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 uzeste musical visage village des arts à l'œuvre

 

L'Université Uzestoise Perspicace, Perplexe et Prolifique Culturellement... est en gestation.
Des cours sérieux, des notes, des réactions, de l'humour, des travaux pratiques pour continuer (via internet notamment) la discussion sur les politiques culturelles.


Le concept de « visage village des arts à l’œuvre » est issu :

  • des travaux de création artistique contemporaine menés à Uzeste par la Compagnie Lubat de Gasconha depuis 1978
  • des travaux de réflexion sur les politiques publiques de la culture menés par Jean-Michel Lucas (ancien directeur régional des affaires culturelles d’Aquitaine, administrateur de l’association Uzeste Musical)

Il a été formalisé en août 2000, à l’occasion d’une « Hestejada en grève » dont la thématique était : « Lieu, place, fonction, coût de la décentralisation culturelle, de l’éducation et de la création artistique dans la cité, dans la société ».

Il est une « proposition » (décentralisée !) pour participer de la re-définition des politiques culturelles. Il pose le principe de la « liberté artistique » inscrite dans les fondements constitutionnels de l’État de droit (comme pour la recherche scientifique) et la nécessité d’une « évaluation artistique » par la nature même de la politique publique...

Jean-Jacques Paris : « On a besoin qu’il nous dérange »

Jean-Jacques Paris est vice-président du conseil général de la Gironde, et délégué régional de la Fédération nationale des collectivités territoriales

Le travail de Bernard Lubat m’intéresse depuis longtemps. Les tracasseries assez sérieuses qu’il rencontre aujourd’hui – dans ce moment aigu – prolongent de nombreuses crises, et d’autres moments difficiles. Cela a toujours été de sa part un combat pour continuer à créer et à exister dans le territoire du Sud-Gironde.
Dans nos villages et nos territoires ruraux, c’est une gageure de dire : « Là où je suis et où je vis, là où j’ai mon histoire familiale, je vais poser de la création contemporaine. » C’est une sorte de provocation – au sens noble du mot – face à la tendance lourde de la tradition et au conservatisme ambiant. Poser quelque chose qui contrarie les pratiques sociales du territoire et leurs représentations, cela nécessite forcément une évolution humaine qui se heurte à des difficultés d’émancipation ; même si, à terme, c’est un enrichissement pour tout le monde.
Lorsque j’étais responsable de la Délégation à la culture au Conseil général de la Gironde, j’ai essayé de faire en sorte de définir des partenariats avec l’Etat et les artistes. La première signature d’une convention avec l’Etat (la DRAC), aux environs de 1995, avait permis de donner un sens aux engagements financiers du conseil général. Nous avions ainsi posé un acte politique qui regroupait plusieurs institutions. Il s’agissait de donner leur place aux communes du territoire, d’ouvrir tous les espaces à des lieux de formation, de professionnalisation et d’ancrer la musique sur le territoire, au plus près des populations.

Ainsi, à Uzeste, le « temps festival » était complètement dépassé. Il se pérennisait toute l’année par des ramifications, laissant leur place à de nouveaux talents. Bien sûr, les élus ont souvent cherché à utiliser le développement culturel pour leur propre mise en valeur. Une forme d’instrumentalisation insupportable pour Bernard Lubat, en raison de son attachement à créer de l’indépendance (sans parler de son tempérament). C’est un besoin, cette colère, lorsque l’on écrit, lorsque l’on parle. En politique aussi, quand on souhaite exprimer quelque chose avec passion, on emploie parfois des termes ou des mots agressifs. C’est le fruit d’une conviction, d’une force et de la nécessité de créer. Après, bien sûr, tout cela peut déranger. Le travail que fait Bernard Lubat n’est pas dans les clous, il s’émancipe à tout moment de ce qui fait la tranquillité politique. Tout cela a généré des conflits qui perdurent…
La baisse actuelle des subventions est le résultat d’une incompréhension profonde de son travail. On constate une relative régression du regard porté sur la création, ainsi qu’une progression de l’engouement pour la consommation. Un certain nombre d’élus pensent que son travail ne correspond pas du tout au public potentiel des territoires. Cette forme insidieuse d’abaissement des attentes vient s’ajouter à une discussion un peu stérile sur ce que l’on est en droit d’attendre d’un artiste et ce que lui est en mesure de faire.

revue Cassandre / Horschamp (n°72, janvier 2008)

Mais ce n’est pas la fin d’Uzeste ! Pour moi, les choses commencent. Ce conflit consécutif aux baisses de subventions est la conséquence d’une incompréhension très forte, avec un fond politique. En tant qu’élu communiste dans notre majorité départementale, j’ai envie d’être utile pour dépasser cet obstacle. À la dernière commission permanente, j’ai proposé la mise en place d’une table ronde avec la DRAC, l’ensemble des partenaires institutionnels, Bernard Lubat, l’association, et obtenu l’accord du président pour agir en ce sens. Une réunion est prévue pour examiner comment nous allons pouvoir faire coopérer tous les partenaires et favoriser la poursuite de ce travail, valorisé partout sauf en Gironde. Il faut savoir s’émanciper du passé. Avoir l’audace de recréer un partenariat qui portera plus loin ce travail, et lui donner une certaine consécration.
Lubat, dans son espace girondin peut être porté plus loin ; il faut que les politiques en prennent la mesure. Nous avons la chance d’avoir en Gironde des hommes et des femmes artistes. Il faut se réveiller.

témoignage publié dans la revue Cassandre / Horschamp (n°72, janvier 2008) :
« L’artiste, espèce en danger »
http://www.horschamp.org/

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