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![]() L'Université Uzestoise Perspicace, Perplexe et Prolifique Culturellement... est en gestation.
Le concept de « visage village des arts à l’œuvre » est issu :
Il a été formalisé en août 2000, à l’occasion d’une « Hestejada en grève » dont la thématique était : « Lieu, place, fonction, coût de la décentralisation culturelle, de l’éducation et de la création artistique dans la cité, dans la société ». Il est une « proposition » (décentralisée !) pour participer de la re-définition des politiques culturelles. Il pose le principe de la « liberté artistique » inscrite dans les fondements constitutionnels de l’État de droit (comme pour la recherche scientifique) et la nécessité d’une « évaluation artistique » par la nature même de la politique publique... |
quelques idées de base...
... pour repenser les projets culturels dans les territoires.Il faudrait d’abord comprendre qu’à tort ou à raison notre société a choisi de se mouler dans la logique du marché libre et concurrentiel. Il est maintenant admis que le marché libre et concurrentiel doit être le dispositif qui conduit la planète à l’intérêt général. Rien d’autre ici que la doctrine exposée par Adam Smith dans la Richesse des Nations. L’Union Européenne a consacré cette représentation du monde. Dès lors, il faut aussi comprendre, à défaut de l’accepter, que l’intervention de la puissance publique devient une exception, qu’il faut à tout moment justifier par de solides arguments : pour que l’Etat, les communes, les régions, les pays… interviennent légitimement, il faut, pas à pas, démontrer que le marché ne sert pas l’intérêt général ! Pas facile à comprendre pour les acteurs de la politique culturelle ! Ils ont longtemps pensé que le seul fait de qualifier un objet, un produit, un service de “ culturel ” ou “ d’artistique ” suffisait à légitimer le soutien public. L’erreur était grossière et le refus généralisé d’inscrire dans les politiques publiques la notion “ d’exception culturelle ” devrait inciter à concevoir d’autres légitimités pour l’art et la culture que le simplisme culturalo-centriste : “ Je suis l’art, au dessus de tout, mon génie créateur attends sa subvention ” Pour parvenir à changer les mauvais réflexes, il suffirait de se rappeler que les politiques publiques qui voient leur légitimité se renforcer ne sont plus les politiques de secteur mais les politiques territoriales. Pour faire face aux dysfonctionnements (nombreux) du marché libre et concurrentiel, l’intervention publique la mieux adaptée semble être l’intervention globale au sein de territoires pertinents. (Je ne reviens pas sur la LOADDT, mais vous pouvez quand même relire l’article 2 de la loi.) La difficulté, et c’est donc bien une affaire de paradigmes, c’est que les milieux culturels peinent à comprendre la signification de la phrase précédente. Dès que la discussion commence, l’artiste de service intervient pour dire : “ les territoires ne nous concernent pas, seul l’art nous intéresse ”. Il est pourtant simple de saisir que ces politiques territoriales reposent sur l’existence de territoires pertinents. Or la pertinence d’un territoire est nécessairement liée à ses caractéristiques culturelles. Autrement dit, la légitimité des interventions publiques en matière culturelle n’a jamais été aussi forte parce que la culture fait partie de l’identification des territoires pertinents de politique publique. (Consulter par exemple, “ Construire le dynamique des territoires ” , sous la direction de Loinger et Némery, édition l’Harmattan, 1997) Il y a, par définition, une dimension culturelle intégrée à la politique territoriale. Si comme je l’affirme, les politiques publiques territoriales deviennent progressivement les politiques légitimes de l’intervention publique, il serait sans doute temps que les acteurs culturels se rendent compte que leurs relations avec la politique publique passeront par ces politiques territoriales. Cette nouvelle donne, ce nouveau regard et les changements de paradigmes qui l’accompagnent, sont encore totalement invisibles. Les conséquences sont lourdes pour l’avenir. Le secteur culturel en France s’est refusé à discuter et à négocier sa place dans les politiques territoriales. Au total, il a laissé, par mépris souvent, la place libre à l’idéologie de l’identité culturelle. Plus grave encore, le secteur culturel n’a pas cherché à imposer des principes d’intégration des arts et des cultures dans les politiques territoriales. Il a même, bêtise suprême, fait passer aux politiques le message : “ l’art, c’est la liberté. Il ne faut absolument pas légiférer dans ce domaine. ” Le résultat de cette conduite infantile saute aux yeux. Faute d’obligations législatives, faute de règles transparentes de négociation, le territoire fait disparaître le secteur culturel, dans son principe d’autonomie artistique vis à vis du politique. Retour direct au mécenat des princes éclairés. La démocratie ne déteste pas ces retournements historiques. Les acteurs culturels non plus visiblement ! En fait, il aurait fallu prendre la question autrement. Je l’esquisse ici pour faire écho à d’autres textes : D’abord, engager les maîtres d’ouvrage à cerner les récits culturels qui traversent l’espace de leur territoire. Pas de volet culturel pour un territoire, sans la mise au travail d’équipes chargées de saisir les déterminants symboliques donc les diversités culturelles des populations du territoire. Les maîtres d’ouvrage des territoires pertinents ont une nécessité politique à identifier une fonction lourde et transparente “d’assistant à la conception du volet culturel du projet de développement du territoire. ” La deuxième étape consiste à établir des relations contractuelles transparentes entre les maîtres d’ouvrage du territoire et les opérateurs culturels : définition des objectifs sous une forme contractuelle qui rappelle que les choix artistiques sont de la seule responsabilité des opérateurs. Les missions de service public confiées aux acteurs des arts et des cultures ont ceci de particulier qu’elles ne soumettent pas les décisions de nature artistique à l’appréciation des maîtres d’ouvrage. La troisième étape est celle de l’organisation des actions retenues par le volet culturel, ce que l’on appelle généralement l’action culturelle. Observez qu’il ne s’agit que d’une étape parmi d’autres dont la signification suppose d’avoir réglé les deux étapes précédentes. Reste la quatrième étape qui est de concevoir un dispositif d’évaluation capable de rendre compte de la spécificité de la politique artistique et culturelle sectorielle. L’évaluation artistique doit nécessairement être conçue comme contractuelle, contradictoire, indépendante et publique, ce qui n’est jamais fait actuellement. N’oublions pas le paradoxe de la décentralisation en matière de culture : chaque élu fait ce que bon lui semble, il peut même se passer de prendre en considération les principes de base de toute politique culturelle digne de ce nom. Il n’y a donc rien à décentraliser ! Le seul espoir est que les défauts, les silences et les jeux arbitraires finissent par peser et incitent les acteurs culturels à prendre ces questions de territoire au sérieux. Conclusion : l’empirisme bon enfant n’est plus de mise. Il s’agit maintenant pour les défenseurs de la politique culturelle publique, dans le contexte des flux mondialisés du marché mondial, de ne pas perdre leur âme. Il leur revient de défendre les spécificités du secteur culturel sans se replier sur les attributs du corporatisme. La différence est maintenant, à mon avis, à établir par le législateur : les arts méritent une loi qui leur permettrait d’être invités, dignement avec clarté et garde fous, aux négociations de TOUTES les politiques publiques territoriales. Ce n’est pas le cas actuellement. Extrait des “Notes interrogatives sur la conception du volet culturel du Grand Projet de Ville (GPV) des Hauts de Garonne (Gironde)”, par Jean-Michel Lucas, 2001. |
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