valable, comme la poésie et la peinture (et la musique quand elle est libre) que dans la mesure où, précisément, il ne cède pas aux coutumes, aux goûts, aux besoins souvent grégaires de la masse. Il ne joue bien son rôle, il n'est utile aux hommes que s'il secoue les manies collectives, lutte contre les sclérose et dit, comme le père Ubu : Merdre. »
26e Hestejada dans la douleur. Non pas l'artistique, toujours urgent au cœur de la mêlée, mais sa réalisation, l'aménagement du territoire, l'accueil local village, une pré-occupation de l'espace (comme on dit au théâtre). Face aux nouvelles normes européennes, impossible, avec nos moyens, de répondre à toutes leurs exigences. Surtout si pour l'occasion la mairie d'Uzeste se laisse aller à des débordements autoritaristes sans commune mesure avec la dimension physique de l'événement.
Tu as pu remarquer que nous avons su grandir en valeur artistique, en reconnaissance et renommée internationales, ce qui nous a permis d'éviter ce vieux nouveau besoin de grossir, d'obésifier, de massifier, de marchandiser, qui n'a pas manqué par ailleurs de sévir. L'artistisan que je suis, ce gredin de grenouille, n'a pas besoin de se croire un bœuf. Il fait le bœuf, il tape le bœuf, enjazzé jusqu'à l'os de Dionysos.
Je suis à la fois et en même temps, par la force des « lubaïonnettes », artiste et acteur culturel, enjazzé, dictionnarisé, expert, technicien de surface et des profondeurs, conseiller diplômé, critique, évaluateur, commentateur, rien de modeste là-dedans.
- 2004
- Le non rapport avec la mairie d'Uzeste est parfait. La 27e Hestejada se passe plutôt mal, l'équipe technique jure qu'on ne l'y reprendra plus. L'incident est clos.
- 2005
- 28e Hestejada à Villandraut. J'imprime sur le tee-shirt officiel, en petit : « édition spéciale d'Uzeste Musical, échappée belle d'Uzeste municipal, à côté, en liberté : laisser aller respirer la pensée ». Succès sur toute la ligne, les Villandrautais ont apprécié la faconde (et pas que les commerçants). La mairie a co-élaboré en toute normalité et les préjugés anti-Lubat en ont pris un coup.
- 2006
- Les subventions diminuent légèrement. J'entreprends une série de rendez-vous avec les mairies voisines : Saint-Symphorien, Villandraut, Cazalis proposent de signer avec la Compagnie Lubat une convention de partenariat et dans la foulée, nous entreprenons la conceptualisation d'une 29e édition nomade commençant à Saint-Symphorien, se poursuivant à Cazalis pour se terminer à Villandraut, avec une re-fête au Transartistic Café L'Estaminet d'Uzeste, antre ouvert et fermé : labolubaratoire de recherche poïélitique fondamentalement applicable, épicentre des travaux de la Compagnie Lubat au quotidien.
Uzeste Musical c'était donc génial avant Martine Faure ? Cela ne l'est plus du tout depuis Martine Faure ? À manier le paradoxe sans s'en rendre compte, on s'y prend les pieds et comme dit le proverbe : « On accuse trop souvent les autres de ce qu'on ne sait pas qu'on est ». À l'heure actuelle, la DRAC Aquitaine subventionne, reconnaît l'existence de la Compagnie Lubat, le conseil général des Landes et la région Aquitaine idem, mais dans ces conditions, jusqu'à quand ?
Je n'ai aucun désir d'arrêter ce que je considère comme une lutte de l'art (« La haine de l'art », essai de Philippe Dagen, critique d'art contemporain au journal Le Monde) que le citoyen et artiste conséquent que je suis se doit de mener.
« Car il y a aussi un côté plus difficile et plus sombre de l'affaire : la haine de soi. Chez tout individu couve toujours une profonde haine de soi. Cette haine est tournée vers, et contre, ce que la psyché a été obligée de devenir comme individu social. Nous n'acceptons jamais, en fin de compte, l'être que la société nous a fait devenir, et le noyau psychique nourrit toujours une détestation de toutes les couches de socialisation qui se sont petit à petit sédimentées autour de lui et qui contredisent fondamentalement ce que sont ses aspirations les plus fortes : toute puissance, égocentrisme, narcissisme illimité. Cette haine ne se manifeste que rarement comme telle. Mais quand on considère les manifestations les plus extrêmes de la haine de l'autre, comme dans le racisme, il est impossible de les comprendre autrement que comme un transfert massif de la haine de soi sur quelqu'un d'autre (une catégorie d'autre), c'est-à-dire comme un transfert, dans ce complexe, du désir et de l'affect qui se maintiennent en changeant d'objet. Ce n'est pas moi le salaud, c'est le Juif, c'est le Noir, c'est l'Arabe : ce n'est pas moi qui doit être détruit, c'est l'autre. […] La définition même du racisme sous sa forme extrême, que personne ne semble avoir vu jusqu'ici, c'est que l'autre est inconvertible. […] Il y a une fine crête sur laquelle, aussi bien dans le présent que dans un avenir moins déplorable que ce présent, nous devons marcher : affirmer la valeur de l'autonomie, de la liberté, de la justice, de l'égalité, de la libre réflexion, de la libre discussion, du respect de l'opinion d'autrui - sans pour autant traiter en sous-hommes ceux qui ne partagent pas cette conception -, nous ne pouvons qu'essayer de les convaincre raisonnablement. » Cornelius Castoriadis
Ma carrière est derrière moi, mon œuvre devant moi. J'ai soixante ans, je me suis mis à la retraite pour soulager le financement de la bataille « Les concepts naissent des luttes et doivent retourner aux luttes ». Je regrette que nous n'ayons pas su, pas pu, pas voulu, travailler mieux ensemble le fondement, le contenu, l'enracinement, le développement durable, de ce qui a surgi d'Uzeste Musical visages villages des arts à l'œuvre, de ce qui continue, contre vents et chamarés, à en émaner, à en devenir. N'en restera-t-il que la litote (tu en conviendras un tantinet infantile) : « Lubat est un emmerdeur ! », et un musée sur l'enfant du pays ?
La question que je te pose, qui se pose à la situation actuelle : « Comment, vis-à-vis de l'histoire de l'art (et pas que, évidemment) se passer de la singularité - freiner, saper, la continuité d'une action unique entreprise par un créateur de ma trempe, ni modeste, ni star débile ! D'où germe cette sourde inquiétude ?
Un artiste conséquent, c'est quelqu'un qui se prend très sérieusement… pas au sérieux. C'est quelqu'un qui se dégage des apparences (des appâts rances). Un artiste conséquent est un clown et un philosophe, un poète, ni pitre ni mendiant. Quant à moi, je suis plutôt tendance artistisan enjazzé, citoyen d'art et d'essai, gauche parce que mal à droite, communaliste utopiste insoliste acharniste in situ-actionniste, dégénéraliste, désintégriste - anti stalinien, anti solution révélée, anti monde tel qu'il y va. Je cultive la diversité culturelle avec ses défis, ses conflits, ses dissensus, ses richesses, ses espérances, ses délivrances. Je suis pour le processus de créolisation cher à Edouard Glissant, le poète, le narrateur et l'inventeur du Tout-Monde, ce monde inextricablement un et multiple, monde commun et partagé qui ne serait pas d'addition ni d'uniformisation, mondialité libératrice des lieux-communs de la mondialisation marchande. Créolisation du monde, pensée archipélique, philosophie du tremblement, éloge de la trace et de l'échappée, refus de l'esprit de système et de modèle, des immobilités et des fixités, du Grand Un et du Grand Même : l'œuvre de Glissant est, par son style, sa musique, ses couleurs, une réponse aux globalisations dominatrices, injustes et inégales. « L'Empire ou le Tout-Monde, la balance est devant nous », écrit-il, comme un avertissement. Il sera cet été à la 29e Hestejada, pour la troisième année consécutive (la Compagnie Lubat travaille avec lui l'élaboration d'un « Chao(s)péra Tout-Monde » dont l'avant-première sera donnée à Villandraut au mois d'août, avant de parcourir le monde).
« Contre les méfaits de la mondialisation, la solution n'est pas de se replier sur soi-même mais d'essayer de comprendre que la mondialité - qui n'est pas la mondialisation - est une poétique du partage et de la diversité. […] La pensée du tremblement est une pensée qui hésite, qui se cherche, qui ne se raidit pas en un système fixe d'idées, lesquelles débouchent sur l'intolérance. Elle consiste d'abord à s'adapter à la complexité du monde et à renoncer à l'idée qu'une seule de ces visions est valable » Edouard Glissant.
À l'heure où tant d'artistes et d'acteurs culturels se servent (à des profits divers) de la musique existante, il faut bien qu'il y en ait quelques-uns qui la servent (souvent à leurs dépends) en continuant à l'inventer, à la trans-former, et à en transmettre la conscience.
Considérant donc - sidéré - que l'évaluation en cours est étrangement étrange (le sud Gironde culturel semble devenir l'enjeu de réflexes saisissants), j'ai chargé - pour des raisons de salubrité historique -, un groupe d'étudiants en philosophie politique d'une grande université parisienne de réaliser une évaluation analytique, critique sur les influences/conséquences produites par la gasconjugaison Compagnie Lubat / Uzeste Musical (création transartistique contemporaine / art de la diffusion de l'art) dans le champ artistique, culturel, économique, historique, social et politique - local, régional, national, international - depuis ses origines. Par ailleurs ni par hasard, il se trouve que l'école nationale d'architecture et de paysage de Bordeaux présentera lors de la prochaine Hestejada 2006, le résultat de ses travaux sur les « modernités de la ruralité » à partir de la dynamique Compagnie Lubat / Uzeste Musical.
« La « Déclaration de l'Unesco sur la diversité culturelle » pose comme point de départ l'individu et son identité culturelle propre. Mais le pari est que l'individu se constitue en sujet accédant à l'autonomie par son droit à la culture. Il devient alors acteur contribuant à la dynamique de fonctionnement de la société. Il n'y a pas de place pour le repli identitaire dans cette société en mouvement qui évolue invente, innove, crée et, par-là, élargit les opportunités d'évolution des identités culturelles. L'avenir de la société de diversité culturelle passe par la permanence de l'invention de nouveaux signes, de nouvelles représentations du monde offrant à chacun des opportunités de se construire dans son rapport aux autres. Cet impératif de l'innovation est important pour la politique publique et particulièrement pour la politique culturelle qui doit s'organiser pour permettre aux identités culturelles de bénéficier des opportunités favorisant l'élaboration des nouveaux repères d'autonomie. Elle doit encourager les expérimentations artistiques comme pratiques d'émergence de nouvelles formes, mais sa mission publique ne s'arrête pas là : toutes les formes nouvelles ne sont pas bonnes à prendre, toutes les innovations n'ont pas le même sens, toutes n'offrent pas les mêmes opportunités d'accéder à la construction d'un sujet autonome. En tout cas, toute forme nouvelle nécessite une mise en débat pour être mieux perçue par les individus. Dans la société de diversité culturelle, le lieu du « débat » est l'espace public. Les politiques publiques doivent affronter cet impératif du débat avec les identités culturelles multiples. Elles doivent tout faire pour nourrir les points de vue différents, exposer les contradictions, permettre les confrontations de représentations du monde, soutenir la critique et ses polémiques, pour que le nouveau des uns prenne sens pour les autres. La politique culturelle devient alors centrale comme action publique dont la finalité est de voir les cultures s'interpénétrer par leurs paroles conjuguées et non obéir aux forces d'imposition des hypothétiques « vraies valeurs de l'art ». La politique culturelle doit alors participer activement à l'organisation de l'espace public, cœur de la reconnaissance partagée des altérités. Elle doit garantir la dynamique des débats collectifs sur le sens, la portée, les valeurs des identités culturelles en mouvement, pour mieux favoriser les opportunités d'appropriation de nouveaux repères. Débats vivants, ouverts et sans fin ! L'espace public devient le lieu indispensable où la société de diversité culturelle trouve son équilibre entre l'identité individuelle et la vie commune. Au sein de l'espace public, l'enjeu culturel devient l'enjeu de la compatibilité entre le je et le nous » Doc Kasimir Bisou, janvier 2006.
Epilogue :
Evaluer, analyser, critiquer par écrit si ça continue ou pas : la Compagnie Lubat d'Uzeste Musical. Je sais bien que les élus socialistes du canton ont beaucoup de reproches à me faire (aucune chance de médaille pour moi). Je ne demande qu'à m'expliquer avec eux afin de savoir objectivement de quelle nature ils retournent. Réglons nos comptes avec les arguments de chacun. Ce sera un bel exercice de diversité culturelle et par-là, de démocratie participative.
Mais par pitié, ne diabolisons plus, ne « bousillons » plus un acte majeur fondateur symbole de possibles, d'existence et d'espérances… par chez nous, et beaucoup plus que ça n'en a pas l'air ! Sinon, personnellement, « individuement », artistiquement, intellectuellement, je me porte comme un charme. Je co-élabore à des projets profonds avec les plus grands artistes actuels de la musique contemporaine, des arts visuels, de la littérature, de la poésie, de la philosophie. Je reçois autant de leçons que j'en donne, comme tout maître qui cherche l'élève en lui, en l'autre. Et comme dit le poète : « Il faut avoir longtemps été incompris pour chercher à comprendre ».
Et puis il y a l'humour, l'incontournable humour…
Et puis il y a la lutte, je sais que tu connais.
Reçois cher ami, cher président, l'assurance de mes sentiments poïélitiques les meilleurs.
Bernard Lubat, le 6 juillet 2006
PS
Il semble que par chez nous ici, dans le canton de Villandraut, il ne soit pas possible d'adhérer au PS si par malheur on travaille avec l'ineffable Lubat ! C'est la curieuse mésaventure qui vient d'arriver à l'administrateur de la Compagnie Lubat. Son socialisme a été mis en doute, radicalement, à l'unanimité… considéré comme impur ? Existe-t-il un gêne du socialisme ? Faudrait-il faire des prises de sang, des analyses d'ADN ? Confondre affect et idées, c'est possible, on a le symbolisme qu'on mérite, qu'on hérite. Quand les conventions - quelles qu'elles soient - perdurent, faut pas s'étonner qu'elles s'y fatiguent. Plus politiquement, je pense qu'ici la Gauche est en danger d'évaporation, infantilisée, dépolitisée. Le sentiment d'appartenance ne suffira pas, le terroir caisse non plus. Il faut retourner aux fondamentaux philosophiques ancestraux. Se déranger la pensée, ne pas se reposer sur des convictions établies, endormies, affronter le divers, le pluriel, le différent, la complexité, le temps réel contemporain. Il faut retourner à l'école. Surtout pour nous les seniors, qui comme moi n'ont fait que secondairement des études. Je ne suis pas croyant, je suis pratiquant. Je ne sais pas croire. La pratique me prouve en permanence que ce n'est qu'une pieuse facilité d'autosatisfaction dérisoire incompatible notamment avec la tentative d'art, d'art considéré comme inatteignable, évidemment. Comme la musique, la politique est un art. Tu sais mieux que personne que ce n'est pas qu'un métier. Quand souvent, on me demande ce que j'aurais fait de ma vie si je n'avais pas joué/fait de la musique, je réponds que j'aurai fait/joué de la politique. J'aurais appris à devenir un militant, un responsable politique, un élu de la Nation. Et j'aurais là aussi combattu, pour prendre le malentendu à la racine : l'éducation et notamment l'invitation à la sensibilité artistique par l'histoire de l'art dès la maternelle. L'art et ses artistes au boulot - et leur boulot, c'est de mettre la culture en conscience… c'est-à-dire en crise. Pour suivre le changement, s'adapter à lui et l'accompagner, les êtres humains eux aussi doivent changer (adultes compris). Or, ils ne le veulent pas ou ne le peuvent pas, en particulier par peur des conflits (au secours Freud !). Regarder en face les réalités qui dérangent, afin de créer une véritable intelligence collective qui permettrait de comprendre la complexité et l'interdépendance des phénomènes (exemple : Compagnie Lubat d'Uzeste Musical, une réalité qui dérange par sa complexité et la phénoménologie de ses interdépendances). Sans une démocratisation de la parole (publique) et de l'intelligence (privée), nous allons tout droit vers cette guerre civile qui est déjà dans les têtes, nourrie par les accusations réciproques, les malentendus et l'absence de relation. Je suis « radicalmement » fier de ce que j'ai reçu-rendu à ce pays qui m'a vu naître, grandir et partir et revenir et grandir encore. Il serait désolant que pour des raisons « culturelles » on ne puisse par reconnaître ce qui est et surtout ce qui reste possible. L'acte entrepris ici, d'ici, porte en lui - il n'est fait que de cela - cette diversité culturelle qui cultivera le monde… s'il en réchappe. De mon champ artistique - poïélitique - j'ai tant de réflexions à proposer, à partager, tant de choses à apprendre, à comprendre, de la part de celles et ceux qui ont le courage de faire de la politique. Je le connais, ce courage. Et comme disait le clown philosophe de mon spectacle « Vive l'Amusique ! » : « Rien ne se perd… tout s'encaisse ! tout dépend de quel point de vue on se… déplace ! »
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Cher Bernard Lubat
[Philippe Madrelle, président du conseil général de la Gironde, à Bernard Lubat le 28 août 2006]
J’ai lu avec beaucoup d’attention ta lettre du 14 août. Je ne suis pas encore assez famillier de ton verbe pour déchiffrer sans difficulté tes propos. Mais, je te rassure, j’y suis parvenu. Je n’ai pas eu la chance de fréquenter aussi assidûment que toi la langue de Manciet, ni d’accompagner ce manifique chanteur, nourri d’Audiberti, je crois, qu’était Nougaro. Il ne s’agit, en fait, que de cela : trouver une langue commune qui puisse traduire la volonté de chacun, sans la renier, mais en l’inscrivant dans une logique de partage. C’est à cela qu’il faut s’atteler.
L’artiste et le politique doivent se retrouver dans l’espace culturel, cet espace qui les réunit et permet la rencontre avec l’autre. Et c’est autour du projet qui naît que leur compréhension réciproque doit aboutir. Il faut, sans doute, cesser ce jeu du chat et de la souris qui voudrait qu’un tel ait raison plutôt que l’autre et trouver cette langue commune qui, seule, nourrira l’échange. C’est un si beau mot l’échange, aussi beau que le mot engagement auquel je suis si attaché. Engageons nous dans cet échange où chacun écoute l’autre. Nous y parviendrons car nous portons, tous deux, cette foi en l’autre sans laquelle rien ne se fait. L’artiste est en quête de l’autre, de cet inconnu qui recevra son art et le champ culturel doit offrir cette rencontre qui sauve. Oui, comme tu l’écris, travaillons ensemble. Puisque tu cites Valéry, je le cite à mon tour. Il écrit dans Tel quel : «Par le moyen de l’homme, l’impossible presse sur le réel». Il n’est que trop temps de presser sur le réel.
Reçois, cher Bernard, l’expression de mes sentiments les plus amicaux.
Philippe Madrelle, président du conseil général de la Gironde, le 28 août 2006
10/01/07 Jean Péringuey relance le débat sur la culture en Gironde (Adiu.fr)
La Lettre d'Uzeste Musical - n°3, janvier 2007 (télécharger)
Les réponses de :'
16.01.07 Bernard Lubat, musicien (Uzeste)
20.02.07 Pascal Convert, plasticien, vidéaste (Biarritz)
22.02.07 André Minvielle, musicien (Toulouse)
28.02.07 Jacky Liégeois, peintre, professeur arts plastiques (Le Mans)
05.03.07 Claude Gudin, biologiste, poète, pataphysicien (Aix-en-Provence)
06.03.07 lu sur Dissensus.org
06.03.07 Michel Mompontet, grand reporter, France 2 (Paris)
09.03.07 Francis Marmande, journaliste, Le Monde (Paris)
15.03.07 Chantal Bordes, professeur de musique (Uzeste)
20.03.07 René Martinez, conteur (Anglet)
20.03.07 Philippe Laccarrière, musicien (Boissy-le-Cutté)
22.03.07 Lionel Le Fort, directeur des affaires culturelles (Chalette-sur-Loing)
29.03.07 Pascale Favier, conseiller parlementaire (Lille)
22.06.07 Communiqué d'Uzeste Musical
22.06.07 Réaction de Bernard Lubat
26.06.07 lettre de Martinez, conteur (Anglet)
03.07.07 contribution de Yves Béal, enseignant (St-Didier de Bizonnes)
03.07.07 contribution d'Alain Delmas, président d’Uzeste Musical
07.07.07 contribution de François Corneloup, musicien (Bordeaux)
08.07.07 Pétition de Pierre Labrot, vidéaste (Paris)
13.07.07 Communiqué du Conseil Général de la Gironde
07.08.07 CG33, Le K : Opéra administratif, la réponse de Jean-Michel Lucas
et le forum poïélitique...
et La presse
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